Mémoires de M. de Gaspc, édit. de 1885, p
4. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. III des lettres, p. 441, lettre au R. P. Bocquet, miss, au Détroit, 3 sept. 1768.
" C'est un excellent homme, écrit-il à un autre missionnaire, aimé et aimable, estimé et vraiment estimable. Nous ne nous apercevons point que nous sommes sous un gouvernement protestant. Dans le civil, les catholiques, les protestants se voient, se fréquentent cordialement. Le ministère s'exerce comme du temps des Français 5. . . "
''Rendons grâces à Dieu, écrit-il à son clergé, de nous avoir donné un gouverneur si vigilant pour les intérêts de son prince, si zélé pour la conservation de la paix et la tranquillité dans sa Province, si bien prévenu en faveur des ecclésiastiques et si favorable à notre sainte religion. "
Au Roi lui-même, à qui Msr Briand adresse un jour une humble supplique pour la continuation du collège de Québec par les Jésuites, le Prélat glisse cette phrase si sympathique au gouverneur:
" Vos ordres, dit-il, sont ici fidèlement exécutés par l'honorable M. Carleton, qui s'est attiré l'estime générale et les plus tendres affections de tous les habitants 6. "
Puis, au premier jour de l'an que Carleton passe au Canada, Msr Briand se fait un devoir de lui écrire à lui-même :
" Ce n'est pas la coutume, mon illustre Général, qui a formé dans mon cœur les sentiments de respect et du vif et sincère attachement dont il est pénétré pour Votre Excellence, mais il me semble qu'elle m'autorise à les découvrir aujourd'hui. Non, personne, j'ose l'assurer, ne fera des vœux plus ardents que ceux que je forme pour votre conservation et votre bonheur. "
On craignait toujours " de le perdre " : si grand était l'attachement que l'on avait conçu pour lui au Canada. On le perdit en effet une première fois, de 1770 à 1774 ; mais, cette fois, son absence fut temporaire; et il fut remplacé à Qué-
5. Ibid., p. 561, lettre au P. Meurin, miss, aux Illinois, 26 avril 1769.
6. Lettre à S. M. George III, 1767, Reg. III des lettres, p. 377.
222 i/ÉGLISE DU CANADA
bec par un autre ami du Canada, M. Cramahé. A Londres, d'ailleurs, Carleton n'était absent qu'en apparence de notre pays : son esprit et son cœur étaient avec les Canadiens, auxquels il avait entrepris de procurer une existence acceptable dans leur propre pays, devenu anglais. Mais le parti anglais lui avait fait tant de misères, qu'on le disait déterminé à ne plus revenir au pays. Les Canadiens français en étaient désolés; M51- Briand, surtout, ne pouvait se faire à l'idée de perdre ce bon gouverneur, qui, au risque de se faire des misères, s'appliquait toujours à donner aux instructions intolérantes et vraiment iniques qu'il avait reçues de la Cour 7, le sens le plus favorable possible aux Canadiens.
Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ici la lettre qu'il lui écrivit à Londres, à ce sujet, en 1773. Il commence par le féliciter de l'heureux mariage qu'il vient de faire 8 ; puis il ajoute:
" J'ai bien prié pour votre retour au Canada. Ne manquez pas à votre parole: vous m'accableriez de peine. Je compte et j'espère vous voir ici le printemps prochain, et je le soutiens à tous nos politiques anglais et français. Mes raisons, les voici ; je vous en fais le juge :
" Je leur dis que vous aimez le Canada 9, que vous avez donné votre parole, et que vous êtes vrai et sincère ; que vous connaissez la nécessité de votre présence en ce pays, et que vous êtes assez généreux pour lui faire le sacrifice de vos intérêts et de vos plaisirs ; que votre nouveau grade 10 et votre mariage, au lieu d'être un obstacle à votre retour, vous