‹ L'église du Canada après la conquête (volume 3)Chapitre 42 sur 209 · Lettre aux \'isitaniines de Rennes, 27 sept · texte numérisé non relu

Lettre aux \'isitaniines de Rennes, 27 sept

Laval se rappellent peut-être les détails religieux que nous y avons donnés sur la défense de Québec par Frontenac contre Phipps et ses Bostonnais ^ : le beau mandement que M^*" de Saint- Vallier donna à cette occasion, oii il disait entre autres choses : « Vous garderez en vain notre ville, si le Seigneur ne la garde ; » le geste héroïque de nos intrépides Canadiens, qui, ayant abattu le pavillon de l'amiral américain, allèrent le chercher à la nage, à la vue des ennemis stupéfaits, et l'apportèrent en triomphe à la cathédrale, oii il resta suspendu à la voûte, comme témoignage de reconnaissance envers Dieu ; le geste de foi non moins admirable de M^*" de Laval, faisant arborer au haut du clocher de la cathédrale un tableau de la sainte Famille, comme un gage d'espérance ; la belle et pieuse correspondance du vénéré Prélat, écrivant entre autres choses à son ami Denonville: «Vous avez raison de qualifier ce pays du nom d'un pays de miracle : jamais Dieu n'a fait plus paraître sa puissance que cette année sur lui... ; « l'acte de reconnaissance de M»"" de Saint- Vallier, donnant à l'église de la Basse- Ville, qu'il avait commencé à bâtir, le titre de Notre-Dame de la Victoire, en souvenir de la protection de Marie sur l'Eglise du Canada. Quels grands et saints Evêques nous avons eus à toutes les périodes critiques de notre histoire : Laval et Saint-Vallier en 1690, Poutbriand en 1759, Briand en 1775, et plus tard Plessis en 1812 !

En 1775, tout se fait doucement et sans bruit, comme il convient aux circonstances, mais avec la même piété, la même confiance en Dieu et en Marie qu'en 1690. Pas de mandement de M^"^ Briand à ses diocésains, cela va sans dire : il est enfermé dans la ville : nous n'avons de lui aucune corespondance durant les mois du siège: mais il

S. \'ic de Mgr de i^oz-al, t. II, p. 411.

est avec les fidèles de Québec, et les exhorte à la prière et à l'espérance. Au lieu qu'en 1690 les offices publics, dans les églises, continuent comme de coutume et les cloches se font entendre comme à l'ordinaire ^ en 1775 les offices solennels sont interrompus, et cela, dit M^^ Briand, (f par la juste crainte d'exposer des vies qui nous sont si chères ". » Les cloches ne sonnent plus que pour le tocsin et les signaux de guerre ^. Les pieuses religieuses de nos communautés, les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu et les Ursulines ^, ferment leur église, par ordre de l'Evêque, et descendent pour leurs exercices réguliers dans les voûtes de leur monastère ^°, ces bonnes vieilles voûtes françaises comme il ne s'en fait plus, qui ont résisté à tant d'épreuves, et tout spécialement au siège de 1759. C'est dans ces voûtes qu'elles lèvent les mains au Ciel et appellent au secours de nos miliciens les anges tutélaires de notre ville, pour que ces esprits de lumière leur donnent la force et le courage dont ils ont besoin, et en même temps chassent les esprits de ténèbres — spiriticalia neqiiitiœ ^^ — qui ont obscurci la vue, ordinairement si claire et si juste, de nos populations canadiennes: milice précieuse, ces saintes filles armées du glaive de la prière, des bonnes œuvres et de la mortification, ces armes de lumière, dont parle l'Apôtre— arma lucis ". Quand elles ont fini leurs exercices spirituels, elles sortent de leurs voûtes et montent, les

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