Id., De non conveniendo cum hœrct., p
Les voûtes du palais impérial frémissaient de ce langage inaccoutumé. La surprise de Constance à se voir ainsi braver en face égalait, étouffait, en quelque sorte, sop indignation. D'une voix tremblante de colère : «Vous êtes un insolent, dit-il à Lucifer, qui insultez votre souverain contre le précepte de l'Écriture 1 . — Je ne vous insulte pas plus, reprit Lucifer, que Samuel, le saint prêtre de Dieu, n'a insulté Saûl, lorsqu'il lui dit : Puisque tu ne fais pas cas de la parole de Dieu, ce Dieu te réduira à néant, et tu ne seras plus roi sur Israël. Je ne vous insulte pas plus que les prêtres qui chassèrent Osias du sanctuaire parce qu'il était atteint de la lèpre: vous aussi vous êtes malade et pestiféré, vous êtes atteint de la lèpre d'Arius. Si je mens, je vous insulte; si je dis vrai, je ne vous insulte pas 2. — Vous ai-je choisi pour conseiller, dit Constance poussé à bout, et ne puis-je faire ce qui me convient * ? »
Intimidé pourtant de la muette mais visible irritation des autres évêques, et cherchant un meilleur terrain que celui de la théologie, l'empereur en revint à la condamnation d'Athanase. Il pressa vivement la réunion de lui sacrifier un sacrilège, un séditieux, qui avait
1. Id.,Denon parcendo in Dewn delinquentibus, p. 225 : Contumaces nos clamitas; dicis indignum nos circa te facinns perpétrâtes, nt imperatori regnt romani dicere audoremus : maie facis.
2. Id., De non parcendo in Deum delinquentibus, p. 231, 286. — p. 232: Si mentimor, tanc contnmeliosi, tune superbi recte dieemur a te ; si vero di camus verum, non su mus contnmeliosi.
S. 26û*., p. 285 : Numquid yos mihi consiliarios elegi, dicit, ut non proui mihi piacitum est geram?
mérité la mort en troublant l'État et l'Église. Et comme les évêques s'excusaient sur l'absence du coupable, sur la difficulté de réunir des preuves qu'ils offraient d'aller chercher à Alexandrie, si on leur en donnait le temps, comme ils le pressaient de faire venir et de confronter les accusateurs et l'accusé : ce Qu'est- il besoin de tant de formes? interrompit le souverain ; c'est moi qui suis l'accusateur d'Athanase. Croyez, en mon nom , à tout ce qu'on dit contre lui. — Non, empereur, lui répondirent tout d'une voix Eusèbe et Lucifer ; vous ne pouvez être l'accusateur d'un absent : le fussiez-vous, son absence seule doit empêcher qu'on le juge. Il ne s'agit point ici d'une affaire d'empire, où vous puissiez décider comme souverain : il s'agit d'un évêque, et dans l'Eglise il faut que la partie soit égale entre l'accusateur et l'accusé. » — « Votre royaume ne vous appartient pas, ajoutaient-ils; il est à Dieu qui vous l'a donné et qui peut vous le reprendre. Ne môlez point Rome et l'Église, la puissance impériale et les canons. » — Sur ce mot de canons, l'empereur, lui coupant la parole : « Ma volonté, dit-il, est aussi un canon, et mes évêques de Syrie trouvent bon que je parle ainsi. Failes comme eux, ou vous serez exilés avec Athanase1. »
i. S. Athan., ad So/.,p. 861, 86Î, p. 831, 83Î : Kai Xrpvrw, ^ tTv» toûtov É*xXr(ota<mxfc# xavova, «ù6ù; ixtïvoç, àXX' &cip i^à £cûXo|mu tcvto kxvwv, IXrfi, vcpLiÇtafcft' «Jtù> -jfàp pu Xfy*Toç «vivrai ce tt.ç
v 9 La discussion était terminée. On laissa les évéques se retirer, de crainte d'exciter quelque rumeur aux portes du palais , et on leur permit encore (tant la confiance dans la loyauté de ces intrépides confesseurs était grande) de retourner à l'église avec le peuple fidèle. Mais dans la nuit, l'eunuque Eusèbe, accompagné d'une escorte de gardes, vint les arrêter dans leurs chambres, et les conduisit dans les Thermes de Maximien Hercule, où ils furent retenus quelques jours avant d'être dirigés sur le lieu d'exil. Ce premier convoi de martyrs ne contenait pas moins de cent quarante-sept personnes, tant évéques qu'ecclésiastiques et laïques. On prit un peu plus de précautions avec l'évôque de Milan môme, Denys, soit pour ne pas trop irriter le peuple, soit qu'on esywàt quelque retour de la faiblesse qu'il avait témoignée pendant les premiers jours. Voyant cependant qu'il résistait comme les autres, on le soumit h un simulacre de jugement, pour pouvoir le déposer et le remplacer. Quelque multipliées que fussent ces exécutions, elles n'égalaient pourtant pas le nombre des évéques présents à Milan. Il y eut donc assez de défections et de faiblesses, pour couvrir d'une apparence légale ce tissu de fraudes et de violences. La charité d'Alhanase et de ses amis a dérobe les noms des traîtres à la justice de la postérité1.
1. S. Athan., îoc. cit. — Bolland, 25 mai. — Sulp. Sûv., loc.cit. — Sociale et Soxomène, loc. cit., disent que le concile se sépara saus rien faire. Mais Rufin, ttist. eccl., i, 20, dit que lu plupart des évéques forent trompés, ptures decepli. S. Àthanase nomme parmi ceux qjû
Mais aucune défection n'aurait valu, pour assurer l'autorité de la sentence et le succès de l'oppression; celle du chef de l'Église. L'incertitude qu'avait montrée Libère dans les premiers jours de son pontificat, l'imprudence qu'il avait commise en provoquant lui-même le concile, permettaient de ne pas désespérer entièrement d'obtenir cette importante adhésion. On essaya donc de séduire Libère, ou de l'intimider. L'eunuque Eusèbe, le grand instigateur de toute l'intrigue, se décida à partir lui-même pour Rome, porteur à la fois d'un ordre exprès de l'empereur et des plus riches présents, et décidé à mettre en œuvre, pour entraîner le pontife, toutes les ressources de son adresse personnelle et de la puissance impériale. Arrivé à Rome, il fut admis en présence du pape, qu'il traita avec un mélange de respect filial et de familiarité bienveillante : « Voici le seing de l'empereur, lui dit-il en lui prenant affectueusement la main, et voici ses présents. Obéissez et acceptez. » Libère se défendit avec un peu d'embarras, avec douceur, mais avec courage : « Comment pourrais-je faire, disait- il, ce que l'empereur me demande? Comment serait- il possible de condamner 1 Athanase qui a déjà été justifié par tant de conciles, et qui a été renvoyé en paix par l'Église romaine? Présent, nous l'avons reçu comme un ami dans notre communion : absent, nous le condamnerions!
cédèrent Fortunatien d'Aquilée et Érémius de Tliessabniqne. (Apol.9 p. 692.)
Cela se peut-il? L'ordre de l'Église ne le permet pas, et ce n'est pas là la tradition que nos pères nous ont laissée, et qu'ils avaient reçue eux-mêmes du grand apôtre saint Pierre. Si l'empereur veut la paix de l'Église, il fayt casser d'abord tout ce qu'on a fait contre Athanase, et ensuite convoquer une assemblée ecclésiastique loin du palais, où il n'y ait ni empereur, ni comte, ni menace de jugement, où il n'y ait que la crainte de Dieu ! Et puis il faut traiter de la foi d'abord comme on a fait à Nicée, et exclure les hérétiques... La foi doit passer avant tous les faits particuliers. Jésus-Christ ne guérissait les malades qu'après qu'ils avaient dit explicitement qu'ils avaient foi en lui. Voilà ce que nous avons appris de nos pères. Dites cela à l'empereur, c'est pour son bien *. »
Les efforts redoublés de l'eunuque furent inutiles, et il quitta le palais très-visiblement contrarié. En sortant, il se rendit à la basilique de Saint-Pierre, où il offrit sur l'autel, en présence des prêtres çt du peuple, les présents que Libère venait de refuser. Cette démarche,
destinée à calmer les inquiétudes des chrétiens, était très- irrégulière : ni sa qualité de laïque , ni sa condition d'eunuque , ne permettaient à Eusèbe d'approcher du sanctuaire. Libère, informé de cette violation des règles de l'Église, fit de fortes réprimandes au gardien, et arracha de l'autel, de sa propre main, l'offrande qui y était encore déposée. Cet acte de hardiesse