s. Greg. Naz., 0/ ., iv
î. S. Greg. Naz., ibid., 28.
212 LA lËtNËSSË DË ItJLIEff.
fit épouser, de gré ou de force, cette fille de Constantin, déjà veuve, d'un âge assurément fort mûr, et d*un caractère peu féminin, qui avait elle-même décidé Yélranion à usurper la couronne. On lui imposa en outre, pour général de ses armées, le comte Lucilien ^ Quelques paroles furent prononcées par Gallus en faveur de son frère. Le jeune prince ne demandait à profiter du bonheur inespéré de sa famille, qu'en obtenant la permission d*aller à Constantinople suivre, sous des maîtres fameux, le cours de ses études favorites^. Après quelques difficultés. Constance se décida pourtant à lui accorder cette grâce : puis le nouveau César, investi du commandement de l'Orient, prit congé de son parent, qui comptait bien demeurer toujours son maître.
Les loisirs de Constance, pendant l'hiver, furent employés aussi à un autre genre de cérémonie. Il pourvut à la convocation d'un concile, et à l'excommunication d'un hérétique. Même dans celte expédition prompte et périlleuse, il ne marchait qu'accompagné de ses évéques favoris, les ennemis d'Athanase et les directeurs dangereux del'Église d'Orient. Lamort de Constant, protecteur déclaré des orthodoxes, et représentant armé de la pure foi de l'Occident, avait ranimé toutou les espérances de ces prélats, et ils suivaient avec anxiété la marche de Constance vers ces régions latines où siégeaient leurs
1. Aurel. Vict. de Cœs., 4Î. — Zos., ii, 45. — Zon., xiii, 8. — Eutr., 1,12. Cfiron, Alex., p. 540. — Philost., iv, 1. — Socr. «6. î. Jul., ad Aihen , p. 499; — Eunap., Vit. Soph» Maxim,
principaux adversaires. Rien ne pouvait être plus favorable à leur cause qu'un événement qui aurait amené à Rome» auprès du chef suprême de TÊglise, l'empereur dont ils gouvernaient la conscience et les conseils. Vingtdeux d'entre eux, les plus résolus et les plus illustres, Narciase de Néroniade, Théodore d'Héraclée, Basile d'Ancyre, etc., n'avaient donc pas lait difficulté de suivre l'armée, et ils avaient été rejoints, à Sirmium par Ursace de Singidon et Yalens de Murse, si récemment réconciliés avec Athanase, mais tout prêts à retirer, devant le plus léger intérêt politique, un désaveu que la politique seule leur avait arraché
Ils voulurent profiter de la balte forcée de l'expédition pour laire l'épreuve de leurs forces. L'évêque de Sirmium, Photin, était un homme de grande science, mais d'an esprit aventureux et inquiet, dont la doctrine était suspecte. On l'accusait d*incliner très-fortement vers l'hérésie de Sabellius, dont l'erreur, directement opposée à celle d'Anus, consistait, comme on l'a vu, dans la négation de toute distinction entre les personnes divines. Il refusait, disait-on, toute personnalité propre au Fils et au Saint-Esprit, et niait Tincarnation du Verbe dans le sein de Marie et dans l'humanité de Jésus
I. Toas ces prélats sont nommés par S. Hilaire comme ayant assisté à la condamnation de Photin à Sirmiom, et pris part au formulaire qui sniTit. — S. Uil., Fragm., p. 1117, 1138.
t. S. Epipb.» Hœr,^ mi. * S. Jérôme, De vir, ill,^ 107. — Soc., it, 18, Î9, 10. — Sos., nr, 8. — 8. AUian., dt Syn., p. 888. — S. HIL. Fraçm,, p. it88 et saiT , etc.
LA JEUNESSE DE IULIEIf.
Comme le reproche de sabelliaineme était l'imputation ordinaire que les ennemis de la foi de Nicée dirigeaient contre les orlhodoxes, c'était pour eux une heureose occasion que de débuter, en mettant le pied sur la terre d'Occident, par la condamnation d'un Sabellien. A la vérité, l'erreur de Pholin lui était personnelle, et, sauf les habitants de son diocèse, dont il s élait concilié l'affection,il ne comptait aucun partisan. Les évéques d'Occident, à l'unanimité, condamnaient sa doctrine; et dans leurs réunions, à Sardique d'abord, puis à Milan, deui années auparavant , ils avaient formellement exprimé leur dissentiment, en le séparant de leur communion'.
Mais il était de l'intérêt des Eusébiensde faire preuve avec éclat de leur zèle d'orthodoxie, et ils obtinrent de Constance la permission de citer Photin devant eux*. Les erreurs de Photin étant fort claires, la discussion ne fut pas longue. Il Tut condamné tout d*une voix
1. La série des dispositious dôjà prises contre Pholin, dans les années antéi'ienres au concile de Siriniuuj, a dooin' lieu à des dissertations très-nombreuses et très-compliquées, de Baronius, de Tillemont, de Mansi^ etc., dont on peut voir l'anilyse dans Hefele, Coneilien-Ge-^ schichte, 1. 1, p. 613, Gl'i. Il serait superflu irinsister ici sur uniait dft si peu d'intérêt pour l'histoire générale. Il suffira de dire que saint Épiphane fait condamner Photin au concilo de Sardique, et saint Hi* lairc à un concile spécial à Milan^tenu, dit-il^ deux ans avant la ré* tractation d'L'vsace et de Valon?.
2. La date de ce concilo de Sinnium n*e?t pas non plus sans quelque difficulté. Sociale le place après lo con^^ulat de Serge et de Nigritien, c'esl-à-dire en cette année 351 ; mais il accompagne son récit d0 détails qui ne conviennent qu'à une épo(|ue posiérieure. Nous avons suivi Tordre adopté par la plupart des clirouologistes> Pétan^ Marea, Pagi, Tillemont, Hefele, et dont Mansi presque seul s'est écarté. Cf. Hefele, p r,23.
comme coupable de Thérésie de Sabellius et de Paul de Samosate. Mais cet acte de juste sévérité n'était, dans la pensée des évêques assemblés, qu'un prétexte pour dresser de nouveau un de ces formulaires de foi qu'ils savaient produire avec une incomparable fécondité, et qui, tous différents les uns des autres, et portant sur des subtilités et des nuances, ne se ressemblaient qu'en un seul point, l'omission du mot consubstantiel. Cette nouvelle profession de foi» plus voisine de l'orthodoxie que les autres, s'en écartait encore par ce retranchement : et ce fut assez pour que, bien qu'admise et expliquée dans un sens orthodoxe, par quelques docteurs catholiques, elle n'ait jamais pu trouver grâce devant l'imperturbable fermeté d'Athanase*.
Le formulaire fut présenté à la signature de Photin, qui se refusa à y adhérer et demanda à être encore entendu dans une conférence, où il soutint une longue discussion contre Basile d'Ancyre. Une déposition immédiate fut la suite de son obstination, et la décision fut communiquée à Constance, qui la sanctionna aussitôt par un décret de bannissement ^.
Le retour de la belle saison fit trêve à ces démêles pacifiques, et donna le signal de luîtes plus sanglantes. Magnence, qui n'avait pas employé son temps h traiter d'affaires spirituelles sur lesquelles il n'avait nulle pré-
l. Le formulaire que Socrate, saint Hilaire, dr ii, 74, et Atbaoasp, //' S/u.f i«. 900 et 90I, nous '.'iit r rv/*, est seiul>laMe, piesqu'^Ui..! i-.ur lU' l, à celui du coude d' Viiliocljc iudiquii \ h\> liant.
2 S. E| iph.. Hœr., lxi. — Soc. ii, — <> /.., iv, îH.
tention S s'était avancé jusque dans les plaines de Pannonie, à la tète de toutes les troupes qu'il avait pu rassembler, laissant dégarnies derrière lui, par une manœuvre hardie et presque imprudente, toute la ligne du Rhin et toutes les montagnes qui séparent l'Italie de la Norique. Sa confiance était telle, que, pour la première fois, dit-on, il méprisa les avis de sa mère qui lui conseillait de ne pas franchir la limite de l'Illyrie. Dès les premiers jours du printemps, il envoya défier Constance, au combat dans les plaines de Siscia, sur la Save, trente lieues environ au-dessus de Sirmium. Constance à qui le rôle agressif aurait appartenu naturellement, puisqu'il avait à déposséder son rival d'un territoire usurpé , ne crut pas pouvoir se refuser à cette provocation, et s avança vers la ville de Siscia dont la garnison tenait encore en sa faveur. Mais sa marche fut bientôt arrêtée par l'échec de son avant-garde, qui tomba dans une embuscade préparée par Magnence le long du fleuve, au-dessous de la ville. Averties ainsi de la présence Tune de l'autre, les deux armées firent halte. Tune en vue de Siscia, dont la résistance durait toujours, l'autre en avant de Sirmium, dans le camp de Cibale, au lieu môme où Constantin avait autrefois vaincu Licinius. Constv^nce attachait un grand prix à ce souvenir, et désirait, avec une passion presque supersti-
1. S'il eût été p«a\eii, cepeiidaut, comme ou l'a dit, U n'eût pas obtemi desévéques des Gaules le coucours qui lui futacqui6ietqueCk)Qstance reprocha si amèrement aux catholiques.
lieuse y combattre dans ces plaines illustrées par le triomphe de son père. Il s*y était établi sous une tente décorée avec une grande magnificence, où il déployait un luxe vraiment royal. Les champs de Pannonie étaient d'ailleurs destinés à être plus d'une fois encore témoins de ces luttes de TOccident et de TOrient, préliminaires d'un inévitable déchirement *.
Des deux parts, cependant, il y avait plus de forfanterie que d'audace, et les deux rivaux restèrent ainsi plusieurs mois à portée l'un de l'autre, chacun cherchant à séduire Tarmée de son adversaire, et à se procurer par là les profils, sans courir les risques de la victoire. Ils échangeaient des ambassades chargées de propositions de paix dérisoires, et qui n'avaient d'autre but que de faire sonder les dispositions des soldats et de les solliciter à la défection. Ce fut Constance qui commença. Son député, Philippe, se rendit au camp de Hagnence, en apparence pour lui offrir la cession des Gaules, en réalité pour haranguer les troupes, leur rappeler la gloire de Constantin, l'éclat de ses exploits et les droits de sa race. Ces souvenirs commençaient à produire leur effet accoutumé, lorsque Magnence, qui avait plus de ressources d*esprit que Yétranion, répliqua en opposant aux vertus du père les désordres et les fautes des fils, en insistant même, d'une façon que Zosime, juge peu suspect en cette matière, trouve ab-
1. Zos.. II, 45, 46, 48. — Jul., Or., i, p. 61-65. — Zon., xiii, 8, — Eutr., X, 1*.
2i8 LA JEUNESSE DE JULIEN.
surde et impertinente, sur les abus qui avaient désho- ^ non5 la fin du grand règne. Appuyant sa réponse d'un bon souper offert aux officiers, et d'une large distribution d'argent faite aux soldats, il raffermit l'ardeur de ses troupes à tel point qu'il crut pouvoir en profiler pour donner l'assaut à la place de Siscia. Mais ses armes eurent moins de succès que son éloquence, et l'assaut fut repoussé * .
Ce fut alors le tour de Magnence d'essayer jusqu'où on pourrait entraîner Thumeur mobile des troupes impériales. Peu do jours après cette scène, un sénateur romain, du nom de Titien, venait au camp de Constance tenter de débaucher ses troupes sous ses yeux. Rien n'égalait l'arrogance de son langage. Il se répandait en inveclives contre Constantin et sa race, et offrait à Constance la vie en échange d'une prompte démission de la dignité impériale. Ce ton hautain ne réussit pas : un le congédia, lui et sun ambassade, sans l'écouler, et une si prompte exécution mit un terme au scandale de cette espèce de vente à l'encan essayée sur les deux moitiés de l'empire. Un seul corps de cavalerie, commandée par un officier du nom de Sylvain, passa du camp de Magnence à celui de 1 empereur légitime-.
Les armes demeuraient donc le seul, le douloureux, mais après tout, l'honorable moyen de terminer le diffé-