‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 97 sur 297 · Théod., m · texte numérisé non relu

Théod., m

2. Eunap., toc. cit. — Liban., Panegyricus, p. 175, et p. 265. Poursuivant sa métaphore, le rhéteur ajoute que Julien étaut demeuré chrétien en apparence , au rebours de l'apologue antique , ce fut le lion qui garda la peau de l'àne.

a. Liban., Or., 12, p. 267. Julien se vante, dans son discours à Tbômlstius, p. 465 , que dans les lettres qu'il écrivait alors, on ne trouverait aucune trace de pusillanimité : 4 Tawtitvôv, S x{a*

avait-il silencieusement nourries! quelle impression avait produite sur son esprit déjà prévenu le bruit des débats de l'Église et des incertitudes de ses membres, rapporté dans sa retraite par des témoins malveillants! Quand il se promenait dans Milan, à quelques pas de- „ vant les gardes qui ne le perdaient pas de vue, combien de fois, en passant près de la basilique, avait-il entendu l'écho des rumeurs populaires et les éclats de voix de , la discussion du concile! Et la mémoire toute nourrie des dédains de Tacite et de Cicéron, que n'avait-il pas senti, que n'avait-il pas souffert, en voyant ainsi la majesté romaine compromise dans les déchirements d'une secte juive ! De quel œil méprisant avait-il lu sur les murailles l'édit impérial contre Athanase, mélange de dialectique subtile et de brutalité arrogante, signé d'une main parricide? Combien de fois, en levant les yeux vers le ciel, avait-il vu se dresser entre le Dieu de Constance et lui, l'image sanglante d'un père qu'il n'avait pas connu, et d'un frère qu'il n'osait pleurer I

Au bout de six mois d'attente, fatigué de sa longue réclusion, Julien imagina de s'adresser à Timpéraffice, dont la bonté était connue. Sa pétition était modeste : il demandait à retourner en Asie Mineure, où il avait quelques affaires, et de là en Grèce, pour y reprendre ses études chéries. Eusébie s'intéressa à sa jeunesse et à ses malheurs, et, bien convaincue de son innocence, elle lui flt obtenir un entretien de l'Empereur; il s'exprima avec convenance, et produisit une impression

favorable sur son redoutable parent. A la suite de cette entrevue, qui fut unique (car l'eunuque Eusèbe, craignant toute influence étrangère, ne voulut pas qu'elle se renouvelât), Julien obtint enfin ce qu'il désirait. On lui permit de se rendre, non en Asie, où l'on craignait probablementses nombreuses relations, mais à Athènes, ville d'études et non de politique. Il se mit en route, après quelques délais, vers le printemps de 355, au moment même • où commençait la grande persécution de l'Église \

« Athènes, dit un Père, est une ville très-dangereuse pour le salut : ainsi en jugent du moins, et non sans raisonnes hommes les plus pieux. Elle regorge, plus que tout le reste de la Grèce, des richesses criminelles, je veux dire des idoles ; et il est difficile de n'être point entraîné dans Terreur par leurs panégyristes et leurs défenseurs5. »

Transporté dans cet asile des Muses, au pied de l'Acropole et du Parthénon, près du théâtre qui retentissait encore des vers de Sophocle, sur celte agora qu'ébranlait le dernier écho des paroles de Démosthènes, Julien respira pour la première fois avec délices un air qui ranimait ses sens et qui remplissait sa poitrine. En peu de temps, par son rang aussi bien que par ses talents, il devint le héros de ces écoles brillantes qui animaient la

1. Jul., Or., m, p. MO. — Ed. Span., ad Athen., p. 272. ad 77t*ro., p. 259,260. — Amm. Marc, xv, 2. — Liban., Pan., p. 17G. Jnlien, dans le passage cité de sa lettre à Thémistius, dit qu'on l'envoya à Athènes, parce qu'il n'y possédait ni un champ ni un jardin.

Page 1