Reg. III des lettres, lettre du 22 fév
temps que Saint-Henri, et qui était formée d’une division territoriale de Saint-Charles. Là, au lieu de retarder la construction de l’église, on se pressait de la commencer, un peu contre la volonté de M# Briand et le désir de M. Sarault : d
« Je suis surpris, écrit le Prélat au curé de Saint-Charles, qu’une aubaine de quatre cents francs ait enthousiasmé les habitants de Saint-Gervais au point de songer à bâtir une église, Je ne suis aucunement d'avis qu’ils fassent une telle entreprise à présent :
«1° Je n'ai point de curé à leur donner ; et si par hasard vous mauquiez, ils seraient probablement desservis longtemps par le curé de Saint-Charles ;
«2° En ce cas, le presbytère tel qu’il est leur suffit;
«3° Il vaut mieux attendre que les trois concessions dont vous me parlez soient plus riches et plus peuplées ;
«4° Les frais de cette entreprise augmenteraient en ce qu’il faudrait bâtir en un autre endroit que celui où est le presbytère actuel: 1° parce qu’il est placé, contre mon intention, à la première concession, tandis qu’il devrait être au moins à la deuxième; 2° enfin, parce qu’il est sur un sol que je sais par mes propres observations être très mauvais. Les habitants ont de plus refusé de faire le fossé que M. de Rigauville leur avait demandé. »
Voilà donc deux visites à Saint-Gervais que nous apprend cette lettre: une de ME Briand lui-même; l’autre, du chapelain de l'Hôpital-Général, député à Saint-Gervais par l'Evêque, en vue de fixer la place de l'église.
Mais qui pressait la construction de cette église, malgré M. Sarault, malgré l’Evêque, et qui avait même souscrit dans ce but la mesquine somme de quatre cents francs?
15. M. Jean, qui les desservait depuis 1780, restait chez M. Sarault, et lui servait en même temps de vicaire. M. Sarault lui-même desservit Saint-Gervais de 1783 à 1787.
Brassard-Deschenaux, le vicaire de M# Desglis à Saint- Pierre d'Orléans, à qui appartenait la seigneurie de la Livaudière. Et il réussit, en dépit des objections de M. Sarault, en dépit même de la décision de M£' Briand, grâce à la complaisance du nouvel évêque de Québec, M£ Desglis, dont il avait été le vicaire et le secrétaire. Et voilà pourquoi l’église de Saint-Gervais se trouve dans la baisseur relative où elle est aujourd'hui, au lieu de s’élancer sur la
magnifique colline de la deuxième concession, d’où elle dominerait tous les alentours.
Nous avons dit que cet esprit de famille qui attachait à M. Sarault les habitants de Saïint-Charles annexés à Saint- Henri, n'existait pas, au moins au même degré, à Saint: Gervais. (C'est que cette paroisse, comme on sait, fut colonisée en partie par un bon nombre d’Acadiens qu'y attira Brassard-Deschenaux et sur lesquels M. Sarault ne pouvait guère exercer d’influence. C’est à cause de ces Acadiens répandus dans la paroisse, qu’on appela longtemps les concessions de Saint-Gervais première Cadie, deuxième, troisième, quatrième Cadie.
Dans sa lettre pastorale «aux rebelles» de Saint-Henri, M® Briand, tout courageux qu’il était, ne pouvait s’empêcher de s’écrier avec le saint homme Job: «Mon âme est dégoûtée de la vie.» Et dans sa lettre au gouverneur, quand il lui annonce la résolution qu’il a prise de se démettre de son évêché, nous verrons qu’il allègue pour une de ses raisons, qu’il n’a plus la vigueur nécessaire pour s'opposer «au torrent du vice» dans son diocèse. Citons deux ou trois faits bien propres en effet à chagriner et accabler le saint Evêque.
Sainte-Anne de Beaupré, ce lieu sanctifié par tant de prières et de vertus surnaturelles, ce théâtre des bienfaits de la grande Thaumaturge du Canada, était aussi assez souvent témoin de scènes bien regrettables. Ce que fut le
scandale arrivé dans cette paroisse au mois de mai 1778, nous en ignorons les détails, mais il suffit pour en connaître la gravité de mentionner la pénitence que ME Briand crut devoir imposer à toute la paroisse :
«Après nous être prosterné devant le Seigneur, dit-il, nous avons ordonné et ordonnons par ces présentes que le lundi de la Pentecôte 1 le curé 17 à genoux au bas de l’autel, après avoir lu notre présente lettre en chaire, entonnera sur un ton lugubre, le Aserere, qu’on continuera de chanter à genoux, et ensuite le trait Domine non secundum peccata nostra. Éusuite il chantera les quatre oraisons qui sont à la suite des Litanies des Saints, le Swd éuum præsidium: une antienne à sainte Anne avec les oraisons de la Vierge et de cette Sainte. Dans chaque maison, après le souper, on récitera tout haut et en commun cinq Paéer et Ave pendant huit jours, dans un esprit de componction et de crainte. Malheur à ceux, dit le Prélat, qui ne s’en acquitteront pas avec assez de zèle pour toucher le cœur du Seigneur, ou qui mépriseront notre présente ordonnance, que la seule charité pour vous nous a inspirée É.»
Quatre ans plus tard, nouveau scandale dans la même paroisse. Il s’agit cette fois d’un vieillard, qui, dans une assemblée de fabrique, « a pris à la gorge» son curé et l’a battu. M£ Briand adresse alors à M. Hubert Ÿ, curé de la
16. Le lundi et le mardi de la Pentecôte, de même que le lundi et le mardi de Pâques, étaient à cette époque fêtes d'obligation.