‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 250 sur 297 · Jul. Cœs., p · texte numérisé non relu

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prix : ils pressent les héros de questions embarrassantes ; à chacun ils demandent quel a été le but de sa vie : « Tout subjuguer, s'écrie Alexandre. — Êlre le premier de mon temps, répond César. — Bien gouverner, répond modestement Auguste. — Imiter les diébx , dit Marc-Aurèle. » Constantin , questionné à son tour, ne trouve pas d'autre réponse que celle- ci: « Beaucoup gagner pour beaucoup donner à mes favoris \ »

Le dernier trait est le plus sanglant. Chacun des combattants est invité à indiquer parmi les Dieux le modèle qu'il a suivi et auquel il veut rester fidèle. Alexandre choisit Hercule, et Trajan s'attache au même guide ; Auguste se rapproche d'Apollon; Marc-Aurèle ne veut pas quitter Jupiter et Saturne. Mais, pour Constantin, ne trouvant point parmi les Dieux le type de la vie qu'il avait menée, et voyant près de lui la déesse de la volupté, il courut auprès d'elle. Elle le reçut doucement dans son sein et, le couvrant de ses riches vêtements aux couleurs variées, elle le conduisit vers la Luxure. Là, il trouva son fils qui l'attendait déjà et qui tenait ce discours à haute voix et à tout venant 1 : « Que tout débauché, tout meurtrier, tout homme abominable et maudit du ciel, vienne ici en confiance. Sitôt qu'il se sera lavé dans l'eau que voici, je lui déclare qu'il sera net. Et s'il retombe dans les mêmes crimes, il pourra, en se frappant la tête et la poitrine, être de nouveau

i. Ibid, p. 47-52.

purifié. » Constantin, ravi, s'attacha de grand cœur à la déesse et sortit de la réunion céleste, emmenant ses enfants avec lui4.

C'est par cette impudente calomnie que se termine cette étrange fantaisie ; mais le païen dépité ne nous dit point de quel baptême le polythéisme aurait pu arroser les courtisans dissolus qui remplissaient le palais impérial, pour les faire semblables aux Athanase ou aux Antoine. Il était plus aisé de médire des sacrements chrétiens que de leur dérober leur vertu.

C'était dans ces épanchements solitaires de haine que Julien passait les longues veilles de l'hiver qui s'avançait. Le temps ne lui manquait pas; car, sauf pour presser les armements de la guerre qui devait éclater att printemps, il ne sortait plus guère de son cabinet, fuyant les visages ennemis et craignant les mauvais propos de la population. Dans ses tristes loisirs, il avait conçu un plan très-considérable, qu'il ne put exécuter tout entier : ce n'était pas moins qu'une réfutation en règle du christianisme, sur le modèle de celles qu'avaient

1. Quel est ce fils de Constantin? M. Villemain, en citant ce passage (qui ne se trouve que dans l'édition de Spanheini), dans l'article si bienveillant qu'il a consacré à la première partie de cet ouvrage, croit que ces paroles doivent être attribuées à Crispus, et y voit une preuve que cet infortuné jeune homme professait ouvertement le christianisme. Je me permets de ne pas partager l'avis de réminent critique. Rien ici n'indique aucune allusiou à Crispus, oublié depuis longtemps, et qui ne figure pas dans l'énumération des convives du banquet. Nous croyons plus vraisemblable de mettre le discours dans la bouche de Constance, à qui convient parfaitement la double qualité de chrétien et de sybarite.

composées aulrefois Celse, Hiéroclès et Porphyre luimême; mais avec une connaissance plus exacte des textes de l'Éçriture et du sens précis des dogmes, telle que pouvait l'avoir un ancien lecteur de l'Église. Ce devait être le résumé de toutes les discussions qu'il avait eu à soutenir dans son intérieur contre ceux des courtisans chrétiens qu'ilavait essayé, trop souvent avec succès, de convertir. C'eût été aussi une réponse aux provocations incessantes des prédicateurs qui, de toutes parts, renouvelaient avec une ardeur et une confiance nouvelles toutes les polémiques des Tertullien et des Alhénagore. Beaucoup lui adressaient leurs écrits et le pressaient d'arguments ironiques et personnels. Il reçut ainsi un ouvrage d'Apollinaire, intitulé la Vérité, où l'unité de Dieu était démontrée par les seules forces de la raison, sans aucun secours de la révélation et de l'Écriture. Il le lut et le renvoya, en y mettant cette apostille : ce J'ai lu, j'ai compris et j'ai condamné1.» Peu de jours après, le manuscrit lui était réexpédié avec cette réplique : a Tu as lu, mais tu n'as pas compris; car, si tu avais compris, tu n'aurais pas condamné !. »

Julien voulait montrer qu'il comprenait et condamnait à bon escient. Tel était l'objet du volumineux ouvrage divisé en trois ou sept livres, dont nous parle saint Jérôme et que nous ne possédons plus. Nous savons seulement qu'il y travailla jusqu'à son dernier

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