‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 228 sur 324 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Six mois avaient suffi à Julien pour changer, d'une extrémité de l'empire à l'autre, toute la face des affaires religieuses et toute la disposition des esprits. De quelque activité qu'il fût doué, il avait, dans ce court espace de temps, célébré trop de cérémonies, relevé trop de temples, écrit trop de lettres, soutenu trop de controverses, pour avoir pu donner aux intérêts généraux de son État une attention bien soutenue. Aussi, à l'exception de quelques mesures déjà citées et qui, sous une forme générale, avaient un but particulier très-défini, troiive-t-on dans les codes peu de traces de son action législative, pendant ces premiers mois de régne où il séjourna constamment à Constantinople. Quelques témoi-

gnages de bienveillance donnés à la ville impériale^ qu'il appelait sa mère parce qu'elle était sa patrie ; des immunités accordées ou étendues en faveur de son sénat* ; la construction d'un nouveau port destiné à mettre les bâtiments à couvert du vent du midi, et

1. CofL Theod,, xi, t. 12, 1. 2; xii, t. 23, I. 1; xiii, 1. 1, l. 4.

d'une vaste bibliothèque à laquelle il fil don de ses meilleurs livres * : tels sont à peu près les seuls actes pour lesquels Julien eût consenti à faire trêve à ses préoccupations favorites.

Mais si la politique enlevait peu d*instants à Tardeur du néophyte, la guerre pouvait conserver encore des attraits pour le cœur du jeune conquérant. Constance, interrompu par la sédition, puis par la mort, n'avait pu achever cette interminable guerre de Perse qui avait été le fléau de tout son règne. Julien, un peu responsable des derniers échecs des armes romaines, se sentait obligé de les réparer. Il n'osa pas courir tout de suite sur le champ de bataille, tant à cause de la mauvaise saison, que parce qu'il lui fallait le temps de s'assurer que toutes les troupes de l'empire avaient accepté le nouveau règne. Une résistance prolongée de quelques légions, derrière les murailles d'Aquilée, lui donna lout l'hiver un grand souci et le condamn longtemps à la prudence. Dès que la soumission des-^ rebelles fut obtenue , et que le printemps ramena le?, beaux jours , il songea à se mettre en campagne. 0"^ ques courtisans lui conseillaient de commencer par u expédition contre les Goths, qui avaient manqué a conditions de leurs traités : mais il répondit, avec niK^é pris, que de tels adversaires n'étaient pas dignes de l^K//^ et, se bornant à fortifier les bords du Danube , il dirig^^ ses meilleures troupes du côté de Mésopotamie.

i. Zos., 111^ 11.

JVLIKX PERSKCUTEIK. '2ii}

Ses préparalife furent faits avec le plus grand soin. La licence des armées de Constance, leurs exactions exercées indistinctement sur les bourgeois des villes et les cultivateurs y n'avaient pas peu contribué à l'impopularité de son gouvernement. Julien régla lui-même, par de sages dispositions, le rayon dans lequel les armées en campagne auraient le droit d'exiger des prestations pour leur entretien, et le temps de l'année où dételles exigences pourraient être produites Ml réduisit au plus strict nécessaire les impôts extraordinaires destinés à faire face aux dépenses de la guerre, et le fardeau, ce semble, n'en tomba que sur une partie de ses sujets. On dit qu'en plus d'un endroit les sommes furent perçues par le moyen d'une amende imposée à ceux qui ne voulaient pas sacriGer aux Dieux. Les historiens chrétiens, en rappelant cette vexation, l'attribuent, sans hésiter, à une loi de l'empereur dont on ne trouve aucune trace, et dont le sincère Âmmien ne donne pas le plus léger indice^. Mais les gouverneurs des provinces étaient à la fois très-flatteurs et très-puis-

i. Cod. Theod., vii, t. 4, 1. 1, 8. — Zos., ioc. cit.

2. Zos.; iiif 13. — En général, les historiens chrétiens, en rendant compte des persécutions de Julien^ n'ont point fait assez la différence de ce qu'il ordonna lui-même ou de ce qui se fit en son nom , sans instructions positives, par des fonctionnaires sûrs de plaire et de n'être ni punis, ni même désavoués. Après les garanties d'impartialité données par Ammien Marcellin, et la franchise qu'il met à convenir des fautes de son héros, il est juste ne pas prêter à Julien dos actes considérables «loût cet excellent témoin ne paile pas. Ammîen voyait les clioses du cabinet de Tempereur; les chrétiens subissaient à distance le contrecoup de ses passions et de ses volontés. De là la différence des récits. jv. Vô

sants. Les curies des villes étaient chargées de la perception des impôts sous leur responsabilité personnelle : dans chaque municipalité, une lutte s'engageait entre les fonctionnaires municipaux et les administrés , pour rejeter des uns sur les autres le poids des exigences du fisc. Il n'y a point ù s'étonner que, dans cette occasion, toute la charge ait porté sur ceux dont les réclamations avaient le moins de chance d'être écoutées à la cour. Julien quitta Constantinople dans les premiers jours de juin 362 S pour se rendre à Antioche. Sa marche fut lente. Dans toutes les petites villes où il y avait un temple de quelque importance, échappé à la destruction sous Constance, ou récemment rouvert, on l'arrêtait pour lui demander de sacrifier. Puis chaque cité, pour •lui complaire , avait mis à sa tête , comme chef de la curie, un sophiste, un lettré, un ami du beau langage. Lui-même avait élevé au rang de gouverneur plus d'un de ses confrères en éloquence. Tous ces disciples voulaient se faire entendre et admirer du grand maître. Celui-ci n'était pas fâché de leur répondre. C'étaient donc d'étape en étape autant de scènes étudiées, autant de harangues académiques, qui faisaient encore, même en souvenir, plusieurs années après, battre d'émotion le cœur de Libanins^. Les séances, pourtant, étaient u

1. Zosimc dit que Julien resta riix mois à ConstiQtiiiople,ce qui pU rait son départ en octobre. Mais Aniinien, témoin bien mieux inronuéâ raconte (xxii, 9) qu'il arriva à Antioche au moment des féîes d' Adonis c'est-ù-dire à la lin de juin. Ce n'est pas trop do mettre un mois ifc.'ir le vovaî-'C.

Page 1