Jul., Fragrn. (éd. Span.), p. 288-305; p. A50. — Kp
JULIEN PERSÉCLTEl'R.
Il y avait surtout un point que la brillante, la sensuelle Antioche ne lui pardonnait pas : c*était sa haine des cirques et des théâtres. Julien se privait in par scrupule d'austérité philosophique, d'un des plus grands instruments de propagande et de résistance du paganisme. L'Église avait beaucoup de peine, on l'a vu, avec ses anathèmes effrayants, et ses pompes qui parlaient au cœur, à retenir ses fidèles loin du tourbillon du cirque. Quand le catéchumène sortait du baptistère, le front encore inondé de Teau sainte, un groupe joyeux qui passait dans la rue, courant au théâtre, les sons lointains de la musique, les accents delà voix des chanteurs, surfisaicnt parfois pour disputer son âme à la grâce. Tel qui la veille bravait le courroux du magistrat, et qui passait hardiment en faisant le signe de la croix sous le regard impérial, le lendemain ne résistait pas à la fantaisie d'aller voir un lion venu d'Afrique ou un gladiateur arrivé tout enchatné du fond de la Bretagne; et puis, la première goutte de sang versé rallumait en lui ces instincts de béte féroce qui grondaient dans le sein de toutes les populations antiques, et que la loi chrétienne essayait en vain de museler. Un empereur païen qui eftt assouvi sans scrupule celte frénésie voluptueuse des cités orien-
(éd. Heylcr), \). 109.— Ct-tle dtirnièie lettre lenfcnne de curieux détails 8or les coutumes de certains solitairt s é^^-ptieus^ qui passaient la nuit aa pied des obélisques pour se procurer des songes prophétiques. On a voulu y voir une allusion aux coutumes souvent singulières des moines chrétiens. Le texte ne s'y prête nullement. Il ne s'agit évidemment que de superstitions païennes.
taies, qui eût consacré à embellir les jeux du cirque toutes les réserves du trésor impérial, aurait sans doute Tait rude concurrence aux prédicateurs chrétiens le phis en renom. Julien, enfermé dans la rogne austérité du cynique, se refusait ce moyen de popularité. Il essayait, il est vrai, d'y suppléer par les pompes, chaque jour plus éclatantes, des sacrifices; mais, le premier attrait de curiosité une fois passé, on se lassait vite de ces cérémonies monotones, qui n*étaient relevées par aucun des incidents dramatiques du cirque. Puis, si les païens des campagnes étaient avant tout fanatiques, ceux des grandes villes, semblables en cela, il faut le dire, à beaucoup de chrétiens, aimaient avant tout leurs aises. Après avoir joui quelques instants de Fhumiliation de leurs voisins et de leurs concitoyens chrétiens, rien ne leur convenait moins qu'un prosélytisme tracassier qui mettait le trouble dans les familles et gênait les divertissements de la vie sociale. Ils disaient hautement qu'ils aimaient mieux aller nu théâtre qu'au temple, parce qu'on pouvait s'y rendre en partie de plaisir avec tous ses amis, sans s'inquiéler de la religion qu'ils professaient. Ces voluptueux se plaignaient aussi de l'empereur, qui n'avait pas soin de faire approvisionner la ville de poissons el d'oiseaux rares. Ils pensaient, sans le dire tout hnnt. qu'un souverain chrétien un peu facile serait peut-élr^s plus commode qu'un païen si rigoureux