Coà. Thcod., xvi, t. 15, 1. kî
triomphait. Depuis quarante ans que ce grand débat s'agitait devant le monde , deux systèmes avaient été en présence, celui de la vraie foi qui unissait les diverses personnes divines dans une commune majesté et dans une égale adoration; celui d'une philosophie téméraire qui sondait et scindait la Trinité , et portait la division dans la substance . divine. Entre ces deux doctrines tranchées flottait un groupe d'esprits moins décidés, qui cherchaient à expliquer le dogme sans le détruire. Chacune de ces opinions avait son sens philosophique et théologique. Identité, similitude , dissemblance de substance, chacun de ces mots représentait, sinon une vérité, au moins une idée et une conviction. Mais les vainqueurs de Constanlinople étaient également étrangers à toutes les nuances de la pensée chrétienne; c'était un ramas d'hommes dépourvus de croyance, qui prononçaient une suite de mots vides de sens. La formule de Rimini déclarant que le Fils est semblable at^ Père, sans dire s'il est son égal, son inférieur, ou sa créature, ne tranchait aucune question, et défiait l'examen par sa nullité même. Elle n'était ni orthodoxe, ni semi-arienne, ni pleinement arienne. C'était une pure arme de guerre, une équivoque destinée à recruter des alliés et à frapper des adversaires dans tous les rangs. Jamais ne fut consommée plus audacieuse invasion de la politique dans la religion.
Jamais aussi la servitude ne produisit de fruits plus amers. Sous une apparente unanimité, arrachée par la
force , la confusion était partout. «t Le monde, dit saint Jérôme par une exagération éloquente, gémissait et s'étonnait de se trouver arien f . » Chacun était surpris de ce qu'il avait fait, de ce qu'il avait dit et de ce qu'il était. Dans l'Église chacun avait peine à reconnaître sa foi; dans l'hérésie personne ne comprenait plus son système. A part les lumineuses exceptions qui brillaient dans l'exil, au milieu de cette série d'épreuves diverses» tour à tour les plus fidèles avaient faibli, et les plus obstinés s'élaient rétractés. Tous erraient maintenant, égarés, cherchant leur voie, et privés de leurs guides. Les évoques, rentrant dans leurs diocèses , rapportaient et répandaient autour d'eux le trouble de leur esprit* Heureux encore quand le désordre ne descendait pas aussilot dans la place publique et dans les rues. Osius , h peine de retour à Cordoue, mourait tristement, ne
1. S. Jér., Dial. adv. Luc., 49 : « Ingemuit totus orbis et arianum miratus est se esse. » Cette phrase est évidemment une exagération de rhétorique, car la formule signée alors par la plupart des évèques d'Occident et d'Orient était plutôt encore un non-sens qu'une hérésie. Elle laissait dans le doute la question qu'on avait tranchée à Nicée, défendait môme de l'agiter, mais elle ne la résolvait pas précisément en sens contraire. D'ailleurs, il s'en fallait bien qu'eUe eût en sa faveur, je ne dis pis l'unanimité, mais même la majorité des évèques. Le nombre des prélats présents à Rimini, à Séleucie, était petit, et on verra de combien de protestations leur faiblesse fut suivie, à commencer par celle du pape Libère, que nous relaterons plus tard. En tout, il n'y a eu dans toute cette époque qu'une seule décision de toute l'Église, et par conséquent un seul décret de foi infaillible : celui de Nicée, et celui-là ne fut jamais ni retiré, ni modifié par aucune autorité égale à celle qui l'avait porté. Les autres décisions furent toujours isolées, partielles et faillibles. H y eut donc du trouble, de la confusion dans les esprits et dans les consciences, jamais contradiction dans la véritable loi ecclésiastique.
pouvant supporter les reproches de sa province, et maudissant d'une voix faible Terreur qui l'avait déshonoré !. Rome se partageait violemment entre le peuple attaché au pape Libère, malgré sa faiblesse, et un groupe d'hérétiques obstinés qui suivaient l'usurpateur Félix2. Parmi les évêques défectionnaires deRimini, les uns, honteux et repentants, écrivaient aux confesseurs exilés pour demander pardon. D'autres s'enfermaient dans leurs églises, ne voulant plus communiquer avec personne, ni entendre parler de rien. D'autres enfin s'engageaient et se maintenaient, par vanité, dans l'opinion qu'ils avaient embrassée par terreur s. Dans les rangs del'Arianisme, c'étaient mêmes incertitudes, bien qu'avec moins de scrupules, et mêmes querelles , tempérées par moins de charité. Le calme, banni du monde chrétien, ne régnait plus qu'au fond des retraites de la solitude. Là se reflétait dans le cristal des âmes pures cette lumière de Nicée, brisée de toutes parts par le prisme de l'erreur.
« Heureux , s'écriait du sein des âpres montagnes de
1. Marc, et Faust., £16. prec, p. 85 et 39.— S. Hil.,Fra0m.,p. 1356, Il faut atténuer certainement la sévérité des lucifériens Marcellin et Faustiu sur la fin d'Osius, parce que l'opinion de ces deux écrivains les portait à noircir, autant qu'il était en eux, la conduite des défectionnaires. Mais la lettre citée dans les Fragments de saint Hilaire atteste cependant que le retour du vieux confesseur en Espagne ne s'opéra point sans scandale.
9. Marc, et Faust., p. 4. — Soc., 11, 37. — S. Jér., Chron. — Voir Baronius, Ann. ect7.,aun. 357, § 57, sur les troubles qui, d'après les monuments de l'Église de Rome, suivirent la rentrée de libère,