‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 132 sur 321 · Amjn. Marc, /oc. cit,, et zvii · texte numérisé non relu

Amjn. Marc, /oc. cit,, et zvii

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traité de paii ou du moins d'une Irôve à renouveler avec les Perses, l'arrachèrent à ces distraclions et le ramenèrent vers les provinces septentrionales, qui étaient devenues le siège obligé du pouvoir impérial. Il était de retour à Milan, et de 15 à Sirmium, avant la fin de Vannée 357. Il y avait donné rendez-vous à la fois au préfet du prétoire, Musonien, qui arrivait d'Orieht, porteur des propositions de Sapor, et à Osius de Cordoue,venu d'Espagne, dont on lui avait mandé que Tinlelligcncc s'affaiblissait, et dont il espérait, à l'aide de ses conseillers habituels, Ursace et Yalens, vaincre enfin la résistance * .

Avec Musonien l'entrevue fut courte, et les affaires 3S5ez promptement réglées. Le préfet repartit, muni de pleins pouvoirs de l'empereur pour conclure le traité. Avec Osius, la négociation fut plus longue et plus pénible. Il arrivait accompagné de Potame, évêque de 1^'^bonne, qtic les ennemis d'Athanase avaient entière- "^cnl gagné à leur cause. Un mois durant, le vieillard, P'is que centenaire, fut assiégé d'instances, de me- '^^ccs, d'obsessions de toutes sortes. Un séjour incommode sous un ciel rigoureux, loin du soleil de sa Wrie, était le moindre des tourments qu'on lui imposfil. Mille privations venaient accroîlre pour lui les infirmités de la vieillesse ; et en même temps on le poursuivait ^îirgumentations et de sophismcs, auxquels son esprit

Amm. Marc, /oc. cit. — S. Athan., ad Sol., p. 841.

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très-simple s'était toujours dirricilcment prêté , et auxquels sa tête affaiblie ne pouvait maintenant plus suffire. Las enfin autant qu*étourdi, ne comprenant plus ni ce qu'on lui disait ni ce qu'il faisait, le vieux confesseur finit par faire entendre qu'il se soumettrait à l'empereur et qu'il se prêterait à tout, pourvu qu'on le laissât tranquille ^

Cette soumission^ extorquée à la faiblesse de Tâge, fut exploitée avec une ardeur et une habileté incroyables. On présenta à la signature d'Osius non-seulement l'édit d'exil d'Âthanase, mais une nouvelle profession de foi (c'était la coutume des hérétiques d'en faire tous les jours de nouvelles). Celle-ci allait dans la voie de l'hérésie d'Arius beaucoup plus loin qu'aucune des précédentes : elle attribuait exclusivement à la personne du Père les qualités de Tout- Puissant, à'Invisible^ d'/mmortel ei d'Impassible; elle affirmait que le Fils est inférieur au Père en majesté, en honneur, en gloire et en dignité, qu il lui est soumis en toute chose, et elle défendait, comme inutile et superflue, toute discussion sur la similitude ou l'identité de substance des diverses personnes divines. C étail l'annulation de l'œuvre de Nicée. On la fil revêtir de l'adhésion du président même du grand concile ^.

1. Marcellini et Fauslini Lib. prec, p. 34. — S. Alhan , ad Soi,, p. 840-41.— Soz., IV. 12.— S. Epipli., Ilœr., lihii, 14. — Socr.,ii, Si.

2. S. Athan., de Syn. Ar. et iV/., p. 902, 904. — Soc, ii, 81. — S. Hil., de Syn,, p. 1156.

idk PERSÉCUTION ARIENNE.. 385

C'était un coup terrible pour la foi; mais ce n'était pourtaDtpasIe comble. Dans les jours de péril, et sur le champ de bataille, la faiblesse est contagieuse. A peine la défectioQ d*Osius était-elle connue, et pendant que le héros de tant de luttes traînait languissamment sur le chemin d'Espagne sa vieillesse humiliée, des lettres venues de Bérée, en Thrace, apprirent que Texil ébranlait aussi la fidélité du chef même de l'Église : Libère faiblissait. Sa nature, plus généreuse que ferme, s'était exaltée jusqu'à l'héroïsme pendant l'émotion des jours de crise. Mais ce courage un 'peu factice tombait dans la solitude ; l'oubli, le silence de l'exil le plongeaient dans un morne accablement. On l'avait séparé de tous les prêtres de

église, et même d'un diacre très-aimé qui était son secrétaire et son favori. L'évêque de Bérée, Démo- Pfcile, Fortunatien, évêque d'Aquilée, l'un et l'autre dévoués aux schismatiques, ne cessaient de l'entretenir

bonnes dispositions de l'empereur à son égard, du %r sacrifice qu'on lui demandait, du repos de l'Église, lui dépendait de sa complaisance. L'Orient entier, lui ^isait-on, n'attendait qu'un mot pour rentrer dans la paix . Athanase, qu'il n'avait jamais vu, valait-il donc à lui

la paix du monde? Le récit des scènes qui s'étaient passées à Rome acheva d'allumer chez l'exilé le désir passionné de se retrouver dans sa ville chérie, dans sa dignité sans égale dans le monde, au milieu du res- P^lel de l'amour de l'élite du genre humain. « Ce goût • delà gloire humaine fut, di le grave Baronius, la Daiila m. 35

LÀ PERSÉCUTION ÀRIBNNB.

qui triompha (le l'ànie de ce Samson. i> Il se décida enfin à faire savoir à Constance, par l*intermédiaire d*Unaee et de Valens, qu'il était prêt à faire sa paix avec les Orientaux, et que, s'il avait jusque là défendu Atiianase, c'était pour rester fidèle à la décision de Jules, son prédécesseur, plutôt que par conviction personnelle. Sa lettre, d'un ton humble ^ suppliant, et qu'on dirait mouillée de ses larmes, attestait à la fois l'angoisse et Taffaiblissemcnt de son ame ^

1. La chute de Libère est attestée par les témoignages. !• de S. Athauase {ad Sol., p. 837, et ad Const., p. 807); 2» de S. Hitaire qui, s'adressaut d l'enipcicur Constance, lui dit, eu parlant de ce pape : Meseio utruni majore iiupielate rolcgaveris, quam reniisciis ; 3« par les Iroii lettres du pontife iui-memejnsérées dans les Fra^mrn/f de S.llilaite; 4° par S. Jéiôme, De vins illust., 97, et dans sa C /ironique iBuÛa ^ Sozomène, iv, 15. De trôs -savants commentateui s ont essayé yainemeatà mon sens, de détruire en eiisemhle de téiiK)ignage9, en eoBlestast l'asthcnticité des deux passages d*Athanase et des lettres insérées daifl les Fragments de S. Hilaire (voir Boliandîstes, 23 sept. — Z.iccaria, De cùmmentitio Liberii iapsu , lio^ii Tabbé RuhrlMeher a adopté It th^uie). Eu admettant, en fffel (ce qui pourrait être contesté |. que les deux passages d*Aihanase ne soient pas de la même date que les écrits dont ils font partie, comme ils se trouvent dans tous les oiaiHiserlCa, Il conclusion à tiii-i' serait simplement qu'ils ont été ajoutés par Athanase lui-rneme, [lour compléter son récit. On sait, en effet, que ee saint, très-grand coUectiur de pi< c s, gardait avec soin ses maiiuichU ci les communiquait à diverses personnes [ad Serap.^jf 670), longtemps après Us avoir publiés. Quant aux lettres jecueillits p;ir S. Hilatre, 11 n'y a point de doute qu'elles ont subi de graves iuteipolatioBS, et ^im rétit acturl du texte ne mérite pas grande confiance; mais le fond, an moins, doit nécessairement être vrai, et la falsification coBteuiporaiMy sans cela elk-s n'auraient pu obtenir ni cours, ni créance, surtout auprès de S. Hilaire lui-même. Il nous parait donc innios>ible de détruire te concours de témoignages qui attestent la ckute de Libère; mais Aoos reconnaissons que la mesure et la uatuie de sa fausse démarche amt très-difficiles ^ déterminer. (Voir, sur ce sujet, Hefele, Concilien'Get» ohichte, p. 647 et suiv.;.

LA PERSfiCDTfON ARIE!ÏXF. 387

En retoor, on lui envoya à signer une formule de foi dont le mot cansubstanliel était effacé. Quelle était cette formule? dans quels termes était- elle conçue? de laquelle des réunions nombreuses que le schisme tenait depuis trente années» était-elle émanée? assurément ce n'était point celle qu'Osius venait de signer : des textes Irès-posltifs s'opposent à cette conjecture, qui serait pourtant la plus naturelle. Mais quel choix atait-on fait pftrmi ces raille formules adoucies, qui avaient été essayées, puis abandonnées , à Antioche, à Milan, et h Sirmium même, dix années auparavant? C'est sur qooi disputent et disputeront longtemps encore les érudilsde toute nature et de toute croyance, sans pouvoir oi se tirer de l'obscurité des textes, ni se défaire de leurs wièfs-pensées systématiques. La question, à peu près io$oIuble, est sans importance pour le dogme. Quelle l^^'ait été Terreur de Libère, qu'elle ail consisté dans l'&bandon d'un innocent et la simple suppression d*un ®<rt consacré; qu'elle Tait entraîné jusqu'à Taffirmation indirecte d'une opinion qui pouvait atténuer la dignité du ^rist, elle est douloureuse, mais non compromettante l^ur l'Église. Nul théologien n'a jamais pu penser que ï^bèfe, seul, sans conseil, adhérant timidement, sous 'ii^fluence de la violence et contre son opinion connue, ^ une décision de foi qu'il n'avait ni rédigée, ni discutée, eu aucune qualité pour engager avec lui soit l'Église ^tlla papauté; il parlait comme simple fidèle, et faicomme simple pécheur. Les faiblesses d'un

homme ne sauraient porter aileinle à l'autorité ni de rÉglise, ni du siège de Rome *.

Deux chutes si éclatantes auraient dû, ce semble, porter le découragement dans les rangs des fidèles» et rexallalion du triomphe parmi les zélateurs de l'hérésie. Par une heureuse dispensation de la Providence, et par un de ces retours d'opinion fréquents dans les temps de parliSyCe fut le contraire qui arriva. La défection d'Osius et de Libère marqua comme le point culminant que devait atteindre le débordement de Tbérésie. Parvenue presque au somniet de TÉglise, elle allait, comme une marée qui se retire, commencer lentement à descendre.

1. La difficulté cousiste dans la singularité du texte de la première cttrc insérée daus les Fragments de S. Hilaire. Libère dit dans cette ettre qu'il a signé une formule de foi rédigée par des évèques à Si^ inium (p. 1335). La supposition naturelle serait que cette formule a dû être celle qui venait d'être rédigée dans cette ville^ cette année même, pour être signée par Osius. Mais le collecteur des Fragments (<pi'oii ciuit être S. Hilaire ) ajoute une énumération des prélats qui avaient rédigé la formule, et dans le nombre il s'en trouve, ou qui étaient morts en 357, ou qui devaient (comme Basile d'Ancyre par exemple) prolester l'année 358 contre tout ce qui venait de se faire à Sirmiom. Baronius eu tire donc très-raisonnablement la conséquence que cette formule ne saurait èlre la dernière de Sirmium, mais bien celle qui avait été dressée dans celte même ville, huit ans aupaiavaut, pour la condamnation de l'évèque Photin. 11 resteiait à renditi compte de la singularité de cette exhumation d'une formule oubliée, enterrée depuis huit ans.

Ce qui, à mon sens, empêche de prêter beaucoup d'importance à cette discussion, c'est l'état infirme et visiblement mutilé de la lettre qui lui sert de base. Cette lettre est dans un latin incompréhensible; v\W. est criblée d'interjections et de parenthèses, qu'il faut attribuer, soit au premier collecteur, soit à quelque copiste. Toutes les falsifications peuvent être supposées dans une pièce en pareil a état, et par conséquent aucun des raisonnements rigoureux qu'on pent^

La division des vainqueurs est J'écueil de toute victoire, et le christianisme triomphant en avait feit luimême; malgré la protection divine, la douloureuse épreuve. L'hérésie arienne, née et nourrie de l'orgueil humain, cette source de toute discorde, ne devait point échapper à la condition commune. A vrai dire, elle renfermait dans son sein, dès le premier jour, le germe d'une division que toute Thabileté de ses chefs avait réussi à pallier, mais non à étouffer, et que le cours des temps, Tenivremenl du succès, comme le développe- 'nent logique des idées, devaient manifester chaque jour «bvanlage.

Tout le dogme de la Trinité, fondement du christia-

*D tirer n'est solide. Hefele a été jusqu'à proposer de considérer celte lettre et les deux suivantes comme complètement fausses , et de s'en toiip au récit de Sozomène, qui ne fait dater la chute de Libère que ^ l'aonée suivante, au moment où il vint à Sirmium lui-même, potir adhérer à une décision des semi-ariens. 11 soutient celte oçinion avec son habileté accoutumée, mais sans réussir à nous persuader qu'il n*y ait rien de vrai dans trois pièces qui lont partie d'une collection aussi ancienne, et qui avaient été admises par des conterapo- Tùus. Du reste, dans tout ce débat, où la passion s'est trop mêlée, il ne tatit pas perdre de vue qu'aucune question théologique n'est engagée, Pwmême celle de l'infaillibilité du pape. Gomme dit à ce sujet tr^'sle collecteur très-ultramontain des conciles généraux, Mansi, cité P*' M. de Maistre lui-même (Dm Pape, 1. 1, p. 147) : « Supposons que

■ Libère eût formellement sousciit à l'arianisme, parla-t-il, dans cette ■occasion, comme pape ex cathedrat Quels conciles assembla-t-il

■ préalablement pour examiner la question? S'il n'en convoqua point,

■ flwels docteurs appella-t-il à lui? Quelles supplications publiques et

• solennelles indiqua-t-il pour invoquer l'assistance de l'Esprit-Saint ?

■ S'il n'a pas rempli ces préliminaires, il n'a pas enseigné comme «maître et docteur de tous les fidèles Nous cessons donc (en ce

• ^) de reconnaître le pontife romain çomme infaillible. »

390 LA PERSÉCUTION AKIBHNE.

nisme, repose sur deux vérités principales : l'unité de la substance, la distinction des personnes divines. Il n'y a qu*un Dieu en trois personnes. Telle est la doctrine enseignée par Jésus-Christ et empreinte, pour ainsi direi avec le sceau du baptême, sur le front de tous les chrétiens. Telle était la croyance qui, transmise par la tradition de l'autorité et reçue par la soumission des fidèles, s*était conservée intacte pendant des siècles. Mais du jour où le raisonnement s*était éveillé, et, à l'aide des armes toujours dangereuses de la philosophie, avail essayé de sonder la profondeur du mystère, deux liérésies contraires avaient pu naître. Méconnaître, ou l'unité de la substance, ou la distinction des personnes; assimiler complètement le Fils au Père, pour tout perdre ensuite dans leur unité substantielle; ou bien oublier la divinité qui leur est commune, pour ne songer qu'à leur distinction personnelle, telles étaient les deux erreurs contre lesquelles la pensée humaine, aux prises avec le mystère, avait dû venir échouer. Sur l'un de ces écueils, Sabellius avait sombré; Arius avait témérairement touché l'autre*.

On a pu voir avec quel soin l'Église assemblée à Nicée avait tracé entre ces erreurs opposées le sillon étroit de sa doctrine. Les analhèmcs qui frappaient l'arianismc naissant, n'avaient point épargné l'erreur, déjà aupara-

1. Voir, sur ces points, les détails donnés dans réclaircissement A du second volume la première partie de cette histoire, principale ment p.

LA PBRftÉCUTION ARIINNB. 391

Tant condamnée, de Sabellius *. En maintenant contre Arius runité substantielle, l'égalité absolue du Fila et du Père, le concile n'avait pas négligé de rappeler que cette identité pourtant n'équivalait point à une confusion complète. Par une de ces décisions suprêmes que rintelligenoe doit accepter plutôt que sonder, mais qui lui projettent comme un trait de lumière dans robscurilc où elle se perd, le concile avait soigneusement maintenu, en regard l'une de l'autre, l'unité de la substance

la distinction des personnes.

Ces précautions pourtant n'avaient pas suffi pour lever tous les doutes et prévenir toutes les calomnies. A peine 'a délibération terminée, ceux qu'elle avait vaincus et '^uits au silence , ne s'étaient pas tenus pourtant pour '^t.ius. Ils ne s'étaient pas, comme on l'a vu , fait faute tid répéter que, pourse retenir sur la penteoù Arius avait P'^cîé la foi, le concile, par un brusque mouvement de r^^clion,venaitdese préci piler daiisTextrém lié opposée. ^ mot €(miubsiantiel servait principalement de prétexte ^ ^es attaques. C'était, disait-on , un mol nouveau qui se trouvait pas dans les Écritures, que Jésus-Christ ^ ^\ait pas prononcé et qui pouvait donner matière a de ^''^ngereux commentaires. Puis bientôt, les imprudences et les excès de langage de quelques ennemis * Arius, comme Marcel d'Ancyre, ou Pholin de Sir- '^^iiim, avaient accrédite chez un grand nombre de "^«mbres de l'Église d'Orient l'idée que les rédacteurs

>• Voir la première partie de cette histoire, U ii, p. 40vU^

du symbole de Nicée prêtaient le flanc , à leur insu au retour de Terreur sabellienne. Des hommes simples Irès-sincèrement altachés à la foi traditionnelle, nulle ment suspects d'innovation, et peu versés dans les dis eussions dogmatiques, étaient amenés par là à con sidérer le mot consubstantiel comme une périlleus invention, qui , au lieu de préserver TÉglise du naufrage avait ouvert une voie d'eau dans sa nacelle déjà battu de tant de vents.

Trente années durant, cette crainte avait été exploité sans relâche , cette idée commentée sous mille formes répétée sur mille tons par Eusèbe et ses héritiers. In sensiblement, la pression du pouvoir et la faiblesse de cœurs aidant, leur tactique avait gagné du terrain. Ceu même qui ne partageaient pas leur manière de voir s' associaient souvent par désir de paix. Si Ton pouvait avec le sacrifice d'un seul mot , et d'un mot d*origin nouvelle , satisfaire l'empereur et rétablir la paix pourquoi s'obstiner à refuser cette satisfaction à de frères cl à un maitre ? Ainsi raisonnaient dans toute les villes d'Orient tous ces gens dont les partis abondent d'un esprit doux mais faible, d'une nature conciliani et timide, qui craignent les périls et répugnent au violences de la lutte. Â ceux-ci Athanase paraisse toujours respectable i»ar ses vertus, mais incommod par ses exigences. Sans le condamner trop sévèn ment, ils le jugeaient emporté par un excès de zèk peul-i*^lre \)ixv un amour-propre d'auteur, Le chang

ment d'un seul mot, disait-on, valait-il tant de désordre? Bien plus, ce n'était pas même un mot; une lettre seule suffirait. Que l'on insérât une seule lettre, un iota, dans le mot- sacramentel ; qu'au mot ôjjLooo^noç on consentit à substituer le mot opio'Jaioc ; delà même subttœniie, qu'on fît ainsi substance semblable; cette expression adoucie rassurerait bien des consciences troublées ; personne ne réclamerait contre une telle transaction . Les évêques alors rentreraient dans leurs sièges; 'es sanctuaires seraient rouverts, les deux pouvoirs seraient réconciliés, et rien n'arrêterait plus les destinées triomphantes de l'Église.

Tels étaient les raisonnements spécieux et même les Motifs véritables d'une grande partie de ceux qui s'enga- S^^ient chaque jour dans les rangs de Tarianisme. A vrai ^iiHî, c'était la plus grosse et la meilleure fraction des dis- ^^dents qui pensait ainsi. Des scrupules un peu puérils, goût de conciliation qui dégénérait en excès de coml^'î^isance;* tous ces sentiments, plus pusillanimes que ^'^Upables, n'étaient point incompatibles avec un fonds vertu chrétienne et un attachement sincère à la foi. ^ ^tait le cas de Basile d'Ancyre, de George de Laodicée, ^ Ëleuze de Cyzique; tel avait été aussi, tout en secom- ^•^omettant moins, Maxime de Jérusalem; et son dis- ^'pleet son successeur, Cyrille, quoique d'un esprit plus '^t'me et d'une doctrine plus sfire, ne se détachait pas ^^^core tout à fait du mémo groupe.

Mais en regard de ces esprits incertains, qui formaient

394 LA l»BIISBCUTION ARIENNB.

le fond et comme la masse du partie d'autres ta préaetttaient qui servaient sous le même drapeau» tout en étaiil animés de sentiments bien différents, et à la poursuite d*uneplushauteambition.Ceux-là,vérital>lesdépositaires de la doctrine d'Arius, ne s'arrêtaient point à quelquef chicanes de mots; c'était toute une révolution qu'ils appo^ taient dans les idées. La tradition des Pères , le texte dei Kcritures^tout cela au fond leur importait peu. Le renom de novateurs philosophiques leur inspirait moins d'effroi que d'attrait. L'arianisme n'était pour eux qu'un moyen de mettre d accord la foi de TÉglise avec un système de métaphysique très-voisin de celui des néoplatoniciens d'Alexandrie. Au sommet de l'échelle des êtres, un Dieu unique» impassible, invisible, inconnu; Vft nité des éléales, le torme absolu de toute dialectique l'abtme et le silence des 'systèmes orientaux, sans rap port avec le monde et sans action sur sa durées au-de sous (le lui le Verbe, la première des créatures, en mên temps que rintcrmédiaire de toute création^ le lien la divinité et du monde, l'organisateur de la matière: transition du fini à Tinfini, voilà le système que, mo par voie d'interprétation des textes, moitié par déduc dialectique, ils se proposaient hardiment de subslitif la notion simple do la Trinité chrétienne. Arius en • dessiné à Nicée les premiers linéaments, au milie scandale de l'assistance. Comprimée par les anati de rÉglise et les arrêts sévères de Constantin, alt^ Amoindrie, désavouée par son auteur même, cet

LA PERSÉCUTION ARIBNNE. 395

tiim pourtant n*avait jamais péri complètement; elle a?ait toujours circulé dans Tombre, au sein de quelques écoles cachées. Enhardie par l'exil du héros de Nicée, elle se produisait de nouveau au grand jour et déployait aux yeux des fidèles épouvantés la témérité de ses conséquences.

Ainsi se dessinait une seconde fraction du même parti, d'un esprit tout opposé à la première, minorité audacieuse qui suppléait au nombre par Taclivité. Elle avait trouvé récemment un chef habile dans un aventurier du nom d'Aélius , sorti des dernières classes du peuple, un de ces hommes de bas étage, mais d'asprit entreprenant, qui montent à la surface des ^etés politiques et religieuses , quand Torage en double le fond. Esclave dans sa jeunesse, puis ouvrier ^ vnétaux , puis serviteur d'un médecin qui lui avait appris les éléments de son art , Aélius avait fait successivement tous les métiers et s'en tint assez long- ^^ïiJps à celni de son dernier maître. Pratiquant l'art de Piérir, avec l'audace d'un empirique, il gagna de l'ar- 8^t, vint à Antioche et se fit admettre dans des écoles J« médecine, où on remarqua vile, dans les discussions, la force de ses poumons et son imperturbable faconde. Il sentit bientôt que, dans un temps où les discussions ^Wologiques pouvaient mener à tout, de tels talents sérient encore mieux placés dans une école de théologie ; ''ïaisles premiers éléments des lettres lui manquaient. ^ mit, sans fausse honte, au service d'un maître de

396 LA PERSECUTION AHIENNE.

grammaire, pour les apprendre; et en peu de temps il en savait àssez pour entreprendre contre son professeur même une discussion sur les Kcrilures, où il parut avoir l'avantage. Encouragé par le succès, il étudia avec plus d'ardeur sous la direction de plusieurs prêtres et évéques ariens d'Antioche , de Tarse , et d'Anazarbe » et donna publiquement des conrérences sur divers sujets. Mais un voyage à Alexandrie acheva de le consommer dans l'art de raisonner, a Ce fut là, dit saint Épiphane,qu*à Fécole d'un sophistearistotélicien, travaillant du soir au matin, il appritia dialectique etnesongea plus qu'à expliquer par des figures logiques tout l'ordre des choses divines. » Ce fut là aussi, sur cette terre natale du néoplatonisme et de la doctrine arienne, qu'il osa donner à son système tout son développement et en tirer des conséquences qui auraient peut-être fait reculer Arius lui-même. Dépouillant tout artifice de langage, il déclara qu'il ne pouvait exister entre le Père et le Fils, entre l'Être infini et sou Verbe, non-seulement aucune unité, ni aucune égalité, mais pas même de similitude. Le Fils n'était pas même l'image du Père. Vainement lui objecta i t-on , du sein même de l'école arienne, les textes précis des Écritures, Clément d'Alexandrie, Tertullien,Origène : il répondait qu'il se moquait des autorités, et qu'il fallait tout résoudre par le raisonnement et tout réduire en syllogisme

1. Philost , III, 15, Ui. — S. Epiph. , Hœr., ixxvii, 2. — Socr , ii, 85. — Soz., III, 15. — S. AUian., de Syn,, p. 873. .

II s'en fallait beaucoup assurément que la hardiesse de tels procédés fût goûtée, ou que la rigueur de telles conséquences fût admise par la majorité des prélats ariens, et le scandale qu'Aétius causait parmi les fidèles donna lieu de très-bonne heure, surtout chez les schismaliques , qui se sentaient compromis, à de trèsgraves inquiétudes et à de très- vives récriminations. Aussi Aétius, qui s'était flatté sans doute de parvenir aux grandes dignités ecclésiastiques, ne put aller au delà du rang de diacre» que lui conféra l'évêque d'Antioche, I^nce,etdont il ne put même tranquillement exercer les fonctions. Mais le désordre était grand dans toutes les ^ises d'Orient; toute répression sévère y était impossi- '^Ie,etAétius était l'homme du monde le mieux fait pour profiierde ce relâchement. Actif, grand parleur, toujours ^mouvement et en visite, de mœurs faciles lui-même ^prêchant aux autres une morale commode , il savait ^ faire bien voir des hommes influents. De retour ù Anlioche, il avait réussi à se mettre en grâce auprès César Gallus^ qui goûtait un prédicateur de sa sorte, l'employait dans des missions confidentielles; et il avait dû à cette foveur quatre ans d'un enseignement tranquille. Constance le connaissait et l'estimait moins ; ^3is, pour les exécutions violentes auxquelles sa poli- ^ne se portail, il fallait des gens d'entreprise, déterminés, prêts à payer de leur personne, et pouvant ^Wouir la foule. Aétius était inappréciable dans de telles Usions. Aussi, à peine l'usurpateur Georges était-il

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arrivé à Alexandrie, qu'Aéiius était acoouru à «i suite, prêt h monter sur la brèche, à prêcher, à tenir école, à attaquer de toute manière les amis et les opinions d*Athanase. Grâce à ces services précieux et k S69 paissantes protections, Aétius, souvent iikqoiété , jamais découragé, suspect au grand nombre, n>ats attirant la curiosité et plaisant aux esprits aventureux , avait pu dix années durant répandre tout haut sa doctrine, et rassembler autour de lui un 'groupe assez redoutable d'élèves et de partisans *.

Intentions, mobiles et croyances, tout différait donc, on le voit, entre les deux nuances de chrétiens qoi pourtant marchaient unies, depuis trente ans déjà, sous les bannières de Tarianisme. Ici, le goût de la paix poussé jusqu'à l'abandon de la vérité : là , l'esprit de contention et l'audace des systèmes. Ici, la terreur d*une innovation, même vcrlwile : là, l'entreprise avouée de rt'lornier la foi par la philosophie. A vrai dire, arec de telles divergences, une si longue union n'eût pas été possible, si entre ces deux caractères opposés ne s*élar placé dès l'origine un intermédiaire plus habile qu Tun et plus résolu que l'autre, dont l'ascendant ava su les contenir. C'était un polit noyau de prélats am? lieux, pour qui les idées comme les croyances élah peu de chose, mais pour qui le pouvoir était lool. en a vu le modèle achevé dans Eusèbe de NicomM

1. Philost. — S. Ephipli. — Socr. — Soz., loc. cit. — Tbéod Î4, «7.

LA PBRSÉCLTION ARIENNB. 399

imis l'original avait suscité plus d*unc copie. Du jour où le goût malheureux de la race de Constautin pour les discussions théologiques avait été connu» il s'élait trouvé plus d'un flatteur avide, même sous la robe saœrdotale, pour recueillir précieusement le secret d*un nouveau moyen de brigue et de puissance. Des prêtres oorrompus par la faveur , des courtisans intrus d'ans le «^actuaire, n'avaient plus considéré les débats dogmatiques que comme un moyen de servir des querelles de palaiset des rivalités d'antichambre. Avoir un parti dans rÉglise et le foire prévaloir à la cour, ce fut la pensée sacrilège que plus d'un successeur des apôtres osa porter à l'autel. Dans do telles vues, et pour forger un in- ^Iruinent de servitude, l'hérésie étail commode et même i^^cessaire; car l'erreur a des souplesses qu'ignore l'inflexible vérité. Mais il fallait une hérésie modérée; P^Q bruyante, point populaire, une hérésie de çour et de Palais, puur ainsi dire, qui ne causât point tropdescandale ^^vulgairechrétien, qui n'inquiétàtpastropla conscience prince, qui sfit se contenir elle-même dans les bornes ^ l« sagesse politique. C'était à ce point de vue qu'Eusèbe ses imitateurs avaient envisagé l'arianisme.et dansce ^«s qu'ils l'avaient gouverné. Planant ainsi des hauteurs ^® leur ambition sur les deux partis qui subdivisaient schisme ; étrangers aux scrupules des uns comme ^"x emportements des autres; aussi peu timorés que ^*niéraircs, ils les méprisaient également et les flattaient ^ccassivement. Car ce n'était pas trop du concours de

ces deux forces, pour tenir lête au seul adversaire qui leur parût digne à la fois et de leur estime et de leur haine; à cet Athanase, aussi dédaigneux des intrigues de cour qu'habile à les pénétrer, pour qui la politique n*avait pas plus de secrets que la dialectique d'ambages, qui d*un regard lisait sous leurs masques et d'un mol flétrissait leurs ruses. C'était contre ce rocher de la foi qu'épuisaient tous leurs efforts, en Orient Ursace et Yalens, en Occident les gens comme Acace, de Césarée, l'habile et astucieux successeur du flatteur de Constantin. Et ne 'perdant jamais de vue ce point de mire, tour à tour caressantset altiers, sachant menacer, céder, revenir à la charge, alarmer la conflanco des faibles , contenir les exaltés , assiéger l'oreille du prince , ces excellents capitaines avaient réussi à tenir pendant un quart de siècle leurs troupes ralliées, pour marcher à Tassaut du pouvoir et à la ruine de leur ennemi.

Le temps était venu, cependant, où Tcfficacité de celte politique était épuisée, et où le maintien de l'union n'était plus possible. La division intérieure, après avoir grandi longtemps en silence, devait enfln éclater. Leshardiesses chaque jour plus choquantes d'Aélins excitaient chaque jour aussi, delà part des ariens modérés, de pln^i vives réclamations. Ils se sentaient enlrainés, malgré eux, sur une pente qui bordait un abîme, et ne trouvaient plus aucun point d'arrêt pour se retenir. Le comble fut mis à leurs inquiétudes, lorsque, vers le

commencement de 358 ils apprirent coup sur coup que a. le siège primalial d'Ântioche, vacant par la mort de lÀ)nce, était tombé, par suite d'intrigues et de violences, entre les mains d'un ami et d'un soutien connu d'Aélius, Eudoxe, évêque de Germanicie ; et que le premier acte du nouveau pontife avait été de mander son confident auprès de lui^ et de promulguer en Orient la ibnnule même defoiqu*on venait défaire signer à Osius, àSirmium. Cette formule^ si explicite sur l'inégalité des deux personnes de la Trinité, acceptée avec tant d'empressement et promulguée avec tant d'emphase^ devenait par là comme le symbole de la nouvelle doctrine philo- ^phique, et elle apparaissait revêtue de l'assentiment de l'empereur et de l'adhésion d'un des plus illustres ^^nfesseurs de Nicée. On disait même qu'on la portait au pape Libère, et qu'il allait y apposer sa signature ^ ^ péril de la foi était donc imminent, même pour les Teui les plus aveuglés. Les modérés sentirent enfin ^u'il était temps de s'arrêter dans une telle voie. Le signal fut donné par quelques prêtres d'Antioche s'étaient opposés aux desseins d'Eudoxe, et qu'il avait chassés de son Église. Ils allèrent trouver Georges '^Laodicée, et celui-ci, prenant l'alarme à l'instant,

*-*M.ap. J.-C. — U. C. 1110. — Indiction i. — Datianus et GerttlisGoss.

Soc., II, 37. — Soz., IV, 12,13, 15. — Théod., ii, 25. — La date «J'eiévation d^Eudoxe an siège d'Antioche est déterminée par ce fait, ^l'iil était auprès de Temperenr, à Rome, au moment de la mort de "^Pi^lécesscur Léonce. — Philost., iv, 4, 5.

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