Themist., Or. 3, 4, p. 42 et
*. P. Pat., Excerpta de legationiàwt, p. 27. — .Zoa., xiii, 7.
rôle e premier, et au lieu de s'adresser au général, il se tourna du côté des soldats et se mit à les haranguer dans la langue latine, qu*il possédait parfaitement. Il leur rappela, avec une grande chaleur d'éloquence, les bienfaits de son père en leur faveur, et les serments qu'ils avaient faits d'être fidèles à ses enfants. — « Laisserez-vous impuni, leur disait-il, le meurtre du fils d'un si grand roi, votre compagnon et votre chef dans tant de guerres , qui vous a comblés de biens et d'honneurs? Ne penseriez -vous point aussi, ajoutait-il en terminant, que, par le droit de la nature, les frères doivent recueillir Théritage de leurs frères * ? »
Constance n'avait parlé que de Mognence, et le nom de Yétranion n'était pas sorti de sa bouche ; mais un grand tumulte qui s'éleva parmi les soldats montra assez qu'ilsavaient compris sa pensée, et qu'ils se chargeaient eux-mêmes de l'achever : a Plus d'empereurs bâtards et illégitimes, s écrièrent-ils dans un accès de ferveur monarchique. » Et de toutes parts Yétranion se vit sommé par des gestes menaçants de dépouiller la pourpre et le diadème. Le vieux général, dont le caractère faible tenait, disent les historiens, de la nature d'un enfant, se sacrifia de bonne grâce et se jel.i aux pieds de l'empereur, en implorant sa miséricorde. Satisfait de ce triomphe, Constance le rcle\a, l'embrassa, l'appela son père, et lui offrit son bras pour descendre de l'estrade.
1. Zos., Il, 44. — Jul., Or. 2, p. 143, 144. — S. Alhan., ad So/., p. 844. — Se, II, Î8. — Soz., îv, 4.
Sa présence d'esprit et son éloquence lui avaient ainsi valu, sans coup férir, une grande province, une armée de vingt-cinq mille hommes, et une juste popularité. Tout le monde vantail sa clémence, et Yétranion plus que personne. Retiré, par la suite, à Pruse, en Bithynie, où il vivait doté d*une riche pension, devenu chrétien fervent et tout consacré aux exercices de la foi et de la charité, le bon vieillard ne cessa de remercier Constance de ravoir débarrassé du pouvoir suprême, et d'invoquer Dieu pour son bienfaiteur dans ses prières*.
Constance n'avait donc plus en tête d'autre concurrent que Magnence. La saison était trop avancée pour passer les A^lpes, et il fallut hiverner à Sirmium en Illyrie^. Pendant qu*il y séjournait, attendant un temps plus favorable, on lui apporta des nouvelles de la frontière de Perse, qui faisaient craindre le retour des attaques de Sapor. Rétrograder en face de Magnence en armes eût été impossible j laisser l'Orient sans défense, c'était le comble de l'imprudence. Constance vit ainsi de nouveau se dresser devant lui le problème que le génie seul de son pore avait su résoudre. L'empire était trop grand pour un seul homme : de gré ou de force, le partage était nécessaire. Constance voulut au
1 . Zos. — Zon. — Soc. — Sos. — Jul.., /oc. cit. — Themist., Or, 4, p. 56.
2. 351 ap. J. C. — UC. il 04. — Indictiou ix. — Post consulatum Sergitii et Nigriniani. L'année eî-t luaniuùe ainsi, parce que les désignatiuQs consulaires avaient été faites par Magnence et ne furent pas reconnues par Constance.
moins que la royauté ne sortit pas de la race royale.
Il n'avait pas d'enfants lui-même, et une mort prématurée venait d'enlever l'impératrice. De la famille Flavienne, décimée par tant de meurtres, deux rejetons seuls subsistaient, oubliés par le fer des meurtriers : c'étaient les enfants du patrice Jules Constance, sauvés par miracle dans le massacre de Constantinople, grftce aux soins de l'évéque Marc d'Aréthuse, qui les avait cachés dans ces jours d'horreur*. Une fois qu'ils étaient échappés au péril des premiers moments, il a^ait bien fallu les laisser vivre ; et, dès qu'ils vivaient, il fallait bien aussi les traiter en princes, leur rendre une partie au moins de leurs biens ^. Constance s'était décidé à regret à les épargner, en se réservant de voilier de près, avec une sollicitude menaçante, à leur éducation'.
Ces deux jeunes princes, nés de lits différents, étaient séparés par une grande distance d'âge. Gallus, l'atné, était déjà un homme fait ; Julien, le second, tout enfant encore à la mort de Constantin, sortait, en 350, à peine de l'adolescence On les avait longtemps séparés ; Julien était resté spécialement conflé aux soins d'Ëusèbe de ^icomédie, dont il était parent par sa mère. Mais depuis
\. s. Grf»q. — Naz.» Or.,iv, p. 91. (Ed. Ben. Paris, 1778.) i. Jnl. Fragm, (Ed. Spanheim, Lipsis, 1696), p. 390.