S. Ghrys., ibid
raît une atmosphère tout imprégnée de Todeur félide de rivrognerie et de la débauche. En sortant de ces tristes scènes, il lui fallait soutenir un siège d*une autre espèce. C'étaient des demandes de toute nature que ses amis les sophistes lui apportaient à toute heure. Rien ne les contentait : ils étaient inépuisables et innombrables. Bon comptable, économe par nature, administrateur prudent» Julien ne voulait pas leur permettre de mettre à sec les caisses de l'État. Il les refusait souvent et les éconduisait avec de bonnes paroles. C'étaient alors des plaintes, bientôt des propos aigres et des reproches directs : on l'accusait de beaucoup promettre et de ne lien tenir ^ Les meilleurs mêmes et les moins à plaindre prenaient part à ces récriminations. C'était le roi des rhéteurs Libanius, par exemple , qui d'Antioche, où il était maintenant établi, lui écrivait sur un ton aigredoux : a Je ne crois pas que vous m'ayez retranché du nombre de vos amis, bien que je sois le seul qui n*ait rien reçu de vous. Je comprends la raison de celte exception. Vous voulez que toutes les villes de votre empire soient riches en toutes choses, et principalement en éloquence, sachant que c'est la seul distinction qui nous préserve d'être semblables aux Barbares. Vous craignez donc que si je devenais riche je n'abandonnasse mon art, et vous avez cru qu'il fallait me conserver pauvre pour que je restasse attaché à ma
1. s. Grég. Naz., Or. v, 20. — Saint Grégoire redit évidemment ici ce qu'il avait entendu dire aux sophistes éconduits par Julien.
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profession. C'est ainsi que je veux interprélor votre conduite... C'est dans une vue d'intérêt publie que vous ne me donnez rien. Vous voulez que, manquant de richesses, nous abondions de paroles*, p
Pour résister à cette pression et faire honte à eeui qui déshonoraient ainsi la sagesse, Julien redoubla en vain de sévérité, de simplicité, de négligence même dans son eitérieur. Celait peu d'être philosophe : la vue d'un faste et d'une avidité qui le choquaient le portait, par réaction, à imiter les excès de cette secte étrange que Tantiquité avait baptisée du nom de cynique. Socrate ne le contentait plus : c'était Diogène qui devenait son modèle. Une chevelure mal peignée , que ne surmontait plus jamais le diadème, une barbe sale, un manteau à peine attaché et en guenilles, ce fut sous cet aspect étrange que s'offrit aux yeux de ses sujets le successeur des Césars. Il ne s'apercevait pas que, parce désordre d'unvoFn nouveau genre, il ne faisait qu'ajouter au spectacl^^^ le déjà si bizarre de sa cour un contraste et par conséqueii m' «l un ridicule de plus. Ce redoublement de rigueur n^ ^e réussit pas. Tant qu'il ne s'agit que de prendre romm ^me lui la besace et le manteau et d'afficher rimpudencr Mce classique du cynique, tout alla bien, les imitateurs v ^Mme manquèrent pas, et la cour se remplit à l'instant ■^■ite sectateurs d'Antislhène. Mais quand à la négligence e^r-
1. Liban., Ep. 372, p. 18. Le conimencemont de celle lettre fe-^-a/V croire qu'eUe a éié écrite pendant le séjour de Julien en Gaule. }^W*tis il n'était alors évidemment pas assez riche pour faire des largesses à ses amis.
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Lérieiire il fallut joindre les morlifications du corps, les privations, la vie en plein air, les bains froids, les repas de viandes sans apprêt ou de poisson cru, les nouveaux ^syniques ne purent se résoudre à pousser la comédie jusque là. Ils Grent hautement le procès à l'empereur, bien plus, à Diogèiie lui-même, et déclarèrent sans ménagement que toutes ces austérités n'étaient que des actes d'arrogance et de vanité condamnés par la vraie sagesse. Les officiers, les chambellans, qui s'accommodaient très-bien du retour des fêtes sensuelles du paganisme» mais que choquait dans leurs habitudes l'aliMnce du décorum impérial , et qui n'aimaient pas à voir un empereur en négligé, firent écho à ces plaintes. Le peuple, qui veut toujours que le luxe entoure la puissance, commença de railler tout haut. 'ulien, observateur sagace autant que dévot ridicule, aentît promptement qu'on se jouait de sa foi, et il en éprouva un violent dépit. Suivant sa coutume, il épancha sa bile dans deux longs traités oratoires contre les chiens ignorants^ écrits, nous dit- il, au cou- K«nt de la plume, dans une nuit, et où il s'efforce de ^défendre la philosophie contre ceux qui l'attaquent «usai bien que contre ceux qui la déshonorent. « Les 'fleuves, s'écrie-t-il, remontent vers leur source. Voici des cyniques qui accusent Diogène ; des gens forts , jeunes et bien portants, qui ne veulent pas se laver dans l'eau froide en plein été , de peur d'attraper du mal » qui se moquent de voir manger des polypes cl
des poissons crus... et qui croient avoir fait des progrès dans la science parce qu'ils sont arrivés à s'apercevoir que la mort est un mal : connaissance que Socrate, avant Diogène, s'était glorifié de ne pas avoir*, i» Ce sont toutes ces coutumes bizarres de la vie de Diogène, et d'autres moins décentes, dont le cynique couronné entreprend la justification avec un singulier accent de verve ironique et déclamatoire, a Le but de la philosophie cynique» dit-il, comme de toute autre, n'^st-ce pas le bonheur? Et le bonheur consiste à vivre suivant la nature et non suivant l'opinion. Les plantes» les animaux vivants de toute espèce, se développent bien, lorsqu'ils suivent sans entraves la fin que la nature leur a assignée. Le bonheur des Dieux mêmes consiste à se conformer à leur nature. C'est donc dans cette conformité avec la nature, et non point ailleurs, qu'est caché le bonheur de l'âme et qu'il le faut chercher. Ni l'aigle, ni le platane, ni aucun autre animal ou végétal, ne s'efTorcent d'avoir soit des plumes, soit d
feuillages d'or : ils ne cherchent point pour se reproduire des germes d'argent, ni, pour courir, des aiguillons de diamant ; mais, contents des organes que la n ture leur a donnés, quand ils les conservent sains < ^/ suffisants pour leurs besoins et leur défense, ils s'estimeia:!?/ dans le plus heureux état. Combien n'est-il donc ridicule de voir l'homme chercher son bonheur dans I choses qui lui sont étrangères, la richesse, la naissance,