s. Grég. Naz., Ep. vi
partie la plus zélée de son Église, qui se sépara vivement de sa communion. Grégoire trouva donc le désordre au comble dans la petite ville de Nazianze^ et la vieillesse de son père éperdue et désolée. Basile, de son côté, était contraint de sortir de la retraite pour donner à la milice qu'il commandait le signal de la résistance contre la défection de Dianée. L'un et l'autre cependant B6 s'engagèrent dans la lutte contre l'hérésie qu'avec une extrême réserve : Grégoire, contenu par sa tendresse filiale et aimant mieux se compromettre lui-même que de livrer son père au mépris des fidèles; Basile, profondément dégoûté de ces querelles, «Tâme navrée de voir qu'il n'y avait plus de roi en Israël, et que l'Église ne sût point obéir à un chef, tandis que l'essaim des abeilles savait bien reconnaître et suivre sa reine, » on aorail dit qu'un pressentiment lui faisait entendre les approches d'un péril nouveau qui'grondait sous le sol déchiré du sanctuaire \
1. s. Bas., Prœniium dejudicio Dei, 1. 1, p. 298, 299.— S. Grég. N;iz., Or, xnii, 18. — Vie de S. Grégoire^ par un prêtre du même nom dans les (Buvres du saint, 1. 1, p. 135. Il est à reiuaiquer que saint Grégoire, dans l'oraison funèbre de son p^re, parle de lui nu-mc comme s'il jivait partagé la faute paternelle, bien que tous les témoignages contemporains attestent, au contraire, qu'il est resté fldMe à la vraie foi. En ce qui touche S. Basile, il est certain que sa conduite dans le premier combat qu'il fnt ai»pelé à soutenir contre les Ariens, ne fut point aussi nette et aussi éclatante qu'elle le fut plus tard , quand il eot, |iar exemple, comme évoque, à résister à Valens. Pour expliquer cette faiblesse apparente, il faut se rappeler les efforts faits alors par 8. Hilaire, el approuvés par S. Athanase, pour raUier à la foi de Nicée tons ks semi-Ariens dont Basile d'Ancyre était le chef prin-
204 JULIEN Air.LSTE.
(Juaiid ce péril se manifesta enfin au grand jour, les deux amis, pleins des souvenirs de leur jeunesse, furent les premiers à le reconnaître. Ils avaient lu dans rame de Julien, et savaient quelle flamme de haine couvait sous sa modération apparente. Invités à se fendre à sa cour avec tous les écrivains de quelque mérite, ils n'y voulurent point paraître. Nous avons la lettre d'invitalion que reçut Basile; s*il y eut une réponse, nous ne l'avons pas conservée. Mais ils avaient un représentant au palais, dans la personne du frère de Grégoire, le médecin Césaire. C'était un beau jeune homme, de grande taille, d'une élocution brillante, qui avait étudié à Alexandrie et qui était arrivé, par (le consciencieux travaux, à la perfection de son art. On l'appréciait fort à Constantinople ; il y avait fait des cures presque miraculeuses, et sa bonne grâce, la discrétion, l'agrément de son commerce, faisaient de lui le confident de toutes les grandes familles, tandis que son désintéressement le mettait en très-bonne odeur parmi les pauvres. Sa porte était ouverte à toute heure, et il ne refusait jamais à personne ni un conseil, ni un secours. La ville l'avait pris en telle passion , que ce fut le sénat
cipal. Or il est certain que S. Basile de Césarée accompagna un instant son homonyme à Constantinople. Ce fait suffit pour expliquer et Tati'ème modération avec laquelle S. Basile s*exprime dans sa lettre sur la défection de Diauée, et la timidité qu'Kuuomo et Philostorge crurent plus tard pouvoir relever dans cette piv.miiTe phase de sa vie. Cf. S. Bas., Ep. li. — S. Greg. Nyss., In Eunom,^ lib. i, éd. Paris, 1636, p. 301, 302. — Philost., iv. 23.
ui-méme qui supplia Tempereur Constance de l'attacher I sa personne, en qualité de médecin. Constance y con- >entit volontiers, et lui offrit même, en outre, la dignité Je sénateur pour faciliter son mariage avec une fille noble dont la main lui était offerte. Mais la modestie [le Césaire se refusa aux honneurs et à Talliance ; et peut-être les conseils venus de Cappadoce ne furent -ils pas tout ù fait étrangers à cet acte d*humililé ^
C'était, en effet, pour la conscience timorée deGrégoire, un grand sujet d'inquiétude que de senlir son frère exposé sur le théâtre brillant de toutes les cupidités et de toutes les ambitions humaines, a II vaudrait bien mieux, lui écrivait-il incessamment, être le dernier dans la maison de Dieu, que le premier comme vous êtes dans la maison de l'empereur. » Puis il se rassurait, pensant |u*après tout la retraite n'était pas faite pour tous les ommes, et qu'on pouvait se comporter « sur la scène I monde comme un acteur qui joue son rôle, en gardant a âme unie avec Dieu ^ » Mais lorsqu'à l'empereur *étique et fastueux , dont le contact n'clail déjà pas s danger, eut succédé un séducteur couronné, dont ^ertu même était un piège , l'angoisse fraternelle de 'oire fut au comble. Il avait compté que Tindigna-
iL, Ep. XII, p. 381 (éd. Spanh.). Cette lettre est la seule pièce
iqoe de tonle la correspondance supposée entre Julien et S. Ba-
'on peut trouver parmi les lettres du saint (xl et suivantes)
)iis les éditeurs sont unanimes à repijusser. S. Grég., Or. vu,
Irég. Naz., Or, vu, 9.
206 JIMEK AUOUSTK.
lion causée à tout chrétien par l*apofttasie suffirait pour briser d'odieux liens, mais l'impression de Gésaire était moins vive. L'abord de Julien était si gracieux, ses professions d'équité et de douceur, au début de son règne, paraissaient si sincères, qu'il n'avait vraiment pas vu de motif pour se retirer. Grégoire, tout scandalisé, lui écrivait lettres sur lettres, lui représentant que c'était une douleur universelle de voir le fils d'un évêque engagé au service d'un apostat, que c'était le sujet des conversations de toute la ville de Nasianze, et une occasion de triomphe pour tous leurs ennemis, qui n'avaient pas besoin de ce nouveau motif pour accuser très-haut leur vieux père de faiblesse, a Quant à notre mère, disait-il , nous lui cochons ta résolution par toutes sortes d'artifices, car, si elle venait à l'apprendre, tu sais comment sont les femmes, elles ne savent point garder la mesure dans leur douleur... Mais voici ce que je t'aih nunco, ajoiilait-il : si lu restes là où tu es, de deux choses l'une : ou tu demeiirorab chrétien sincère, et tu seras rangé alors dans une classe qu'on méprise, et tu mèneras une vie indigne de toi et de tes espérances^ ou bien tu rechercheras les honneurs ù tout prix, e^ tu oijblieras alors la seule chose importante, et, si tuft échappes à la flamme, tu sentiras au moins la fumée *. » L'événement donna raison à la perspicacité de Grégoire. Julien ne gardait auprès de lui les officiers chré-