‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 185 sur 321 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

mpire était une ])Ossession si précaire qu'un homme nt ne devait pas perdre un seul jour pour le pren- 1 main. Julien fit donc aussitôt ses préparatifs de l, sans attendre môme la soumission des légions lilée, qu'il ne craignit pas de laisser derrière lui en I révolte. Ordre fut donné aux troupes de se 9 en marche sans délai vers la Thrace. iSy quelque diligence qu'il fit, il trouvait pourtant sir de répondre, et non sans recherche et sans 9 aux adresses de félicitation qui lui arrivaient utes parts, surtout à celles des rhéteurs émérites implissaicnt les sénats des grandes villes et qui sait en lui un confrère couronné. Thémistius, Tora- Je profession de toutes les grandes solennités à intinople, lui ayant écrit pour le comparer à le, à Bacchus, à Solon, à Pittacus et à Lycurgue, mot à tous ceux qui avaient tout à la fois régné et

philosophé, Julien ne voulut pas perdre une si belle occasion d'exposer de nouveau ses sentiments de désinléresseraent stoïque : « Plût à Dieu, lui écrivait-il, que je pusse remplir les espérances que vous fondez sur moi ! Mais que je suis loin de pouvoir atteindre à cette hauteur ! Quand je pense qu'il faut maintenant entrer en comparaison avec Alexandre, avec Marc-Aurèle et — tant d'aulres hommes excellents, un frisson me saisit : — je suis pris d'un incroyable tremblement... Et voilà pourquoi jo voulais vivre dans la retraite 5 et, me souvenant avec délices de nos entretiens d'Athènes, j'aurai désiré mêler toujours ma voix aux vôtres. »

Puis il redisait en termes étudiés toutes les maximes des philosophes sur les danger sde la politique, les piégea de l'ambition, les entraînements dn pouvoir absolu. Platon n'avait-il pas dit qu'un Dieu seul pouvait commander aux hommes? Aristote^quele pouvoir d'un seul ^ était coiilrairo à la nature humaine, et que tout homme investi d'un commandement sans limites devenait une ^ béle féroce? a Lorsque vous me conseillez donc, reprenail-il, de quitter la vie cachée des philosophes pour paraître au grand jour, c'est comme si, rencontrant un ^ homme qui, retiré chez lui, ne fait qu'un exercice calme ^ et modéré, uniquement pour sa santé, vous lui disiez : ^ Viens donc maintenant aux jeux Olympiques et, quittant ^ les petits exercices domestiques, descends dans l'arène de Jupiter. Là, tu auras tous les Grecs pour spectateurs, « cl principalement les citoyens de ta ville, pourThonneu

desquels il te faudrn combattre : puis aussi beaucoup d'entre les Barbares, qu'il te faudra frapper de terreur pour leur rendre ta patrie plus redoutable. Si vous lui teniez ce langage, vous rempliriez son âme de consternation, et il serait tremblant avant même d*abordcr le combat. » La lettre flnissait par une véritable thèse de rhétorique sur la comparaison des mérites de la vie active et ceux de la vie d'étude , et , en disciple bien élevé , Julien donnait tous les avantages à la méditation du sage sur l'activité du politique : « Quand vous ne feriez , assure-t-il , qu'élever des philosophes , ne fût-ce que trois ou quatre , vous auriez rendu à la république un plus grand service qu'aucun souverain... Que Dieu daigne donc , ajoutait-il en terminant, me donner une heureuse fortune et une prudence qui eli soit digne. 11 me semble que je dois être secouru » et par celte excellente Divinité d'abord, et aussi par vous tous, les Grecs qui philosophez, que j'ai défendus toujours et pour qui je me suis mùme mis en péril *. »

Ni le métier de souverain ne déplaisait autant à Julien, ni les difficultés n'en étaient aussi grandes qu'il le voulait faire croire. Tous les cœurs volaient d'eux-mêmes au-devant de lui. Dès son arrivée à Héraclée, il trouva le peuple de Conslantinople qui venait à flots pressés à sa rencontre, et les députalions des grandes villes qui lui offraient des couronnes d'or. Son entrée solennelle dans

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