‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 295 sur 321 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

Le 27 juin 383, quand le soleil se leva sur les plaines d'Assyrie, la situation de l'armée romaine parut dans toute son horreur. L'ennemi, posté sur les hauteurs qui la dominaient, la pressait par derrière; la famine décimait ses rangs, et le soldat devait désormais avancer, sans chef pour le guider, à travers des pays inconnus. Toute la pensée de la guerre , et même de la re^ traite, était dans la téte de Julien. Il disparaissait, ne laissant ni instructions, ni testament, ni successeur dé^ signé, ni héritier naturel. Pour donner h la fois un général aux soldats et un empereur au monde, nul mode d'élection n'était prévu. On avait à peine quelques heures devant soi, pour faire choix d'un commandant el pour arrêter un plan de campagne.

Le conseil des grands officiers, s'adjoignant les chefs principaux des légions, se réunit dès l'aube sous la lente impériale. C'était, comme on l'a vu, l'assemblée la

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plus discordante : il y avait des gens de toute espèce, des chrétiens, des augures» des philosophes. Une profonde et ancienne division existait entre les anciens officiers de Constance conservés par son successeur, tels que les deux maîtres de cavalerie et d'infanterie, Ariotheus et Victor, et les compagnons d'armes de Julien, Gaulois ou demi-Barbares, comme le duc Dagalalphas et le consulaire Nevitta. Les rivalités contenues par l'ascendant du génie de Julien éclataient sur son lit de mort. Les officiers de Constance dédaignaient les parvenus de la guerre qui, à leur tour, n'avaient que des expressions méprisantes pour les militaires de cour. Aucun des deux partis n'aurait voulu du candidat de l'autre. Pour sortir de peine, la majorité du conseil étant païenne, on consulta les oracles. Ils donnèrent un oodseîl fort sage en désignant le préfet du prétoire Sallosie Second, dont le caractère conciliant était connu. Mail Salluste était vieux et très-fatigué de la campagne. Il s'excusa sur son âge et sur ses infirmités , et ne voulut se laisser couronner à aucun prix. L*embarras devenait extrême. Un officier d*un grade honorable, dit Ammien Marcellin (sans le nommer, ce qui ferait penser que c'était lui-même)» ouvrit aloi*s Tavis de ne point faire d'élection, de se comporter tout simplement comme on eût faijt en l'absence de Julien, c'est-à-dire de laisser le commandement de Tarmoc an plus ancien en grade, et d'attendre pour choisir un empereur que la retraite fût accomplie et qu'on eût rejoint l'armée restée en

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Mésopotamie; car il n'entrait dans l'esprit de pers^onne qu'un empereur pût être nommé par d'autres que par des soldats*.

C'était le parti le plus raisonnable : ce ne fut pas celui qui prévalut. Avant même qu'on eût été aux voix t il s'éleva un peu de tumulte au bas bout de l'assemblée, qui était fort nombreuse. Une petite partie des membres présents, probablement des officiers d'un grade inférieur, impatientés de ces lenteurs et de ces rivalités auxquelles ils étaient étrangers, se concertèrent entre eux et dirent qu'ils voulaient avoir pour empereur le comte des domestiques, Jovien. C'était un brave officier, d'un grade peu élevé, mais d'une naissance honorable (car son père, le comte Varronien, comptait de bons services), et d'un caractère facile. Quoique chrétien fidèle, et ayant même bravé la disgrâce pour sa foi, il était ami du plaisir, et on lui reprochait un peu de propension pour le vin et pour les femmes. Ces défauts, qui n'ont jamais été trop mal vus dans les camps, ne l'empêchaient pas d'être très-aimé du soldat. Aussi , dès que son nom fut prononcé , les officiers supérieurs sentirent que le choix était populaire, et qu'il n'y aurait pas sûreté à aller à rencontre. Us acceptèrent donc 1 idée proposée, plus par crainte d'exciter quelque mécontentement que par une résolution bien arrêtée. On jeta à la hâte sur les épaules de Jovien un vêtement de pourpre , beaucoup

i. Amm. Marc, zxt^ 5.

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trop court pour sa taille , qui était trèe-graiide. Puis, tout en faisant sonner le départ (car il n'y avait pas un instant à perdre)» on promena le nouvel empereur à travers les légions déjà prêtes à se mettre en route *.

Le cri de Jovien Auguste se propageait d*un bout à l'autre du camp. On fut tout surpris de l'extrême thousiasme avec le€[Uel surtout il était répété à Tavantgarde ; mais on le fut bien davantage encore lorsqu'à rapproche du nouvel élu lui-même, ces transports se changèrent subitement en larmes et en sanglots. Une méprise avait trompe le zèle de ce corps » tout compoeé d'anciens soldats de Gaule. Les deux noms de Jovien et de Julien ne diffèrent que par deux lettres, ei présentant à Toreille un son analogue, ces braves gens avaient cru que leur chef revenait à la vie. Mais quand, au lieu de la démarche leste et du port militaire qu'ils connaissaient si bien, ils virent se dessiner une taille longue et un peu courbée, ils éprouvèrent un moment de désappointement qu'ils ne purent contenir ^.

Jovien lui-même n'avançait qu'avec répugnance. La dignité d'empereur n'avait pas beaucoup de charme au fond de l'Assyrie et en face d'un ennemi menaçant. Puis un scrupule troublait cet honnête homme, qui ne vou-

1. Amm. M^rc.^ xxv, 5, 10. — Théod., iv, 1. Cet éciiv.iiu exj'lique assez bien ce (jirAminien avoue indirectoinent, c'est une Jovieu fui élu par le choix de l'année et des officiers d'un grade inférieur, contre le gré des olliciers snpériems. Pour Zosime, A urt le- Victor, Eutrope. c\ l' S autres écrivains païens, ils rapporleut rélection sans a'.rnu ilei.iil.

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