‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 301 sur 324 · IV · texte numérisé non relu

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d'un événement inconnu, les deuxpariis retenaienl leur souffle, et gardaient les yeux fixés el les oreilles tendues vers le rideau épais derrière lequel se jouait leur destinée. Des deux côlés, on courait aux temples, et des prières moulaient vers le cieL Les bruits les plus contradictoires se croisaient. Insensiblement pourtant, à mesure que Tincerlitude durait, les sombres pressentiments prenaient le dessus. Tous les présages devenaient tristes du côté des païens; toutes les prédictions triomphantes chez les chrétiens. Des tremblements de terre violents effrayaient en divers lieux les populations de leurs secousses redoublées. On racontait que le même jour, à la même heure, dans trois endroits très-distants Tun de Fautre, la fin du persécuteur de TÉgiise avait été annoncée par (rois visions différentes. Le fameux Basile, à Césarée, avait vu, disait-on, en songe les cieux ouverts et Jésus-Christ lui-même ordonnant au martyr de Cappadoce, saint Mercure, d'aller frapper Julien dans son camp. Didyme , le savant aveugle d'Alexandrie, après des journées et des nuits passées en jeûnes et en prières, avait aperçu en l'air des cavaliers montés sur des chevaux blancs, dont le chef s'élail écrié : « Qu'on aille dire à Didyme que Julien a été lue aujourd'hui vers celle même heure, et qu'il le lasse savoir à l'évêque Âlhanase. » Enfin un haint solitaire du nom de Julien Sabbas, (jui habilail les retraites de la Mésopotamie, sur le chemin que l'empereur devait parcourir dans son ichMir, rliiiil (Ml oraison pour la d3li\r.'iK'e de l'Kghsi',

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une Toix mystérieuse avait fait retentir à ses oreilles cette parole : « Le sanglier a cessé de vivre *• x>

Mais ces bruits, répétés, discutés, contestés, ne préparaient encore que faiblement les esprits au désastre dont l'annonce fondit tout d'un coup sur eux. L'empereur mort , un nouveau maître inconnu , l'armée décimée et l'empire démembré, tout fut appris en même temps par le premier messager venu du camp. Il dut traverser d'abord les contrées cédées par Jovien et cellesqui devenaient, par cette cession même, la frontière nouvelle, et par conséquent très-menacée, de Tempire. L'épouvante et la douleur y étaient générales. En passant à Carrhes, le courrier faillit être lapidé par la population ^. Mais à mesure qu'il avançait dans Tintérieur et s'approchait d'Ânlioche, un autre sentiment paraissait sur les visages. Chez tous ceux dont l'existence n'était pas directement mise en jeu , la nc^uvelle qui ne touchait que la politique pâlit devant celle qui intéressait la foi. Tel était l'affaiblissement du sentiment patriotique éteint par le pouvoir absolu, et telle au contraire l'ardeur du sentiment religieux allumé par TÉvangile. Toutes ces populations, ramassées de tous les bouts de l'univers.et accouplées au hasard sous un joug de fer, n'avaient, à vrai dire, plus de patrie ; et, pion* gées dans l'apathie qui nait dune irrémédiable misère, leur sort terrestre leur était inditlerent; mais il leur

!. Chron. Alex. — Soz., vi, 2. — Théod., m, 25. S. Zos., m, 34. — Liban., Or. 9, p. 259; 10, p. 331.

restait un Dieu qui leur montrait une espérance au delà de ce monde : un homme Tavait osé braver; cet homme périssait. Si le malheur de TÉtat faisait couler des larmes, elles étaient séchécs bientôt par la sombre joie de voir éclater la justice de Dieu.

Antioche, qui soupirait sous le joug très-dur du pi'éfet Alexandre, et qui s*altendail à être plus sévèrement châtiée encore par le souverain quelle avait insulté, se livra surtout à des transports sans mesure. On illumina, on fit des festins et des fêtes publiques. Étrange inconséquence de la frivolité humaine! Pour célébrer le triomphe de TÉglise on brava ses anathèmes. Jamais les théâtres ne furent plus pleins, ni les représentations plus splendides. Et c'étaient ces lieux profanes et maudits qu'on choisissait pour y faire entendre ces cris : « Victoire à Dieu et à Jésus-Christ! Sophistes insensés, Maxime et Priscus, où sont vos oracles *?» Les païens, grands adorateurs de la fortune, étaient consternés. Saint Jérôme raconte qu'il assista, encore tout enfant, dans la ville où il étudiait, à l'arrivée de la nouvelle. Les païens étaient nombreux, à ce qu'il parait, dans cet endroit, car on sacrifiait de tous les côtés. A Tinstont les temples furent déserts et les sacrifices arrêtés , et il entendit un païen qui disait en riant : « Pourquoi les chrétiens disent-ils que leur Dieu est patient? 11 ne perd pas un jour pour se venger. » L'église chrélienne, au contraire, se remplit, el l'on y récita sur un ton grave le

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