I. S. Alhau., ad So/., p. 828; Apo!.9 p. 874. — Soc, II. Ï
De bonne heure elle était tombée sous l'empire des prêtres ariens, qui entendaient particulièrement l'art de subjuguer les femmes. Son goût extraordinaire pour les lettres la rendait plus accessible qu'aucune autre, à un système de religion qui se piquait d'être le produit d'une sage alliance entre la philosophie et la Toi. Eusébie se montra, dès le premier jour, favorable aux docteurs ariens j et, sans pousser son époux à des violences qui auraient répugné à sa douceur naturelle,- elle contribua à fermer de plus en plus la porte à tous ceux qui auraient pu parler en faveur d'Athanase et de ses amis1.
Enfin, pour mettre le comble à cet ensemble de circonstances funestes, le meilleur et le plus intrépide ami d'Àlhanase, l'imperturbable défenseur de la primauté romaine et de la foi de Nicée, le pape Jules venait de mourir. Son successeur, Libère, prêtre d'une irréprochable pureté de mœurs et d'une piété fervente, ne paraissait pas doué au même degré de cette sagacité
i. La date du mariage do Constance et d'Eusébie est déterminée par ce fait que, pendant la guerre avec Magnence, cet usurpateur, comme on l'a vu, lui offrit sa fille en mariage, tandis que, deux ans après la victoire, on trouve Eusébie, dans ses rapports avec Julien, en possession déjà ancienne du trône. Julien dit, du reste, que Constance l'épousa après ses triomphes ( Or., 3, p. 203-206). C'est égalemeut Julien, dans un panégyrique fait à dessein pour elle (et où se trouvent, au milieu des banalités du genre, quelques traits touchants,) , qui nous a peint sou caractère, son affection pour ses parents, son goût des lettres *p. 216, 217 et suiv.). — Ammien Marcellin (xxi, 6) dit d'elle : Corporis morumque pulchritudine pluribus antistante et in culmine tam celso humana. — Aurèle-Victor [Epist. 42) en parle moins avantageusement. On verra par diverses circonstances qu'elle était entièrement dévouée aux Ariens. — Théod., ii, 16.
et de cette prudence, nécessaires à tous ceux qui sont appelés à gouverner, même une Église. Sa foi pure et courageuse ne devait pas suffire pour le préserver de toute illusion d'esprit et de toute faute de conduite. Assez ferme pour ne fléchir devant aucun péril, il n'était pas également sûr de ne tomber dans aucun piège.
L'orage le plus menaçant grossissait donc sur la tète des orthodoxes d'Orient, et du primai d'Alexandrie. Athanase, avec sa perspicacité accoutumée, avait pressenti ces périls de très-bonne heure, et, devinant les imputations dont il ne pouvait manquer d'être l'objet dans toute lutte engagée entre l'Orient et l'Occident, il avait donné, dès le premier jour, beaucoup d'éclat aux témoignages de son sincère attachement pour la nace de Constantin. Prières publiques, services funèbres pour la mémoire de Constant, vœux pour le succès des armes de Constance, il n'avait négligé aucun moyen de faire voir que le zèle des orthodoxes égalait celui des hérétiques1. A son exemple, tous les évêques fidèles à la foi de Nicée avaient redoublé de témoignages d'obéissance et de patriotisme ; et c'est ainsi que Cyrille, nouvellement élu évêque de Jérusalem, à la place de Maxime, ayant reconnu dans le ciel, peu de temps après sa pro-
i. S. Athaii., Apol., p. 678, C70. — Ce fût pendant cette crise, suivant l'illustre bénédictin, éditeur d'Athanase, que fut rédigée la pièce qui, dans les œuvres du prélat , porte le nom de Seconde apologie. Elle fut, toujours au dire de Montfaucon . portée à Gonstancepar une députation de cinq évôqncs envoyés à Milan pendant le séjour qu'il fit dans cette capitale. — Soz., ivt 9. — Nous avons négligé cea détails sans intérêt qni auraient mis de la confusion dans le récit.
motion, une croix lumineuse assez semblable à ce qu'on racontait de la fameuse apparition du Labarum, n'avait pas perdu un jour pour faire part de ce fait à Constance, comme d'un heureux présage de victoire. La lettre était arrivée peu de temps avant la bataille de Murse ; les termes de cette pièce que nous possédons encore, respirent le plus chaleureux dévouement *. Athanase, d'ailleurs, connaissait aussi bien les faiblesses que les passions de Constance : il savait que ce souverain, pusillanime bien qu'impérieux, hésiterait longtemps avant de le faire arracher de son siège par la force , et de braver ainsi le mécontentement de populations turbulentes. H avait eu la preuve manifeste de cette timidité par plusieurs lettres que Constance lui avait écrites pendant l'expédition, dans des termes amicaux, trèscontraires à sa pensée connue, et évidemment destinés à prévenir tonte émotion populaire a. Son parti fut donc pris sur-le-champ, de ne quitter son diocèse sous aucun prétexte, de rester inébranlable à son poste, et d'y défier la colère de ses ennemis.
Cette résolution ne tarda pas à être mise à l'épreuve. Peu de mois après la soumission de la Gaule, un officier Ju palais, nommé Montan, arrivait & Alexandrie, por-
1. S. Cjt., Epist. ad Conttantiwn, p. 852, 853, éd. 1720. — Soz., iv, 5. — Plusieurs écrivain* postérieurs, entre autres Philostorge (m, 26), et la Chronique alexandrin*, p. G79, placent cette apparition le jour même de te bataille de Murse, et supposent qu'elle fut visible pour les combattants. Mais saint Cyrille dit expressément qu'il la vit le 7 mai, et la bataille de Murse est du 28 septembre.