Conc. Trident., Sessio XXIV, cap. XVI
emples d'une aussi longue administration capitulaire, du moins dans notre pays.
Mais qu'était à cette date le Chapitre de Québec? Des treize membres qui le composaient, suivant son institution par Mgr de Laval, un seul était mort, et n'avait pas été remplacé: M. de Tonnancour. Les douze autres étaient vivants, mais cinq étaient en France: le Doyen, M. de La- Corne, et le Grand-Chantre, M. Hazeur de l'Orme, qui y résidaient depuis nombre d'années pour les affaires du Chapitre ; l'archidiacre M. de Miniac, qui y était retenu par ses infirmités, étant devenu complètement aveugle; et MM. Cugnet et Collet. Ceux-ci avaient quitté le Canada peu de temps après la prise de Québec, avec la permission de l'Ordinaire, mais au grand regret du clergé, qui, vu le petit nombre de prêtres du diocèse, avait regardé leur départ comme une véritable désertion: et nous verrons que c'était tout spécialement l'opinion de M. Briand.
Collet n'avait pas le sou. Le Chapitre avait dû lui prêter une certaine somme d'argent, plus un calice pesant " quinze écus de six francs ", un ornement et le linge nécessaire pour se faire une chapelle sur le vaisseau. On fut obligé plus tard de réclamer tous ces objets 2.
Il ne restait donc ici que sept chanoines: MM. Briand, Poulin, de Rigauville, Resche, Perreault, Saint-Onge et Gaillard 3.
Mais ils étaient dispersés, et dans l'impossibilité de se réunir: vu les circonstances de la guerre, l'Evêque avait jugé qu'ils étaient dispensés de l'office canonial. Perreault, Saint-Onge et Gaillard habitaient la partie du pays qui appartenait encore à la France: Gaillard desservait la pa-
2. Archives de l'Evêché de Québec, registre du Chapitre, assemblée du 26 septembre 1763.
3. Il y avait aussi M. Récher, curé de Québec; mais il n'était que chanoine honoraire.
roisse de Lanoraie, dans le district de Montréal, Perreault était aux Trois-Rivières, Saint-Onge à Batiscan. Les quatre autres chanoines étaient restés dans la partie du pays devenue anglaise par la capitulation de Québec : Poulin et Resche seuls étaient dans la ville; Briand et Rigauville habitaient l'Hôpital-Général, en dehors de la ville, par conséquent, où il y avait défense expresse de pénétrer.
D'après le saint Concile de' Trente, les membres d'un Chapitre n'ont qu'une juridiction collective pour l'administration du diocèse. Us doivent se réunir dans les huit jours qui suivent la notification de la vacance du siège, et élire un vicaire capitulaire en qui se résume leur juridiction, et qui gouverne le diocèse au nom du Chapitre.
M81" de Pontbriand avait prévu l'impossibilité où seraient les chanoines de se réunir, advenant sa mort. Aussi, avant de quitter Charlesbourg pour se rendre à Montréal, le 13 septembre 1759, comme nous l'avons dit dans notre précédent volume, avait-il donné au chanoine Briand, son compatriote et son ami, les pouvoirs les plus amples pour administrer, en ce cas, le diocèse, suivant la faculté qu'il en avait reçue du Saint-Siège. Les lettres de vicaire général données à M. Briand sont des plus solennelles : signées par l'Evêque, et contresignées par le curé Eudo 4, elles portent de plus la signature de trois témoins ecclésiastiques, MM. Morisseau 5 et Marcou, et le P. de Bonnécamps 6, jésuite, et de deux témoins laïques, le conseiller Perthuis, et M. Descheneaux, " écrivain ordinaire de la Marine ". Elles sont aussi très flatteuses pour M. Briand:
4. Gilles Eudo, curé de la Sainte-Famille, île d'Orléans : " Pendant le siège de Québec, il se retira à Charlesbourg avec tous ses paroissiens. " (Tanguay, Répertoire du Clergé, p. 115).