‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 187 sur 324 · Jnl., ad TItem,, passim · texte numérisé non relu

Jnl., ad TItem,, passim

la capitale, le 11 décembre, eut lieu au milieu de Tenthousiasme universel. Sa jeunesse, sa gloire, ses périls, la miraculeuse rapidité de sa marche, les signes inattendus qu*il paraissait avoir reçus de la protection divine, étaient l'objet de toutes les conversations, et la foule suivait la fortune avec son empressement accoutumé ^ Constantinople saluait avec orgueil un souverain né dans ses murailles, et qui mettait beaucoup de prix à se dire son enfant.

Les premiers actes de Julien, empreints d'une politique conciliante, furent habilement calculés pour maintenir cette disposition fiavorable. La nouvelle année qui allait s'ouvrir rendait nécessaire la désignatioD de nouveaux consuls. Julien partagea cette dignité entre l'orateur Mamertin , et un général distingué, mais d'origine barbare, nommé Névitta. La seconde de CCS nominations, il est vrai, déplut aui vieux Homains qui trouvaient étrange qu'après avoir blâmé souvent Constai]liii de ses faiblesses pour les Barbares, le jeune Auguste commençât par les imiter : mais elle plaisait fort à l'armée, où les Barbares étaient nombreux et Névitta très-eslimé. L'autre choix, au contraire, combla de joie le sénat et les fonctionnaires civils. On vit avec plus de plaisir encore, le matin de l'intronisation des consuls, Julien se lever de meilleure heure que de coutume, pour courir au-devant des nouveaux

1. Amm. Marc, xiir, 1. — Soc, m, 1. — Zos., m, 40. — Ennap., Excerpt. leg.

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nagislrals, leur donner avec respect le baiser de paix, il les conduire lui-même, lui à pied et eux sur leurs ;hars, jusqu'au sénat, où ils devaient être installés. Dans es jours qui suivirent, pendant les jeux du cirque que lonna le consul Mamertin, Julien mit la même affectaion à effacer la dignité impériale derrière les vieux nsignes républicains. Parfois il ne savait pas bien l'éti- [uette, déjà un peu surannée, de la cérémonie, mais il e laissait instruire de bonne grâce. Ainsi Tusage vouait qu'on amenât en public plusieurs esclaves, auxquels î nouveau consul, pour sa bienvenue, donnait la liberté. iilien, par mégarde, prononça en son propre nom leur nancipation : on l'avertit de sa méprise, et sur-leliamp il la répara en se condamnant lui-même à une roende de dix livres d'or. Les sénateurs furent charmés e tant de modestie, et plus ravis encore de voir le nouai eaipereur assidu à leurs séances, y prenant fréquemoenl la parole; il s'exprimait habituellement dans la angue grecque, qui apparaît, en effet , à cette date, jiour la première fois, dans les recueils des décisions impériales. Le sénat de Conslantinople n'avait jamais obtenu de Constance pareille faveur : à peine lui avait-on accordé quelques rares audiences dans le palais impé- '/al ; toujours secrètement jaloux de celui de Rome, nquiet et humilié de son infériorité, il n'était point in- ^nsible à ces flatteries délicates d'un nouveau maître*.

1. Amm. Marc, xxu, 7; xxi, 10. — Pan yet., Mamert, in Jui. — îlnii.. Or, 10, p. «98, 299. — God. Théod., yi, U i6» 1. !• et Toir le

à l'empereur. A travers les formes convenues louange et de la bassesse qui traînaient depuis tant di clés d'école en école et dont l'hommage était offer tous les rhéteurs à tous les tyrans, on y saisit quel éclairs d'une admiration véritable et d'an enthousù sincère. Cette prosopopée, par exemple, o'est poE pourvue d'éloquence : l'orateur Tait revivre les d prétendants à l'empire , massacres pendant le règr Constance, et leur propose de prendre le pouvoir à 1' sous la condition d'en remplir les devoirs comme Jul « Venez, leur dit-il, Népotien et Sylvain : vous cherché l'empire à travers les glaives levés et soi coup d'une mort menaçante. Maintenant la facult régner vous est donnée, mais à la condition de ré comme Julien. Vous aurez donc à veiller nuit ©t pour le repos de tous ; on vous appellera seigneurs, vous serez les esclaves de la lit)erté des citoyens; marcherez plus souvent au combat que vous oe vot siérez aux festins; vous n'enlèverez rien à perso vous ferez largesse à tous; vous n'aurez enverspers ni complaisance ni cruauté ; sur toute la surface terre pas une vierge n'aura à vous reprocher sa pu

violée; votre couche, exemple môme des plaisirs légitimes, sera plus pure que celle d'une veslale; vous braverez, à ciel découvert. Tété la poussière de la Germanie, l'hiver les brumes de la Thrace. Assurément, ajoute l'orateur, leurs oreilles délicates ne supporteraient pas la rudesse de telles paroles. Effrayés de si grands devoirs, ils prendraient en dégoût, non-seulement l'empire, mais la vie, et se hâteraient de retourner aux rives iarérieures des enfers. Car ils auraient vu sous sa face inquiète, chargée de labeurs et de soucis, ce principal qui ne leur était apparu qu'avec ses agréments et ses charmes ^ » Un peu plus loin, les regrets encore enveloppés, les espérances encore timides d'un païen longtemps contraint, se font jour dans des expressions indécises : (( C*esl vous, ô grand empereur, dit-il, qui rendez aux vertus exilées leur droit de cité dans la république - : c'est vous qui rallumez la flamme éteinte des études et des lettres ; et la philosophie naguère encore suspecte, dépouillée de ses honneurs, accusée même et jugée coinme une coupable, non-seulement vous l'avez délivrée de toute condamnation, mais, vêtue de pourpre, ^t le front ceint d'or et de perles, vous la faites asseoir sur le trône royal. Maintenant il nous est permis de lever les yeux vers le ciel, de regarder les astres d'un œil tranquille, à nous qui naguère tout tremblants tenions notre visage baissé vers la terre comme les animaux.

i. Pan. vet., Mamert, in Jul,, p. 698-700. S. Postliminio reduxisti.

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Qui est-ce qui osait regarder le lever du soleil et son coucher? Les laboureurs eux-mêmes, qui doivent régler leurs travaux d'après les mouvements des constellations, n'osaient interroger les saisons. Les nautoniers, dont les astres dirigent la course, n'osaient prononcer leurs noms. On vivait sur terre et sur mer, non plus en étudiant les ordres du ciel, mais au hasard et à Tavenlure ^ » Et puis celle efîusion se perd dans la joie naïveet même un peu niaise d'une grandeur inespérée. « Tu m'as dit, empereur : Salut, ô très-honorable consul {av$^ consul amplissime). Oh! oui, mon bonheur est assuré et durera toujours {aveo plane et avebo). L'événemen/ ne saurait être douteux, quand celui qui me souhaite le salut est celui qui me l'a procuré. Consul très-honorable: oui, je suis consul, et consul très-honorable. Qui a été plus que moi honorable consul? Le consulat, tu mêle (îonnes ; l'honneur, tu me l'accordes... En vérité, Lucius Brutus, Publius Valérius, les premiers qui après l'expulsion des rois ont exercé sur leurs concitoyens un pouvoir annuel, n^oiU point eu un consulat préférable au mien. Leur magistralure fut ulile au salut général, à la république romaine, et inaugura les plus grands biens: mais la mienne a quelque chose de particulier. Eux ont été faits consuls par le peuple, et nous par Julien. Avec eux la liberté naquit; avec nous elle renaît. » La conclusion, assurément, est inattendue et piquante.

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