S. Ephrem. Select, works, Oxford, 1847, p. HO, Ht
le désespoir apparent de toute force humaine, le jour de parler, et de parler haut, leur paraissait venu. Devant le triomphe de l'impiété, l'habile modérateur des partis, l'homme d'état de l'Église, dont le zèle s'était longtemps contenu dans les règles d'une sainte prudence, n'ayant plus rien à ménager, laissait enfin échapper tous les élans de son àme.
« Il est lemps de parler, écrivait Hilaire; le temps de se taire est passé. Attendons-nous au Christ, puisque l'Antéchrist a vaincu. Les mercenaires ont fui : c'est aux pasteurs d'élever la voix... Tout le monde m'est témoin que, depuis que je suis retenu en exil, je n'ai point quitté la confession du Christ; mais je n'ai rejeté aucun . moyen acceptable et honnête de rétablir la paix... Et puisque j'ai gardé le silence jusqu'ici, et que l'amertume d'une injure encore récente ne me l'a point fait rompre, on comprendra que si je parle aujourd'hui avec la liberté d'un chrétien, ce n'est aucune passion humaine qui m'y pousse. Je ne parle point sans réflexion, puisque je me suis tu si longtemps. Et j'ai eu quelque mérite de modération à me taire, puisque j'ose parler aujourd'hui... Je m'adresse donc à toi, Dieu tout-puissant, créateur de toutes choses , père de notre Seigneur Jésus- Christ. Que ne m'as-tu fait naître, que n'as-tu placé ma vie dans un temps où j'aurais pu te confesser, toi et ton fils, devant les Néron et les Décius! Alors, échauffé de l'Esprit-Saint, et par la miséricorde du Seigneur Dieu Jésus-Christ, je n'aurais pas redouté la torture du che-
valet, me souvenant qu'Isale a été scié par le milieu du
corps. Je n'aurais pas craint le bûcher, me rappelant que
les enfants hébreux ont chanté au milieu des flammes.
La croix, le brisement des jambes, ne m'eussent point
effrayé, car j'aurais su que c'est de la croix que le larron
a passé dans le Paradis. J'aurais sondé sans crainte la
profondeur de la mer et les tourbillons de l'Océan,
sachant, par l'exemple de Paul et de Jonas, que la mer
sait épargner la vie des justes. C'eût été un bonheur pour
moi de combattre contre des ennemis déclarés de ton nom, contre des gens à qui nul n'aurait pu refuser le
nom de persécuteurs; car ils auraient employé les supplices pour me contraindre à renier ta loi. . . Nous aurions combattu, à visage découvert, contre dos impies, des bourreaux, des égorgeurs. Et ton peuple, averti par cette persécution publique, nous aurait suivis comme ses guides à la confession de ta foi.
« Mais maintenant nous combattons contre un persécuteur-déguisé, contre un ennemi. caressant, contré l'Antéchrist Constance. 11 ne nous frappe point sur le dos; il nous flatte sur le ventre'. 11 ne nous condamne point pour nous faire naître à la vie; il nous enrichit pour nous conduire à la mort. II ne nous enferme point dans un cachot pour nous affranchir; il nous honore dans son palais pour nous asservir. 11 ne déchire point nos lianes, mais il maîtrise notre
i. Non dorsa cxdii, sed veiilrcm palpât.
LA PERSÉCUTION ARIENNE. kkl
cœur. Il ne tranche point notre tète par le glaive; il tue notre âme par son or; il ne nous menace point publiquement des bûchers, mais il allume secrètement le feu de l'enfer. Il ne dispute point, de crainte de perdre, mais il caresse pour régner. Il confesse le Christ pour le nier ; il décrète l'unité pour empêcher la paix. 11 réprime l'hérésie pour qu'il n'y ait plus de chrétiens. Il honore les prêtres pour qu'il n'y ail plus d'évêques. Il édifie les églises pour démolir la foi... Je le déclare donc, ô Constance, ce que j'aurais dit à Néron, ce que Décius et Maximien auraient cnlendu de ma bouche. Tu combats contre Dieu; tu te déchaînes contre l'Église; tu persécutes .les saints; lu détestes les prédicateurs du Christ; tu anéantis la religion; tu es le tyran, non des choses humaines, mais des choses divines... Oui, Néron, Décius, Maximien, votre cruauté nous a mieux servis. C'est par elle que nous avons vaincu le diable. Par vous , le sang bienheureux des martyrs a été partout répandu et recueilli; leurs ossements vénérables nous servent encore aujourd'hui de témoignages. Devant eux on voit les démons s'enfuir, les maux disparaître, les miracles s'accomplir... Mais toi, ô le plus cruel des hommes cruels, tu nous fais plus de mal, et tu nous laisses moins d'excuse... Aux malheureux qui succombent devant toi tu ne laisses pas même la ressource de montrer au souverain juge leurs corps meurtris de cicatrices, et d'excuser leur faiblesse par la nécessité. Ht tu mesures les maux de la persécution de telle sorte, que
tu ne laisses ni excuses pour ceux qui tombent, ni gloire du martyre pour ceux qui résistent l. »
Les prières d'Hilaire, à peine prononcées, étaient déjà reçues dans le ciel. À la place de ces amitiés couronnées qui corrompaient les sources mêmés de la vie, l'ennemi qu'il appelait de ses vœux était déjà né pour l'Église. De la poussière antique de Rome, de la cendre des Décius et des Sévère, s'était élevé un ouvrier de la colère céleste , chargé de venger et d'éprouver le peuple de Dieu, de châtier les séducteurs et de purifier les victimes.
i. S. Hil., Contra Const., p. 1Î37-HÎ3.
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