‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 12 sur 321 · Soc.^ II · texte numérisé non relu

Soc.^ II

d'un esprit moins brillanl, mais d*un cœur à la fois plus pervers et plus résolu *.

Malgré la perte de ces importants auxiliaires, Eusèbe de Nicomédie disposait dans la réunion d'Antioche d'une immense majorité. Pousser du premier coup les choses à Textrémité; engager d*abord toute TÉglise d*Orient, puis Tautorité impériale elle-même» dans une mesure décisive qui ne leur permit pas de reculer; intimider ainsi le pontife de Rome par la crainte d'une collision avec tout le monde asiatique, tant civil que religieux : tel parait avoir été son dessein. Il fallait fermer sans retour à Athanase la porte d'Alexandrie.

L'habileté principale d'Eusèbe consista à ne point faire de la détermination qui allait frapper Athanase un acte isolé, mais à la rattacher à tout un système de mesures générales qui semblaient prises dans l'intérêt du bon ordre et de la saine discipline ecclésiastique. La réunion d'Antioche, se constituant en concile d'ellemême, sans avoir reçu aucune mission, sans compter dans son sein aucun représentant de cette Église de Rome hors de laquelle, dit à cette occasion l'historien grec Socrate, l'ancienne règle ecclésiastique défend de rien décider dans l'Église, prit une série de résolutions générales dont l'esprit était excellent et auxquelles on n'eût rien eu à redire, si l'application n'en eût été viciée d'avance par les violences antérieures qu'elles étaient

1. Soc., 1, 1; II, 4. — Soz., m, î. — S. Jérôme, Vir, ilL, 98. — Philost, iv, 12. — S. Ëpipb., Hœr,, lxxu, 6 et suir.

deslinées à sanctionner. Yingi-cinq canons, qui nous ont été conservés et qui ont été depuis consacrés par l'approbation d'un concile général, réglèrent la manière de prévenir les schismes et de faire respecter Taulorilé dans les diocèses*. A d'excellents principes sur les droits de juridiction métropolitaine ou épiscopale, sur les attributions des conciles provinciaux, se trouvaient mêlés des articles comme ceux-ci :

« Si un évéque déposé par un concile, ou un prêtre ou un diacre déposé par son évéque, ont osé faire les fonctions sacrées..., qu'ils perdent l'espoir d'être rétablis dans un autre concile, et qu'on ne leur permette plus de se défendre. Et que tous ceux qui communiquent avec eux soient rejetés de l'Église, surtout s'ils

I. Corne, gen. Labbe, t. ii, p. 563 et suiv.— Les canons du concile d'Antioche ont été réunis dans un code qui fut produit au concile de Chalcédoine, où ils furent admis comme lois de l'Église. Cette admission de canons portés par un concile irrégulièrement convoqué et qui coneoarat au bannissement d^Athanase, ainsi que l'épithète de Synodus mmetarum que saint Hilaire donne en passant à la réunion d'Antioche, ont suscité les plus vives discussions entre les érudits. Schelstrat, Pagi, Mansi, Tillemont lui-même, ont fait à ce sujet les conjectures les plus diverses. Us ont supposé, soit que le concile d'Antioche s'était oviTert d'abord avec une majorité orthodoxe qui avait porté les vingtcinq canons et s'était retirée pour ne pas concourir au bannissement d'Atbanase; soit que ces canons étaient l'œuvre d'un autre concile d'Antioche antérieur. On peut voir cette discussion fort bien résumée dans Hefele (t. i, p. 486-493). Le savant docteur allemand conclut, à notre avis, fort sensément, en disant que l'assemblée d'Antioche ne fut point, à proprement parler, hérétique, puisqu'elle adhérait au concile de Nicée, et surtout ne paraissait pas telle aux contemporains, puisque saint Athanase n'était pas encore pleinement justifié aux yeux de Rome. Cest ce qui explique comment de très-saints évéques purent prendre part à la plupart de ses délibérations.

ont eu connaissance de la sentence prf^sente (4* canon). »

d Tous ceux qui entrent dans Téglise pour y entendre les saintes Écritures, et qui refusent de participer à la prière commune et de recevoir la sainte Eucharistie, par quelque esprit de rébellion, qu'ils soient expulsés de l'église.. . Et il n'est point permis d'avoir des rapports avec des excommuniés, ni de se réunir avec eux pour prier dans des maisons particulières, ni de recevoir dans une église ceux qui ne communient pas dans une autre... (2' canon). »

« Tout prêtre ou diacre qui, méprisant son évêque, se séparera de l'Église et fera une réunion privée, ou élèvera un autel particulier et refusera d'obéir à son évêque, après deux appels de lui, sera déposé sans espoir de rétablissement (5" canon). »

En apparence, rien n'était plus juste et plus sensé; en réalité, cela voulait dire : Athanase et ses complices ont été déposés par des conciles réguliers ; nulle autre autorité n'a pu ni ne pourra les rétablir : Et à partir de ce moment, quiconque communique avec eux, qui^ conque refusera de communiquer avec les successeurs qui vont leur être donnés, et prolestera contre cette intrusion, sera dégradé s'il est prêtre, et retranché des sacrements s*il est laïque. Les règles qui, en temps ordinaire, eussent défendu le pouvoir légitime, étaient invoquées dans la pensée unique de conGrmer l'usurpation. Il est vrai que, pour en accroître encore l'autorité prétendue, le concile, par une disposition jusque-là sans

exemple, ajoutait : Et celui qui persévère à troubler ainsi TÉglise, qu'il soit puni comme séditieux par la puis$ance de dehors^ (5* canon). Cet appel au comte et aux soldats arrivait à point pour justifier toutes les railleries d'Athanase.

La puissance du dehors devait, en effet» répondre à cette invitation. Les règles générales ainsi posées, on s'adressa à Constance pour en assurer l'application. On lui fit part de la résolution de l'assemblée de nommer an successeur à Athanase» et on lui demanda une escorte de soldats afin d'accompagner le nouvel évéque, et des instructions pour lui faire prêter main-forte parle gouverneur d'Égypte. On alla même jusqu'à lui désigner, pour remplir cette place de gouverneur, le même préfet Philagre, dont le zèle s'était si activement montré dans l'enquête de la Maréote. Il faut laisser Athanase rendre compte de cette démarche édifiante avec ce tour ironique qui n'est pas le côté le moins original de son talent : «Voyez, ô empereur, leur fait-il dire, tout nous a manque : nous ne sommes plus qu'en petit nombre : a hâtez-vous de persécuter, car ce petit nombre même « va se disperser. Ceux que les proscriptions desévêques a avaient réunis de force à notre communion, la « quittent, dès que la proscription cesse... Faites donc « sans délai un édit universel, et rendez-nous Philagre a en Égypte : car c'est là l'homme qu'il nous faut pour

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