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même qui était venu se mettre à la tête de la garnison, et il s'emportait contre ceux qui lui avaient assuré que cet empereur était retenu à Antioche. Dans cette persuasion, il envoya un héraut défier Constance d'en venir à une bataille. « Qu'il sorte donc votre empereur, s'écriait-il, qu'il vienne combattre contre moi, ou qu'il me livre sa ville1. » Son messager revint bientôt, chassé par les risées des habitants, qui se raillaient de sa méprise, sans vouloir la lui expliquer. Les Mages présents au camp juraient de leur côté que c'était un ange qui était venu pour défendre la ville, et répandaient l'effroi dans tous les rangs.
Témoin de ces perplexités et s'apercevant du ralentissement de l'attaque, Éphrem conseilla à Jacques de monter sur la plus haute tour du rempart, et d'accabler l'armée ennemie tout entière de la malédiction du Dieu vivant. «Dieu, s'écriait-il, a fendu la muraille de la ville pour nous enseigner sa justice : il l'a rétablie pour enseignera nos ennemis sa miséricorde*. » Jacques suivit son avis, et à peine s'était-il mis en devoir d'appeler la colère de Dieu sur les ennemis des chrétiens, qu'au récit de Théodoret, une nuée de mouches venimeuses, armées de dards, se répandit dans les rangs des Perses, et causa par ses piqûres d'affreuses douleurs aux hommes, et surtout aux chevaux et aux éléphants. Ces animaux, perdant toute patience, se cabraient, rom-
i. Chron. Alex. — Théod., foc. cit.
*. S. Éphrem. yCarm ina Nisibena, u, p. 76 : Docuit internos quod justo judicio scidit scissuras : Docuit internos quod bénigne reslaurarit eas.
paient leurs liens, mettaient en pièces, dans leurs mouvements furieux, les chars ou les machines auxquels ils étaient attachés, et foulaient aux pieds leurs cond ucteurs. Ils mirent un tel désordre dans les rangs, et , les éléphants, en particulier, causaient tant de désastres autour d'eux, qu'on jugea plus sûr de tuer toutes les bétes de trait, puisqu'on ne pouvait venir à bout de les contenir. La confusion était accrue encore par l'état du terrain, tout détrempé de l'inondation des jours précédeuts, et où s'étaient formés des réservoirs d'eaux stagnantes, assez profonds pour noyer les animaux et les gens qui s'y laissaient tomber. Ce fut une déroute épouvantable. La destruction des principales machines de guerre rendait la continuation du siège impossible, et Sapor se décida à le lever. 11 y avait employé cent jours et y laissa près de vingt mille hommes, au dire de Julien. Il se vengea de ce revers en mettant à mort les conseillers qui l'avaient entraîné1 et les généraux qui l'avaient secondé dans celte entreprise*. Telle fut la fin ridicule et tragique de celte redoutable attaque.
Constance, dont la présence supposée avait commencé la déroute, était bien loin de songer h venir de sa personne défendre sa frontière. Un événement inattendu absorbait toutes ses préoccupations. Le même coup venait de lui conférer l'héritage de tout l'empire