s. Grég.î'Iaz., Or. xxi
334 LA PERSÉCUTION ARIEIINE.
« Comme je sais, dit-il ^ que vous êtes chrétien depuis beaucoup d'années, et que Vos parents vous ont élevé dans la crainte de Dieu , c'est avec un cœur tranquille que je viens me^ justifier devant vous. Je répéterai les paroles du bienheureux Paul, et c'est là, très-religieux Auguste, Tinlercesseur dont je me servirai auprès de vous , car je sais que ce héraut de la
vérité trouve en vous le plus soumis des auditeurs
On prétend que j'ai semé la division entre vous et le pieux Auguste Constant, de bienheureuse mémoire... Suis-je donc un insensé, suis-je à ce point hors de sens, que vous me soupçonniez d'une pensée pareille?... Votre frère, ce grand serviteur de Dieu, n'était pas d'un naturel si crédule, et je n'avais pas moi-même assez de crédit sur lui pour que la prudence m'eût permis de calomnier un frère auprès de son frère, un empereur auprès d'un empereur? Je ne suis point en délire, ô empereur, et je n'ai jamais oublié cette instruction de rÉcriture : Même dans la retraite de ta conscience, ne maudis point le roi; même dans le fond de ton lit, ne parle point mal de Tliomme opulent : car les oiseaux du ciel iront redire tes paroles. Que si vous autres rois, vous savez faire en sorte que rien ne vous dérobe les choses dites contre vous, même en secret, conunenl est-il croyable qu'en présence de l'empereur et de tant de gens qui nous écoutaient, j'aie osé mal parler de vous? Informez-vous, en effet, et vous saurez que je n'ai jamais parlé seul à seul à votre frère , mais
toujours en présence de Févêque du lieu où nous étions, et de tous les gens de sa cour : j'entrais avec eux, je sortais avec eux, et toutes les personnes présentes vous Tattesleront.. Une seconde calomnie prétend que j*ai écrit au tyran dont je ne veux pas même prononcer le nom, et la grandeur de ce mensonge est telle, qu'il frappe mes sens d'horreur. En vérité , religieux empereur, je me demande avec surprise s'il est possible qu'un homme soit assez égaré pour mentir à ce point.... ^Ij^ne sais par où commencer pour répondre^ car toutes les fois que je veux parler, ma langue se glace d'étonnement et d'horreur. Car enfin, pour ce qui touche votre bienheureux frère , il y avait quelque prétexte, quelque apparence à m'accuser : il avait désiré me voir; il avait daigné vous écrire à mon sujet ; il m'avait témoi- SQé plusieurs fois, absent ou présent, son estime... Mais cet infernal Magnence (j'en atteste Dieu et son Christ), je ne l'ai jamais vu, et je n'ai jamais rien de lui. Inconnu, comment aurais -je parlé à un '''coiiim? Et si j'avais voulu lui écrire, comment au- ^^îe commencé ma lettre? Salut et merci, aurais-je lui dire, toi qui as tué Constant, l'homme du monde 'iie tenait le plus en estime, et qui me comblait de ^ l>ienfails. Je te sais gré d'avoir privé de la lumière mes amis, tous les hommes fidèles et chrétiens j'ai été l'hôte à Rome, la bienheureuse Eutropie (^ott*« tante, ô Constance), Abutère, cet excellent ^^tt^tte, Spérance, cet ami fidèle, et tant d'autres gens
de bien... Voilà le compliment que j'aurais eu à lui faire. Et Ton veut faire croire que j*ai été Tami d'un tel monstre , et que je lui ai donné le salut de paix ! ' »
La pièce continue sur ce ton animé, passant toutes les accusations en revue, et les terrassant de cetlelogique dédaigneuse. Mais sa défense personnelle était le moindre des soucis du proscrit: ce sont les périls de la foi qui lui remettent bientôt la plume à la main. Sur la nouvelle^ que Ton faisait circuler dans les diocèses d^Égyple plusieurs formules de foi , dilTérentcs de celle de Nicée, quoique encore éloignées de celle d'Arius, et qu'un certain nombre de fidèles se laissaient séduire par cet artifice : « Prenez garde, leur écrit-il sur-le-champ, dans une lettre circulaire envoyée, du fond de sa retraite, à tous les évéqucs, les gens qui vous circonviennent cachent leur dessein et ne se servent des paroles de l'Écriture que comme d*un hameçon pour attirer h leur malice les ignoranis. Voyez, en elTet, si je n'ai pas raison. Ils font des formules de foi : de deux choses Tune, ou bien ils n'y sont poussés par aucune nécessité, et alors ce qu'ils tentent est superflu et presque nuisible... Ou bien, c'est pour s'excuser de partager l'hérésie d'Arius, et alors ce qu'ils ont à faire, c'est d'extirper les mauvaises plantes jusqu'à la racine et de frapper de notes d'infamie ceux qui répandent cette ivraie... Mais c'est précisément ce qu'ils ne font pas et