‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 178 sur 324 · Amm. Marc, xxi · texte numérisé non relu

Amm. Marc, xxi

elle-même la destinée de son rival. Plus il avançait, en effets plus sa confiance en ses Dieux secrets, justifiée par la fortune, s'accroissait et se manifestait hautement. Enfin , quand il se sentit matlre de tout TOocident, quand de toutes parts des députations de Macédoine, de Grèce , dltalie , vinrent lui offrir les hommages des provinces soumises, ou les vœux de celles qui Tattendaient comme un libérateur, il prit son parti et jeta le masque. Dans les régions qu'il parcourait^ beaucoup de temples avaient été fermés et dévastés : il permit de les rouvrir et encouragea même à les orner de nouvelles offrandes. Ce n'était encore que de la tolérance. Ce fut bientôt de l'apostasie. Il parut dans les temples rouverts et sacrifia une hécatombe * . On prétend que dans la nuit qui précéda celte manifestation solennelle , pour rompre à jamais avec le Dieu qu'il quittait, il voulut effacer de son front le sceau du baptême ; et qu'il se soumit à l'étrange cérémonie d'initiation connue sous le nom de Taurobole que le culte d( Mithra avait popularisée dans l'empire. L'initié couchée tout de son long dans une fosse recouverte d'un tamis,» recevait sur ses membres mis à nu le sang d'une victime immolée. « Julien , dit saint Grégoire, vouluf laver dans ce bain horrible ses mains qu'il croyait

1. Liban., Or., 10, p. 288. — Soc, m, 1. — Le silence d'Ammien Marcellin sur ce fait important est plus que singulier. Il faut poiu^ tant bien le placer ici, puisqu'à Vienne, au commencement de S6t, Julien avait fait encore ses dévotions chrétiennes et que sa lettre i Maxime, datée d'IUyrie, parle de ses sucriflces publics aux dieoz.

JULIEN EN GAILE. 101

souillées pour avoir touché le sacrifice non sanglant par lequel nous participons à la -passion du Christ. » Le même saint Grégoire affirme encore qu'en ouvrant les entrailles de la première victime qui fut sacrifiée, on y trouva très-clairement figurée Timage d'une croix environnée d'une espèce de cercle et de couronne. Et comme tous les assistants regardaient avec effroi le symbole du Christ ainsi surmonté de celui de l'empire : « vous n'y entendez rien,'dit le maître de l'impiété (c'està-dire sans doute Julien lui-même) : ce cercle signifie que les chrétiens sont pris de toutes parts et ne peuvent plus nous échapper. » Voilà, dit le saint docteur, le prodige qu'on m'a raconté; s'il est faux, que le vent l'emporte*. Chose étrange, cette défection si longtemps méditée, ajournée, redoutée, ne parait avoir causé autour de Julien ni indignation, ni surprise : ses historiens mêmes en ont à peine gardé la trace. Toute sa personne respirait le paganisme depuis tant d'années ! Puis on était si fatigué de querelles religieuses ; les esprits, au milieu de tant de luttes, étaient devenus si incertains et si dégoûtés; les courtisans, les fonctionnaires, étaient si accoutumés à suivre en fait de dogme tous les caprices da maître, et à ne considérer la religion que comme un Dioyen d'intrigue et d'ambition : tant de chrétiens de Commande, que Constantin et Constance avaient faits à leur fantaisie, étaient si prêts à vendre leur apostasie au même prix que leur conversion! Parmi les chrétiens

Page 1