S. Grég. Naz., loc. cit
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qiie la concession faite par Jovien d'une cerlaipe étendue de territoire était sans exemple dans les annales de Rome, et que ce fut le Dieu des chrétiens qui , le premier, tt reculer le dieu Terme. Le fait, au contraire, s'était vu tarès-fréquemment déjà, bien que justifié par des motifs beaucoup moins pressants. Adrien lui-même , le père des Antonins et un empereur des meilleurs jours, avait très-sagement fait le sacrifice des conquêtes éphémères de Trajan, etlai^ l'Arménie un instant réduite en pro- Tince romaine, reprendre son ancienne indépendance sous son ancienne dynastie. Aurélien , Tun des héros de la décadénce, pour mieux concentrer la défense des frontières, n'avait pas fait difficulté d'abandonner la meilleure moitié de la Dacie. Personne ne l'avait blâmé d*avoir sacrifié Télendue de l'empire à sa sûreté. Les provinces, dont le nouveau traité, signé par Jovien, consommait la séparation , étaient des possessions trèsrécentes, imparfaitement incorporées à l'empire, et bien qu'elles fussent très-précieuses assurément, Rome pourtant s'en s'était passée dans les plus beaux temps de sa force et de sa gloire. Le seul doute par conséquent qui pût troubler la conscience de Jovien au moment de signer ce douloureux traité, c'était de savoir si lui, souverain créé la veille, sur un territoire étranger, dans un camp, par la fantaisie de quelques soldats et l'assentiment aveugle de quelques officiers, il pouvait valablement décider de Tinlégrilé de l'État et de la destinée des populations romaines ; mais ce fut
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probablement le seul qui ne traversa pas son esprit Si pareille question eût été faite même à l'étourdi Yarron, sur le champ de bataille de Cannes, ou adressée par Xénophon aux dix mille héros qui le suivaient sur ces bords funestes du Tigre, la réponse o'eàt pas M douteuse un instant Tous les échos eussent répéié d'une voix unanime que des soldats sont les servileun et non les maîtres de TÉtat , qu'ils doivent périr pour lui, mais ne peuvent disposer de son sort , et qu'on ne peut donner, même pour racheter sa vie , que ce qu'oa possède. Le souverain d'une monarchie, (elle que l'a faite plus tard Tesprit chrétien et moderne, mis à pareille épreuve , les captifs de Poitiers ou de Pavie', par eieah pie, auraient senti également qu'ils ne pouvaient réduire a eux seuls le legs de leurs ancêtres et le patrimoine de leurs enfants. Les uns et les autres ne se seraient pas cru le droit de consentir la cession de provinces entières, comme une garnison affamée, dans une citailelle, stipule la reddition de ses armes. Derrière eux ik auraient senti un sénat, une assemblée populaire, des héritiers pourvus de droits acquis , dont le consentement était nécessaire et ne pouvait être suppléé. Mais un empereur romain n'avait ni de telles limites h respeeter, ni de tels scrupules à concevoir. La fiction étrange qui concentrait sur sa tête la souveraineté populaire , et qui ne s'était point altérée en passant du forum au prétoire, {lermettait à un homme seul , sans aïeux , sans avenir, de disposer à son gré du sort des peuples, et qni
que ce soit au monde ii*avait ie droit de lui en demander compte. Jovien ne dépassa point ses droits en mettant son nom au bas de l'acte triste et sensé qui entamait l'unité romaine. S'il y eut un coupable à accuser, ce fut celte informe constitution dont avait gratifié le monde la servilité de la multitude , exploitée par Taur daoe des aventuriers.
Pour être délivré du principal ennemi , on n'était pas quitte pourtant des autres souffrances de la retraite, car las Perses n'avaient promis ni des embarcations pour traverser le fleuve, ni des vivres pour achever ia route , ni leur appui pour réprimer les incursions des tribus du déserU Le passage du Tigre fut donc trèsdifficite , d'autant plus que tout le monde étant trèspressé de se trouver sur l'autre bord, et le lieu de la discipline s'étant fort relâché pendant ces longues tra- Yerses, dès que ie signal fut donné , chacun voulait se précipiter dans les flots, qui à la nage et qui à cheval, les uns sur des outres , d'autres sur des embarcations faites de petit bois taillé à la main. Cet empressement imprudent coàta la vie à beaucoup d'hommes, qui périrent noyés ou tombèrent isolément entre les mains des Sarrasiffê. Jovien réussit, mais un peu tard, à contenir ce désordre, en établissant un service régulier de l'une à l'autre rive , au moyen du petit nombre de bâtiments qui avaient été épargnés dans 1 incendie de la flotte \
1. Amm. Marc, xxv, 8. — Rufla et Tliéodoret seuls prétendent qne les Perses avaient promis et fDurni des vivres ; mais leur récit est dirpcteincnt conl'pdit par celni d'Ammien.
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De Tautre coté du Tigre, reslait encore un long chemin à faire à travers des plaines sablonneuses» avant d'atteindre les pays civilisés par les Romains et les villes mêmes dont la cession venait d'élre consentie. Six mortelles journées de la marche la plus fatigante» sous les feux de la canicule et aux prises avec les horreurs de la famine, suffirent à peine pour faire traverser à Tannée ces déserts. Le pays ne fournissait d*autre aliment que de l'absinthe et des herbes sauvages. Le soldat affamé tuait les bétes de charge pour s'en nourrir; puis, trop faible pour porter lui-même son bagage » il le jetait au hasard sur la route. Mille terreurs diverses assiégeaient les esprits : tantôt c'étaient les Perses qui, manquant à leurs engagements, allaient arriver sur les derrières de l'armée fugitive; tantôt c'était Procope et les légions de Mésopotamie, qui venaient à la rencontre de Jovien pour contester son élection et le forcer à déposer la pourpre. Ces craintes furent pourtant vaines. De la vieille citadelle de Huila, où Ton se reposa quelques instants,* Jovien fit partir en avant le tribun Maurice pour s'assurer de l'accueil qui allait lui être ftîit sur le territoire romain, et il sut bienlôt que le patriotisme remportait dans l'âme de ses anciens collègues sur toute rivalité d'ambition. Au château d'Ur, il Irouva le duc de Mésopotamie, Cassien, qui lui amenait des renforts et des vivres Pour la première fois, alors, il put quitter un instant le métier de général pour songer aux intérêts
1. AuiDi. Marc, hc. cit. — Zos., iii, 33, — Liban., Or. 10, p. 8i5.
LE RETOUK DE l'aKMËK.
de son pouvoir. Il dépécha des messagers dans les diverses parties de l'empire, pour faire connatlre la mort de Julien et sa propre élévation. Il en envoya deux en particulier, très-confidentiels , à son père Yarronien, à qui il destinait le consulat , et à son beau-père Lucilien (celui-là même qui avait amené la flotte à Julien jusqu'à Circésium), officier très-distingué, dont il voulait ihire un maître de cavalerie. Enfin il choisit avec un soin tout spécial les agents qu'il destinait aux provinces un peu éloignées, comme celles de Gaule et d'Italie, et les fit partir en leur recommandant de faire valoir ses titres au rang suprême, d'atténuer dans leur langage la gravité de l'échec des Romains, et de revenir surtout très-rapidement lui rendre compte de l'état des esprits. La soumission de l'Occident au choix fait par l'Orient était toujours douteuse; mais, dans le cas présent, l'éloignement avait cet avantage, qu'on pouvait espérer de foire quelque illusion sur la triste réalité des faits *.
En Asie, au contraire, les nouvelles attendues avec une anxiété croissante éclatèrent tout à coup comme la foudre. Depuis le passage du Tibre et l'incendie de la floUe, c'est-à-dire depuis plus de six semaines, aucun courrier de l'armée n'était arrivé; (outes les communicalions, coupées par la barrière du fleuve el par l'immensité du désert, étaient suspendues^. Ce sib^nce sinistre pénétrait les âmes de terreur. Dans l'attente