‹ L'eglise du CanadaChapitre 146 sur 197 · Reg. D.-E,, 5 et 9 nov · texte numérisé non relu

Reg. D.-E,, 5 et 9 nov

personnes, où plutôt, disait l’Evêque dans sa lettre aux habitants de la paroisse, «deux bêtes féroces, furieuses et enragées, » s'étaient battues dans l’église :

«La pernicieuse et basse coutume que l’on a dans ce pays, ajoutait le Prélat, de boire dans toutes les maisons où l'on va faire les souhaits du premier jour del’an... Je dis «basse coutume, » car une bête ne boit pas, dit-on, quand elle n’a pas soif.

«Vous avez, ajoutait-il encore, un cabaret dans votre paroisse, où cependant, selon les arrangements de M. Carleton, il ne devrait point y en avoir, non plus que dans les paroisses voisines. Ce sage Général connaissait les maux que causent dans les paroisses ces sortes de maisons où l’on va vendre au démon son âme... -

«Il y a pourtant des bons, disait-il, dans cette paroisse de tout temps mauvaise.» Et il invitait tout le monde à faire péuitence, ordonnant un jeûne général le premier vendredi après la lecture de sa lettre, «en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus outragé, » et interdisant «tout chant dans l'église jusqu’au quatrième dimanche du Carême, pas même aux enterrements *?. »

L'année suivante, au Cap Saint-Ignace, «une horrible scène, » encore dans l’église, qui en a déjà vu tant d’autres. Les détails ne sont pas donnés dans la lettre que l’Evêque écrit aux habitants le 5 septembre. Nous lisons seulement à la fin de la lettre:

« Si le scandale n’est pas réparé au plus tôt, si l’impie sacrilège ne demande pas pardon à Dieu et au peuple, je prendrai les mesures convenables pour exécuter ce que je vous ai marqué. »

HÂtons-nous de dire que les faits regrettables que nous venons de mentionner sont de rares exceptions dans le

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22, Lettre pastorale aux habitants de Sainte-Croix, 13 janvier 1780.

diocèse. Aucun incident de ce genre n’est signalé pour le district de Montréal dans la correspondance de M. Montgolfier, ni dans celle de M. Saint-Onge pour le district des Trois-Rivières. Les faits que nous venons de rapporter se passent dans le district de Québec, à peu de distance relativement de la ville épiscopale, la Providence le permettant pour mieux éprouver le saint Evêque. L'état de l'Eglise du Canada, en général, est consolant : il y a même çà et là des œuvres qui dénotent un esprit de religion plus qu’ordiuaire. Nous en citerons une en terminant ce chapitre.

Ceux qui ont visité notre Beauce — elle rappelle celle de France sous bien des rapports —ont dû remarquer dans la belle paroisse de Sainte-Marie, sur les bords enchanteurs de la rivière Chaudière, à une demi-lieue environ de l’église paroissiale, une élégante chapelle en pierre, qui a plutôt les proportions d’une église; et s’ils ont demandé aux gens des alentours quelle était cette église, on a dû leur répondre : « C’est notre chapelle Sainte-Anne. »

En effet, ce bel édifice religieux, construit en 1801, est l’œuvre de la paroïsse de Sainte-Marie. C’est la fabrique qui en a fait les frais. La chapelle est strictement paroissiale. Mais quelle est son origine? Qui le premier eut l’idée de bâtir à cet endroit une chapelle à la Bonne sainte Anne, et mit cette idée à exécution? Une ancêtre du cardinal Taschereau, notre premier cardinal canadien. Protégée par l’intercession de sainte Anne, elle fit bâtir à ses frais et sur son propre terrain, en 1777, après en avoir obtenu la permission de M£ Briand, une petite chapelle où elle plaça la statue que l’on voit encore au-dessus du maître-autel de l’église actuelle :

« La piété des fidèles, écrit un chroniqueur, se développant sous l’influence des nombreux miracles que sainte Anne accomplissait dans cette humble chapelle, on dut la remplacer par une autre plus spacieuse et plus capable de satis-

faire la dévotion des fidèles qui accouraient de toutes les parties de la Beauce et de Dorchester. Pendant un demisiècle le sanctuaire de Ste-Anne à Ste-Marie fut le lieu de pèlerinage de toutes les paroisses environnantes ; cependant, subissant l'épreuve du temps, la chapelle fut fermée parce qu’elle menaçait ruine, et sainte Anne vit s'arrêter le flot de pèlerins qui venaient chaque année recevoir ses bienfaits et s’instruire à ses exemples #. »

Elle fut reconstruite vers 1828, avec le concours des offrandes des paroisses voisines qui y venaient en pèlerinage ; et elle dura jusque vers 1890. Alors, comme elle menaçait de crouler et que les gens n’osaient presque plus y entrer, il y eut un mouvement des paroissiens de Sainte- Marie en faveur de sa reconstruction. Encouragés par Son Eminence le cardinal Taschereau, qui affectionnait beaucoup le sanctuaire de sainte Anne, ils décidèrent de le rebâtir. La Fabrique se chargea des dépenses; et l’on vit s'élever la chapelle actuelle, dont les paroissiens ont raison d'être si fiers’, Elle fut terminée complètement en 1903, enrichie d’un orgue et d’un chemin de croix.

Chose remarquable, la première chapelle Sainte-Anne, à Sainte-Marie, était à peu près du même âge que celle du Petit-Cap à Saint-Joachim; et elle donna lieu, comme celle du Petit-Cap, à un beau mandement que l’Evêque adressa «aux habitants de la Beauce, » le 27 juillet 1778, à la veille, par conséquent, du départ de Carleton pour l'Angleterre. Ecrivant à M. Taschereau, qui le lui avait demandé :

«Je suis un peu pressé, lui disait le Prélat, à cause du

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