‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 63 sur 220 · Par la Bulle de Clément X, du 1er oct · texte numérisé non relu

Par la Bulle de Clément X, du 1er oct

cette Eglise 4, et que maintenant, semblable nomination ne

pouvant plus avoir lieu, tout droit touchant la provision de cette Eglise a été réuni au Saint-Siège, sans qu'aucun titre ni raison puisse appartenir au Chapitre de cette cathédrale, ni au Clergé de ce diocèse, de nommer, et encore moins d'élire leur évêque, une telle prérogative appartenant, dans toute l'Eglise, aux seuls Chapitres d'Allemagne, en vertu d'une concession et d'un privilège contenus dans des Concordats célèbres, ça donc été un acte nul qu'a fait le Chapitre de Québec en élisant son évêque.

" Mais, outre que cet acte est nul, c'est aussi un exemple dangereux. En effet, si l'on permettait que les Chapitres des cathédrales, sous quelques prétextes apparents, en vinssent à faire revivre leurs anciens droits d'élire l'évêque, on donnerait lieu de mettre en question l'autorité que possède et qu'exerce le Saint-Siège apostolique à ce sujet, suivant la discipline actuelle, et de temps en temps pourraient éclater des schismes funestes, tel que celui qui existe actuellement dans les trois Eglises Jansénistes de Hollande, schisme déplorable, né précisément parce que les Chapitres de ces Eglises ont voulu exercer ce prétendu droit d'élire euxmêmes leur évêque.

" Il faut donc, pour le bien de l'Eglise de Québec, prendre tout le soin possible pour que ne s'établisse point dans ce Chapitre et dans ce Clergé le droit d'élire leur propre évêque : et c'est pourquoi Votre Seigneurie devra s'employer par tous les moyens possibles pour que l'un et l'autre se persuadent de cela, et se contentent que le Saint-Siège fasse lui-même usage de ce droit qui lui appartient clairement, ou bien qu'il envoie un vicaire apostolique, qui exerce le ministère d'évêque, le titre de l'Evêché de Québec demeurant suppri-

4. Il l'avait fondée en lui donnant l'abbaye de Maubec, et plus tard celle de Lestrées.

mé aussi longtemps que cette chrétienté restera sous l'empire d'un Prince protestant.

" Pour en venir maintenant à la seconde partie du projet dont il est question, il a semblé à la Sacrée Congrégation qu'elle est entourée de difficultés. Dans la supposition que l'on puisse obtenir de la Cour de Londres la continuation de cet évêque, on propose, dans le projet, de transporter le siège épiscopal de Québec à Montréal, et de l'établir solidement dans le Séminaire de Montréal.

" On propose, en outre, que l'Evêque soit toujours le Supérieur de ce même Séminaire ; que les chanoines actuels s'y retirent pour y vivre ensemble en qualité de directeurs ou prêtres assistants, et qu'à ces directeurs appartiennent toujours, à l'avenir, le droit d'élire l'évêque.

" A tout cela on oppose les réflexions suivantes :

" En premier lieu, le Saint-Siège ne peut admettre un évêque élu par ce Chapitre, et cela pour les motifs indiqués plus haut.

" En second lieu, il ne serait pas juste, et cela pourrait en outre donner lieu à de fâcheuses conséquences, de fixer le droit actif et passif d'élire l'évêque dans une communauté particulière, en en excluant à perpétuité une autre qui existe dans ce diocèse, c'est-à-dire le Séminaire de Québec, comme aussi tout le reste du clergé, au milieu duquel il pourra se iencontrer quelquefois des sujets plus propres que d'autres à l'épiscopat.

" En troisième lieu, on ignore si, à une telle suggestion, qui est totalement favorable au Séminaire de Montréal et préjudiciable aux intérêts de tous les autres ecclésiastiques de cette contrée, ces ecclésiastiques consentiraient : ce qui ne

doit pas se présumer, parce que ce n'est pas vraisemblable. Et en ce cas, ce serait un pas très imprudent, pendant qu'on mettrait en chicane entre eux tous ces ecclésiastiques, et par conséquent aussi tous ces peuples: laquelle discorde, mettant le gouvernement en défiance, exposerait au danger de voir la religion détruite en ces contrées.

" Il pourrait arriver en outre que les prêtres de l'autre Séminaire, qui sont d'un autre Institut différent, ne voulussent pas se soumettre à un évêque du Séminaire de Montréal, lorsque cet évêque y serait établi pour toujours, et à leur exclusion perpétuelle. En ce cas, au lieu de former un établissement avantageux, on créerait un schisme très dangereux.

" Un autre inconvénient en pourrait naturellement résulter, à savoir que les chanoines actuels ne voulussent pas renoncer à leurs canonicats, ni même se retirer au Séminaire de Montréal et y vivre ensemble. Et quand même ils se soumettraient à ce second parti, il y aurait toujours cet inconvénient considérable, d'établir à perpétuité les prêtres du Séminaire de Montréal comme chanoines-nés de cet évêché, avec droit d'élire l'évêque; d'autant plus que de semblables prêtres ne se voudraient pas laisser députer par le Saint- Siège pour gouverner ce Séminaire; et par conséquent on verrait des chanoines investis des droits les plus substantiels d'un canonicat sans la collation et l'institution du Saint- Siège, subvertissant ainsi tout l'ordre de la discipline actuelle et universelle de l'Eglise.

" Pour toutes ces raisons, il a semblé à la Sacrée Congrégation que le projet proposé est inexécutable ; et c'est pourquoi, après sérieuse consultation, elle n'a pas cru qu'il pût y

avoir un autre système praticable en dehors du suivant : c'est que l'on destine pour gouverner cette chrétienté un Vicaire apostolique, revêtu du caractère épiscopal ; d'autant plus que par ce moyen on pourvoiera entièrement au besoin, et on évitera toutes les difficultés mentionnées ci-dessus :

" En premier lieu, on fera disparaître la première et la plus embarrassante de ces difficultés, qui vient de l'obstination que montre la Cour de Londres à ne pas admettre un Evêque en titre en sa nouvelle Conquête; et ainsi sera mise à exécution l'idée émise par le ministre lui-même dans sa réponse : à savoir, qu'au lieu d'un Evêque en titre, on permettra de nommer une personne qui, ayant tous les pouvoirs nécessaires, gouvernera les catholiques en ce qui concerne les choses spirituelles.

" En second lieu, disparaîtra naturellement d'elle-même, et sans plus d'injure, l'Election de l'Evêque faite par ce Chapitre sans pouvoir: attentat dangereux contre les droits du Saint-Siège, qui autrement ne pourrait se dispenser d'y mettre obstacle.

" En troisième lieu, on donnera ainsi au Chef de cette chrétienté la liberté de résider là où il jugera être le plus opportun, sans se fixer au Séminaire de Montréal : ce qui pourrait, dans le cours du temps, donner lieu à bien des inconvénients non prévus dans ce qui a été dit plus haut.

" En outre, cette liberté produira cet autre bon effet, qu'elle n'éveillera pas la jalousie et l'ambition du reste du clergé, qui pourra ainsi se flatter de voir, à l'occasion, son Chef choisi dans sa propre classe.

" Enfin, en embrassant ce parti, il semble que la chose s'arrange par elle-même; et ainsi on retournera tout naturellement au premier état de cette chrétienté, laquelle, au commencement, et pendant longtemps 5, a été gouvernée

5. Mgr de Laval fut vicaire apostolique, evêque de Pétrée, de 1659 à 1674; et c'est précisément pour faire sortir l'Eglise du Canada de cet

par un vicaire apostolique, jusqu'à ce qu'il plut à Louis XIV d'y ériger une nouvelle Eglise 6 : et à cause de cela il est tout naturel que, le second système ne pouvant être continué pour le moment, on revienne au premier, jusqu'à ce que, du moins, il plaise à la divine Providence de faire disparaître l'empêchement qui vient de surgir.

" Toute la difficulté qui pourra s'opposer à ce que l'on goûte un semblable projet, consistera probablement en ce que les chanoines et les principaux membres du clergé ne se rangeront peut-être pas à ce système, pour ne pas perdre leur prétendu droit d'élire leur propre évêque, et pour ne pas se voir directement assujétis à Rome. Mais la Sacrée Congrégation se flatte que, si l'affaire est traitée avec habileté par Votre Seigneurie et le susdit abbé, lequel, si on en juge par sa manière de faire et d'écrire, semble être un ecclésiastique tout-à-fait digne, l'on réussira sans difficulté à atteindre ce but.

" Votre Seigneurie devra donc entreprendre le règlement de cette très grave affaire, de concert avec le même abbé, en qualité d'agent du Chapitre, du Clergé et de cette Chrétienté ; et en la considérant partie par partie, elle verra à le faire consentir au plan susdit qu'en a fait la Sacrée Congrégation, qui est d'envoyer là un vicaire apostolique revêtu du caractère épiscopal, avec un titre in partibus, et qui, avec tous les pouvoirs d'un évêque compétent, gouvernera toute cette chrétienté. Et pour arriver à ce but, Votre Seigneurie pourra faire valoir les motifs suivants, sans compter ceux que pourra lui suggérer sa propre prévoyance:

" état d'enfance ", qu'il fit son deuxième voyage en Europe, où il passa quatre ans, avant de pouvoir obtenir l'érection canonique du siège épiscopal de Québec (1671 à 1675). (Vie de Mgr de Laval, t. I, p. 639).

6. L'Eglise de Québec fut érigée canoniquement par N. S. P. le Pape Clément X, à la demande de Louis XIV, et sur les instances réitérées de Mgr de Laval.

" En premier lieu, elle devra s'efforcer par tous les moyens possibles, dans le cas où il en sera besoin, de persuader de cette vérité, que Sa Sainteté et le Saint-Siège ne projettent pas cet envoi d'un vicaire apostolique en ces contrées parce qu'ils désirent étendre davantage leur propre juridiction; mais, ayant uniquement en vue le salut des âmes, et le meilleur et le plus pacifique gouvernement spirituel de ces fidèles, ils proposent ce parti qu'ils jugent le plus praticable dans les circonstances présentes, et le plus propre à conduire à cette fin.

" Vous ferez voir, en second lieu, qu'ainsi sera levé l'obstacle que l'on rencontre à la Cour de Londres, à obtenir un Evêque en titre T.

" Que l'élection nulle faite par le Chapitre ne pouvant être en aucune façon admise par le Saint-Siège, et le gouvernement ne voulant pas que le Saint-Siège envoie de sa propre autorité le même évêque en titre, il n'y a pas d'autre parti praticable que de députer un vicaire apostolique: chose qui vient d'être permise par les Etats de Hollande pour le diocèse de Bois-le-Duc, où il y avait d'abord un évêque, et qui est maintenant gouverné par un vicaire apostolique.

" Qu'un tel parti ne sera pris que provisoirement, jusqu'à ce que le temps, l'expérience et les circonstances suggèrent des avis différents.

" Que Sa Sainteté ne fera aucune difficulté de nommer pour vicaire apostolique le même ecclésiastique élu pour évêque par le Chapitre, aussitôt qu'on aura les preuves accoutumées de sa capacité; et il lui donnera aussi un Coadjuteur, lorsque le Vicaire et le Clergé le désireront.

" Que le Vicaire apostolique pourra résider, à son gré, au Séminaire de Montréal, et y présider.

7. M. de LaCorne prétendait, au contraire, que l'on avait bien plus d'opposition, à Londres, à un vicaire apostolique; et il disait pourquoi.

io6 l'église du canada

" Que l'on donnera liberté aux Chanoines de s'en aller vivre en France, où ils ont leurs prébendes 8, comme aussi d'aller demeurer, s'ils le veulent, dans le dit Séminaire, pour s'y occuper, en qualité de directeurs, et en y vivant à même ses revenus. Ils devront, d'un autre côté, rester privés de l'exercice des droits canoniaux, lesquels ne peuvent plus exister lorsqu'il n'y a plus d'évêché. . .

" Enfin, si vous réussissez à régler ce plan avec le dit agent, il sera nécessaire que celui-ci le mette par écrit : lequel, une fois revu par Votre Seigneurie, pourra être envoyé par le même aux députés qui négocient à Londres avec cette Cour pour le règlement de leurs affaires : les avertissant avec la plus grande insistance de ne pas laisser transpirer que dans cette affaire Rome a mis la main, afin que l'intervention d'un tel nom et d'une telle autorité ne porte pas à l'affaire un préjudice irréparable. Rome, 28 mars 1764. (signé) Joseph-Marie, Card. Castelli, préfet. Marius Marefoselin, secret. "

En parcourant ce document si important, émané de la haute autorité de la Propagande, en lisant surtout le projet de l'abbé de l'Ile-Dieu, que rejette la Sacrée Congrégation, " de transporter le siège épiscopal de Québec à Montréal, et de l'établir solidement dans le Séminaire de Montréal ", d'amender par conséquent l'œuvre de Clément X, et de substituer une nouvelle Bulle à celle qu'avait obtenue M51- de Laval, le lecteur se sera peut-être laissé entraîner à diverses conjectures, se demandant avec étonnement qui avait pu suggérer ce plan au vicaire général du Canada à Paris. Ne nous attardons pas à ces conjectures, qui pourraient être tout

Page 1