‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 3 sur 324 · Voir première |»artie de cette histoire, t. ii, p · texte numérisé non relu

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S. Ennap., Vita soph,, .fidcriiis. — S. Grég. Naz., Or, ir, 21. —

loi., 11,11.

S. Zo8., ibid.

venus probablemenl à Constantinople pour les funérailles de leur oncle ; enfin cinq autres membres de la famille impériale qui ne sont pas nommés, périrent assassinés en peu de Jours. Ces scènes nous sont racontées crûment et sans détail, avec ce laconisme énigmatique qui est la flatterie des historiens de cet âge. Il ne resta de toute cetle branche collatérale de la maison de Constantin, que deux enfanls en bas âge, dont l'un était tenu en réserve par la justice divine pour venger ces forfaits. Le soulèvement s'étendit assez loin autour dé Constantinople, car Âblave périt aussi de la môme manière dans sa maison de plaisance de Bilhynie , où il s'était retiré. Quand on vint le chercher pour le faire mourir, le vieux ministre crut, avec la présomption naturelle aux ambitieux en disgrâce, qu'on le rappelait à la cour, peut-être même pour le couronner. Il courut donc de lui-même au-devant du messager, qui n'eut que la peine de le frapper. Telle est la vanité des volontés des mourants. Constantin avait tout fait pour mettre la dignité impériale à l'abri des caprices militaires , et on l'accusait même d'avoir compromis, dans cette vue, la défense de l'État. A peine avait-il fermé les yeux qu'un de ses fils suscitait une émeute de soldats, pour se débarrasser de rivaux importuns *.

1. Zos., loccit. — Eusèbe, Vit. Const., iv, 68T— Jul., adAthen., p. 497, 498. — Euiiap., loc. cit. — Aurel. Vict., de Cœs., 4i. — Eulr., I, 9. — Soc, u, 45; m, 1. —S. Athan., ad Sol., p. 85C. — S. Jér., Chron. — En faisant suivre immédiatement la mort de Constantin du massacre de ses neveux, nous nous conformons à la chronologie

Pendant que ces scènes sanglantes se passaient à Constantinople, sous les yeux et avec le tacite assentiment du fils de Constantin, la nouvelle de la mort de l'empereur arrivait à Rome, où elle était reçue avec toutes les marques de la douleur officielle. Les spectacles, les divertissements, étaient suspendus: les bains, les lieux de réunion publics étaient fermés. On espérait que le corps de Tempereur serait rapporté dans la vieille capitale de Tempire ; Rome eût aimé à posséder après sa mort celui qui Tavait dédaignée et quelle avait haï pendant sa vie. Quand on sut que cette espérance devait être trompée, le dépit des Romains fut assez vif. Les cérémonies ordinaires ne furent pourtant pas interrompues, et rien ne fut changé à leur étiquette. Constantin eut son apothéose comme ses prédécesseurs. Le sénat ne recula pas devant le ridicule de donner aux dieux pour collègue dans le ciel le souverain qui sur la terre avait détruit leurs autels. Il exprima en même temps le vœu que les fils de l'empereur fussent seuls appelés au rang d'Augustes. On ne sait si quelque nou-

adoptée par Pagi , préféraMement à celle île Tilleinont. Eusèbe dit, en effet, que ce fat aussitôt après la mort de Constantin, que les soldats demandèrent que 1<'S fils de Tempercur seuls fussent Augustes; et tous les auteurs s'accordent à charger Constance seul du meurtre de ses parents, ce qui n'aurait pas eu lieu s'il avait auparavant, comme le suppose Tillemont, fait le partage de l'empire avec ses trois frères. — D'ailleurs, si Dalmace avait régné, même un jour, il eût régné h Constantinople, puisqu'il avait la Thrace en partage; et comment ce fait serait-il demeuré sans mention dans Th is toi re? — Voir cependant les difficultés de texte que Tillemont oppose. Constance, note 1.

velle des massacres de Constantinople était déjà parvenue aux sénateurs, ou s'ils devinaient seulement» avec Tinstinct de la servilité» le cours prochain qu'allait suivre la fortune. Quoi qu il en soit, ce vœu était exaucé par avance*.

Mais il fallait refaire le partage de l'empire^ puisque les dispositions testamentaires de Constantin avaient été si violemment bouleversées. Pour procéder à celte division nouvelle, les trois empereurs se donnèrent rendez- A. D. vous à Sirmium en Pannonic ^. Ni Constantin , ni Con-

stant, ne réclamèrent, comme on peut le présumer, contre des crimes doHf ils n'étaient pas complices, mais dont ils ne dédaignaient pas de profiler. La dépouille des morts ne fut point partagée sans quelques difficultés. Il y a lieu de croire, d'après plusieurs indices, ou que la conférence de Sirmium se prolongea fort longtemps, ou qu'il y eut deux réunions de souverains différentes et successives dans le même lieu. La question la plus difficile à trancher parait avoir été la possession de la Thrace qui entraînait celle de Constantinople. Quelques expressions de la Chronique alexandrine et de Zosime feraient croire que Constantin le jeune y prétendit

1. Eusèbe, Vit. Const., iv, 69. — Anrel. Victor., 4Î. — Eutr., x, 8: atqne inter divos merait referri. Voir des médailles où CoDStantin est représenté parmi les dieux. Byz. famîL, p. 2S. — U est difficile d'interpréter autrement que comme une des conséquences de Vapothéose les tableaux qu'Eusèbe nous dit avoir été faits à Rome après la mort de Constantin, et où cet empereur était représenté montant au ciel.

S. 888 ap. J.-G. — U. C. 1091 . — Indiction xt. ^ Ursiis et Polemias

ATHANASE A ROMB. 13

en sa qualité d'aine» et qu'il exerça môme cette floave" raineté pendant quelques mois. Mais c'était une province trop éloignée pour le monarque qui avait à régir les Gaules et à défendre la frontière du Rhin. Constanti- Dople appartenait naturellement au matire de TOrient : ce fut, après quelques hésitations» Constance qui finit par l'avoir en partage, et il reçut par là en même temps le prix de sa criminelle audace et de l'habile modération dont il fit preuve dans ses relations avec ses frères. Constant s'agrandit en Illyrie et céda l'Afrique à Constantin ^ Le monde se trouva ainsi partagé» au sein de la profonde indifférence des peuples, sans plus de formalités ni d'embarras que s'il se fût agi de la succession d'un bourgeois riche.

Au nombre des points que débattirent entre eux las royaux interlocuteurs» les affaires de TÉglise» le schisme triomphant en Orient» l'exil d'Athanase» durent tenir une grande place. Ils avaient trop longtemps vécu auprès de leur père» et sous ses yeux, pour ne pas attacher à

i. Jul., Or. i, p. 88. — Cod. Théod., Chron., p. 88. ^ Z06., ii» 19. ^Chron. pasch., p. 670. — Ces deux auteurs disent, l'un en propres termes, l'autre par une expression indirecte, mais assez claire» ([UB Constantin régna à Gonstantinople : et, d'un autre côté, la suite des faits fera voir que Constance y fut maître, môme avant la mort de son frère atné. La cession de l'Afrique à Constantin par Constant résulte de la comparaison de deux lois du cod. Théod. {Chron., p. 89 et 40), où Ton voit successivement ces deux empereurs régner en Afrique. Ce sont aussi deux lois du code Théodosien, citées aux mêmes pages de la Chronologie, toutes deux datées de Pannonie presque à un an d'interralle, qui font croire, ou que le séjour des princes en Pannonie se prolongea huit mois, ou qu'ils y revinrent deux fois.

tout ce qui touchait l'Église chrétienne une extrême importance. Sur le fond même des questions, ilsétaient tous à peu près dans une égale ignorance ; mais comme ils arrivaient (les points opposés de l'empire, et que chacun d'eux avait subi l'influence de ceux qui l'entouraient, leurs impressions étaient fort difi'érentes. Constance, qui n'était pas sorti d'Orient, et n'avait guèrequittélacourde son père, était tombé dès le premier jour sous l'empire presque exclusif d'Eusèbe de Kicomédie,etdeson parti. Les historiens ecclésiastiques, Rufin, Socrate, Théodoret, font aussi reparaître auprès de lui le même prêtre arien qu'ils ne nomment pas, et qui avait abusé des derniers moments de Timpératrice Constantia, et de Témotion pieuse de son frère'. Il paraîtrait que ce prêtre était employé dans le palais aux missions les plus confidentielles, et qu'il jouissait surtout de l'afTection des princesses et des dames de la cour. L'impératrice, femme de Constance, vivait entièrtiment sous sa direction. Il n'était pas moins bien placé dans l'esprit d'un ordre de courtisans, trop illustre dans les annales de l'empire, que Constantin paraît avoir éloigné de sa faveur ^, mais qui reprenait auprès de Constance un rôle depuis longtemps connu, de servilité et d'astuce. C'étaient les ennuques, ces victimes dévouées de l'immoralité des cours anciennes, toujours pressés de cacher leur humiliation

i. Voir première partie de cette histoire, t. ii, p. 129 et suiv. î. Lampridias dans son Histoire Auguste loue Constantin de s*ètre soustrait au joug des eunuques. Gibbon^ c. xix.

;(THANASE A ROME. 15

SOUS l'éclat du pouvoir, et de tromper par Tactivité de rintrîgue Toisiveté de leur vie. Le chambellan de Con-' slaDce, Eusèbe, était Tun de ces êlres malheureux, et il avait tous les vices de sa condition. 11 entra avec passioq dans la carrière de machinations ecclésiastiques où se plaisaient les prélats ariens. Il se fit ainsi tout naturellement, autour de Constance, un concert de récriminations contre les catholiques orthodoxes. On les accusait de tous les maux de TÉgiise; et comme le nouvel empereur ne pouvait porter à Tœuvre du concile de Nicée le même attachement que Constantin, qui se flattait d*y avoir concouru, on s'enhardissait jusqu'à accuser le symbole même de cette assemblée, et jusqu'à désigner de nouveau le fameux mot consubstantiel, comme Tinnovation téméraire qui jetait le trouble dans les consciences * .

Constantin le jeune et Constant rapportaient d'Occident, où la foi de Nicée régnait sans contestation, des sentiments tout opposés. Le premier surtout venait de voir à Trêves Tillustre martyr de cette foi, proscrit et triomphant , opposant à la condamnation impériale et à l'enthousiasme populaire la même impassibilité chrétienne. Il n'avait point échappé à ce pieux

1. Soc, II, 2. — Théod., II, 3. — Rufiu, i, 11. — S. Athan., ad Soi., p. 813 — Nous avons expliqué dans le volume précédent (p. 375) pourquoi nous écartons l'histoire d'un testament confié à ce prêtre arien par Constantin, puis livré par lui à Coustauce. Les dispositions testamentaires de Constantin étaient parfaitement connues, puisque le partage de Tempire était consommé de son vivant.

ascendant du génie et de la sainteté. Aussi, pressé par l'opinion de tous ceux qui l'environnaient, à peine avait-il été maître de ses actions qu'il en avait profité pour révoquer de sa propre autorité la sentence qui condamnait Alhanase. Par un reste de précaution et de modestie, il avait seulement eu soin de se mettre encore ici à couvert derrière le nom de son père, et de lui sup* poser des intentions qu'il savait probablement lui-même fort contraires à la réalité ' .

a Vous n'ignorez pas, avait-il écrit au peuple d'Alexandrie, qu'Athanase, l'interprète de notre adorable loi, a été envoyé dans les Gaules pour quelque temps, de crainte que l'inimitié de ses sanguinaires ennemis ne menaçât sa tête sacrée, et qu'il ne souffrit du crime de ces hommes vils quelque mal sans remède. Pour le dérober donc à la férocité de ces gueules ouvertes qui cherchaient à l'engloutir, on lui a ordonné de venir vivre sous ma loi ; et pendant qu'il a demeuré dans cette

1. Nous refusons encore ici d'admettre que Constantin eût véritablement rappelé saint Athanase avant de mourir. — Sozomène ( m, S), est le seul historien qui parle de ce rappel, et il se sert de ces mots : On dit : Ai-feroi. — On ne peut rien tirer non plus^ à l'appui de ce fait, de la lettre du jeune Ck)nstantin que nous allons citer, car eUe est évi* demment contraire en substance à la vérité. Constantin le jeune savait parfaitement que ce n'était point pour soustraire Athanase à la fureur de ses ennemis que son père l'avait banni. Les termes dont il se sert n'ont donc pour but que de ménager le respect filial, en révoquant la volonté paternelle. Saint Athanase, qui rapporte cette lettre, en aurait tiré un plus grand parti si elle avait contenu la preuve d'un changement dans les dispositions de Constantin. Il dit seulement que Constantin le jeune se souvenait de ce que son père avait écrit : expression très-vague, dont on ne peut rien conclure (S. Athan., Apol,, p. 805 ).

ville, on a pourvu avec abondance à tout ce qui lui était nécessaire, quoique sa vertu si renommée, soutenue par le secours divin, se soit montrée assez forte pour supporter sans fléchir le fardeau de la mauvaise fortune. Mais comme notre père et seigneur Constantin, voulait rendre ce grand évéque à votre piété et le rétablir dans son siège, et qu*il a été prévenu par la mort avant d'exécuter ce dessein, j*ai pensé qu'il me convenait d'accomplir moi-même la résolution de ce prince de divine mémoire. Et quand vous verrez Atbanase, vous apprendrez de lui le respect que je lui ai témoigné. Et il n'y a rien là qui doive vous surprendre, car la pensée de vos regrets et la vue d'un si grand homme ont poussé mon âme à cette conduite. Que la divine providence vous conserve*. »

La lettre était datée de Trêves du 15 des calendes de juillet (17 juin), moins d'un mois par conséquent après la mort de Constantin. Athanase, cependant, n'avait pas fait usage sur-le-champ de cette permission. Il attendait probablement que tons les arrangements étant réglés entre les co-partageants du pouvoir, il fût sûr de l'accueil que Constance lui réservait ^.

i. s. Atban., ioc. cit.

S. Cette date da 17 jain a fort embarrassé les érudits. Ils ne savent si on doit la rapporter à Vannée 337 ou à l'année 338. Si on met la lettre de Constantin en 337, on ne comprend pas pourquoi saint Athanase ne rentra à Alexandrie que l'année suivante, ce qui ressort pourtant d'an texte de Tbéodoret ( i, 1 ). Si on la met en 338, on tombe dans une autre difficulté. Saint Athanase dit en effet qu'il vit Constance à son retour, à Viminac, en Mœsie {Apol., p. 676 ). Or, il y a des lois an m. t

En effet, malgré ces dispositions très-opposées, les princes avaient trop d*affaires à régler et trop d'intérêt à se ménager réciproquement, pour ne pas essayer de se mettre d'accord, au moins extérieurement, sur les affaires de TÉglise. On convint, par conséquent, de rappeler purement et simplement les évéques exilés, sans procéder à aucune représaille contre leurs persécuteurs, sauf à laisser les diverses Églises se démêler comme elles pourraient dans ce balancement d'autorités rivales et ce conflit d'intérêts contraires. Le pouvoir civil, dans ses interventions maladroites, ne savait rien imaginer de mieux en faveur de l'Église, que de faire vivre, de force, la vérité avec l'erreur dans une confusion humiliante.

En même temps qu'Athanase, d'autres évêques exilés recouvrèrent donc leurs sièges. C'étaient Marcel d'Ancyre; Asclépas, de Gaza; enfin Paul, élu à Constantinople dans les derniers jours du règne de Constantin pour remplacer le vieil Alexandre, et qui avait partagé sa disgrâce*. Mais, comme compensation, Eusèbe de Nicomédie recevait en ce même moment, de Constance, la plus haute marque de faveur. On lui confiait l'éducation des deux Jeunes neveux de l'empereur, échap-

code, datées de celte ville de Viminac, et qui montrent que les empereurs y étaient réunis dès le 12 juin de cette année (cod. Théod., Chron.f p. 38). Nous noas sommes décidé pour Tannée 337, en donnant une expUcation, qui nous semble satisfaisante, du retard d'Athanase.

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