Lettre de Mgr Briand à M. Hody, 25 oct
maritimes. M. Bourg était à Tracadièche, dans la Baie des Chaleurs, lorsque cette lettre lui fut remise:
«ME l'Evêque de Québec a reçu des lettres de la part des Anglais catholiques d'Halifax, qui lui demandent un prêtre avec les plus grandes instances.
« Trop malade pour vous écrire, il m’ordonne de vous enjoindre de sa part de vous transporter à Halifax, d’examiner les choses par vous-même, et de lui en rendre compte. Y at-il beaucoup de catholiques dans la ville et aux environs? Dans la Nouvelle-Ecosse? Y bâtira-t-on avec liberté une église et une maison presbytérale? Quels moyens a:ton avisés de faire subsister un prêtre? et autres choses semblables...
« Monseigneur désirerait beaucoup que vous y fissiez votre résidence. M. LeRoux vous succèderait à la Baie des Chaleurs, jusqu’à nouvel ordre, avec l'étendue de juridiction que vous lui assignerez selon votre volonté.
« Les raisons qu’a Sa Grandeur de désirer cet arrangement, c'est qu'Halifax va devenir un des premiers postes du diocèse. Ce sera probablement la résidence du Vice-Roi de l'Amérique Britannique ; car c’est sous ce titre qu’on nous annonce le général Carleton # De plus, les catholiques d'Halifax paraissent une peuplade bien respectable, puisqu’ils ont obtenu du Parlement, en faveur de la religion catholique, des privilèges que bien d’autres n'auraient seulement pas osé demander. Or, monseigneur ne voit personne qui puisse mieux que vous remplir cette honorable place. Vous savez parfaitement la langue, vous êtes son grand vicaire, et de plus vous avez toute sa confiance.
« Vous direz à ces braves catholiques que monseigneur
14. De fait, nous ne croyons pas que Carleton, devenu Baron Dorchester, ait jamais pris ou reçu le titre de Vice-Roï. (Constituhonal Documents, p. 552.),
ne les oublie pas, qu’il est très content du zèle qu’ils ont pour leur religion ; qu’il a en vue leurs intérêts spirituels ; qu’il travaillera de tout son pouvoir à les secourir, et qu’ils peuvent en toute occasion s'adresser à lui avec pleine confiance 15, »
Evidemment l’œuvre de Dieu s’accomplissait là-bas, peu à peu, mais d’une manière admirable. Ne fallait-il pas cependant que le diable— necesse est enim ut ventant scandala fit la contre-partie de l’œuvre divine et cherchât à la détruire? M. Gravé terminait sa lettre à M. Bourg par ce postscriptum :
« Vous n’ignorez pas qu’un certain Frère lai, apostat des Récollets'7} nommé Berthiaume, de la paroisse de Sainte- Foy, près Québec, et Juniper de religion, demeure avec les Sauvages de la Rivière de Pentagouët. Vous ferez tout ce que vous pourrez pour le faire chasser de leur village ; car on dit qu’il a la hardiesse de confesser et de dire la messe, ou du moins la messe en blanc. »
M. Montgolfer avait déjà écrit quelques années auparavant à ME Briand au sujet de ce Frère franciscain qui s'était enfui, à la dérobée, du couvent de Montréal, en compagnie de deux ou trois sauvages. On avait couru après lui, on avait fait partout d’actives recherches, surtout au Saut-Saint-Louis, pour le retrouver et le ramener au bercail, mais sans résultat 8. Et voilà qu’on le retrouvait, au bout de trois ou quatre ans, parmi les sauvages de l’Acadie, continuant là l’œuvre diabolique qu’il avait commencée ailleurs! Nous n'avons pu retracer la suite de l’histoire de ce malheureux.
13. Archiv. de l’Ev. de Q., Reg. III des lettres, lettre du 16 juillet 1784.