‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 143 sur 220 · Les Ursulines de Québec, t. III, p · texte numérisé non relu

Les Ursulines de Québec, t. III, p

5. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. III des lettres, 2 août 1767.

26o l'église du canada

Il s'intéressait à toutes les Ursulines de son immense diocèse, spécialement aux plus éloignées, celles de la Nouvelle- Orléans, par exemple : il écrit un jour au P. Meurin :

" Je pense que les pauvres Ursulines sont bien à plaindre. Très peu avaient confiance aux Capucins, qui, depuis la vacance, et la mort du P. Beaudouin, ont encore fait bien des étourderies que j'ai apprises à Paris. Je compte que leur confiance n'aura pas augmenté par la nécessité où elles sont de se servir de leur ministère. "

L'estime que Mgr Briand avait pour ses communautés religieuses éclatait souvent par des actes admirables de générosité :

" Il serait impossible, dit l'annaliste des Ursulines, d'énumérer toutes nos obligations envers ce digne Prélat, qui ne négligeait aucune occasion d'assurer la prospérité tant spirituelle que temporelle de notre maison. "

Que de réparations urgentes il fit faire à ses propres frais aux bâtiments et à l'église des Ursulines! Souvent il s'enquérait des besoins de la communauté, plus souvent encore il les devinait, et malgré le peu de ressources à sa disposition il trouvait moyen de lui venir en aide.

Mais c'est surtout la prospérité spirituelle de ses communautés qu'il voulait procurer à tout prix; et pour cela il veillait avec soin à n'y laisser pénétrer aucun abus. La lettre suivante à la supérieure des Ursulines en est une preuve :

" Il est étonnant, ma révérende mère, écrit le Prélat, qu'on puisse sortir de chez vous à quatre heures du matin. J'ai souvent crié que la grande porte était ouverte tout le long du jour. Je vous ai rapporté.à cette occasion, ce que j'avais vu aux Ursulines de Saint-Brieuc. étant écolier, que j'avais vu le bas des robes de deux religieuses, qui venaient ouvrir la porte, et la fermaient aussitôt, et à chaque fois que les voitures entraient et sortaient. Là on ne craint pas sa peine pour observer la règle. Il faudrait ici, pour se faire obéir,

l'ordonner, comme en France, sous peine d'excommunication.

" J'ai dit souvent que, quand un malheur semblable à celui d'aujourd'hui ne devrait arriver que tous les cinquante ans, ce ne serait pas trop faire, pour empêcher un tel crime et un pareil scandale, de s'assujétir tous les jours de la vie. Vous voyez aujourd'hui si j'avais raison. Il faut des exemples pour rendre sage.

" J'aurais lieu et juste sujet de mettre en pénitence toutes celles qui sont chargées de cet office, et qui y doivent veiller. Je ne le fais pourtant pas ; mais qu'on soit plus exact.

" Vous pouvez la recevoir. Mais comme elle a encouru l'excommunication majeure, elle ne peut assister à aucun office, ni parler à personne qu'à vous et à celle qui sera chargée de lui porter à manger, jusqu'à ce que la censure ait été levée. Elle ne peut point assister à la messe.

" Le Père de Glapion vous expliquera plus au long les effets de cette censure. On pourra la faire entrer sur les neuf heures du soir, et la recevoir, accompagnée de la zélatrice et de la portière. Le P. de Glapion pourra entrer la conduire dans sa chambre, et là il lui expliquera son état 6. "

Non moins étrange l'histoire de ces deux religieuses 7 dont parle l'annaliste de l' Hôpital-Général 8, qui quittèrent leur communauté pour suivre le courant qui, après la Conquête, emporta en France tant de nos bonnes familles canadiennes. Celles-ci, du moins, — il faut le supposer — ne quittèrent pas leur maison religieuse sans la permission de l'Ordinaire. Nous savons d'ailleurs que, rendues en France, elles n'allèrent pas dans le monde, mais se réfugièrent dans des cou-

ô. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. III, lettre de Mgr Briand à la Mère de l'Enfant-Jésus, 18 juillet, 1770.

7. Catherine Denis de la Ronde et Marie-Anne de LaCorne. S. .Mgr de S aint-V allier et l'Hôpital-Général de Québec, p. 385.

vents, où elles restèrent jusqu'à la mort. Mais quelle mentalité étrange chez ces deux hospitalières ! En faisant profession à l'Hôpital-Général, ne l'avaient-elles pas choisi comme leur séjour définitif? N'avaient-elles pas renoncé au monde, à leur famille et à tout pour Dieu?

Cette communauté si méritante de l'Hôpital-Général de Québec était à cette époque obérée de dettes : dettes qu'elle n'avait contractées que par dévouement patriotique pour la France, en accueillant avec une générosité incomparable les officiers et les soldats blessés à la bataille de Sainte-Foy, en les soignant, en les nourrissant, en les gardant jusqu'à leur guérison :

" Cette communauté, écrivait Msr Briand au duc de Choiseul en 1766, a recueili plus de mille blessés, à la bataille de Sainte-Foy. "

Il donnait ensuite le chiffre des dépenses encourues : puis ii ajoutait :

"Les religieuses ont été actionnées en 1762, et condamnées par corps en 1764, prise de corps qui n'est encore suspendue que par la médiation du gouverneur général. "

Elles ne furent indemnisées de ces dépenses que pour une très petite partie, et ne purent acquitter leurs dettes qu'en vendant leur seigneurie de Saint- Vallier. On peut dire que l'Hôpital-Général ne se releva que grâce au dévouement de son digne chapelain, M. de Rigauville, que l'Evêque nomma supérieur de la communauté. Il parcourut le diocèse pour recueillir des aumônes en faveur de la maison dont il s'était chargé: œuvre d'autant plus méritoire qu'il rencontrait partout beaucoup de préjugés contre l'Hôpital-Général, et s'entendait dire souvent : " Si cette maison est si mal dans ses affaires, c'est qu'elle a été mal administrée. " M^ Briand ne se gênait pas lui-même d'écrire un jour à M. Marchand :

" Leur mauvais ménagement et leur peu d'ouverture aux supérieurs ecclésiastiques est la cause de leur désastre. Les

coupables sont mortes; celles qui restent pensent et agissent autrement. C'est bien tard, et peut-être même trop tard 9. "

Et M. Marchand, d'écrire à son tour à l'Evêque :

" Je souhaite que M. de Rigauville, leur supérieur, leur apprenne et leur inculque l'économie. On dit que c'est ce qui a toujours manqué dans cette maison 10. . . "

Quoi qu'il en soit, l' Hôpital-Général sortit fort heureusement de cette crise, grâce à M^ Briand et à M. de Rigauville, grâce aussi à plusieurs amis généreux que la communauté comptait dans le clergé canadien, entre autres M. Maisonbasse, curé de Saint-Thomas, et M. Renauld, cuié de Beauport.

M. de Rigauville en avait été nommé supérieur le 27 janvier (1768). Msr Briand fit la visite canonique de la communauté le 21 mars.

" Cette visite du Prélat, écrit l'annaliste, eut tout l'effet qu'il s'était proposé. Elle produisit un redoublement de ferveur, de charité, d'union. Monseigneur s'était surtout attaché à inculquer ces vertus, tant dans ses instructions générales que dans ses entretiens avec chaque religieuse en particulier u. "

La visite de l' Hôtel-Dieu avait eu lieu le 7 mars précédent. Nous savons par la lettre de Mgr Briand au duc de Choiseul que cet hôpital était alors endetté de cent six mille francs: dette qu'il avait contractée pour le rétablissement de la maison, incendiée en 1755 ; et depuis 1760 il ne recevait plus, cela va sans dire, la gratification annuelle de neuf mille francs que le Roi de France accordait à ses communautés religieuses de Québec. Quelle sympathie ne méritait-il pas de la part de l'autorité religieuse! Cette sympathie ne lui

Page 1