BoUand, 25 mai, § 9 et 11. - S. HU., loc. ciL
se laisser enlever la foi de son enfance. L'émotion fut donc très-vive dans toute la foule : hommes, enfants, et surtout femmes, se mirent à crier : a A bas les Ariens ! les Ariens hors de l'église ! » — Denys fut obligé de sortir à deux reprises, pour calmer l'agitation et prier le peuple de rester en silence, aûn de laisser décider les juges de la foi. Comme il rentrait, pour la seconde fois, dans la partie réservée, il trouva le tumulte au comble parmi les évèques. Deux officiers de Constance venaient d'entrer et arrachaient de son banc un des catholiques les plus décidés, qu'un historien dit être Lucifer de Cagliari. Un mot d'Eusèbe ou de Denys eût pu causer dans la ville la plus effroyable sédition, mais ce mot ne fut pas prononcé 1 •
La séance du lendemain s'ouvrit sous ces funèbres auspices, entre des légions sous les armes et une population en rumeur. Lucifer, gardé à vue dans sa demeure, n'y parut pas. On n'avait probablement pas osé mettre la main sur Eusèbe de Yerceil, quit plusieurs heures durant, el sans se laisser étourdir, ni par les instances, ni par les menaces, maintint son inébranlable position, a Signez le symbole, ne cessait-il de dire, et il en sera d'Alhanase ce que la justice décidera. » Nulle défense n'eût été plus efficace en faveur d'Athanase, que cet abandon
1. Bolland. — S. Hil., /oc. cit. Les deux récits de saint Hilaire et du manuscrit édité par le Bollandiste ne s 'accordant pas complètement, nous les avons combinés de la manière qui nous a paru la plus vraisemblable.
apparent ; car rien ne mettait miegx en lumière combien sa cause et celle de la foi de Nicée étaient solidaires aux yeux de ses persécuteurs. Il n'y eut pas moyen d'ébranler Eusèbe, et tant qu'il tenait bon , personne n'osait céder sous ses yeux. Il fallut encore une fois lever la séance, et traverser la foule qui retentissait des cris de: c( Vive Denysî vive Eusèbe! vivent les sauveurs de la foi ! » auxquels se mêlaient aussi ceux-ci : « Où est Lucifer? Qu'on nous rende Lucifer! » — Denys monta en chaire pour exhorter le peuple à la patience, mais il ne put se faire entendre, jusqu'à ce que les Ariens eussent évacué l'église, et qu'on eût fermé la porte à clef sur eux. Alors, il put célébrer en paix, au milieu de l'assistance émue, une messe d'actions de grâces *.
La situation s'aggravait en se prolongeant. Les chrétiens, inquiets du sort de leurs évèques, ne voulaient plus quitter l'église, ni jour, ni nuit. Vainement, à plusieurs reprises, l'empereur envoya-t-il des soldats pour dissiper la foule. Denys, qui n'abandonnait pas son troupeau, représenta aux officiers que la paix publique ne tenait qu'à un fil, qu'il avait lui-même beaucoup de peine à maintenir l'assistance en prières, et que, la moindre goutte de sang versé, il ne répondait plus de rien. Constance, n'osant braver de sa personne la fureur populaire, se résolut enfin à changer de système. Il calma le peuple, en laissant reparaître Lucifer en liberté; mais