Cic, de Divin., i, 18; ii, 41. — i
3. Columel., I, 8. — Mart., vi, 50. — Tibul., i, 2, v. 41. — Hor., i, Sat. 8, V. 17 et suiv. Epod,, 5. — Ovid., Héroîde G, v. 91.
TRANSPORMATION DU PAGANISME. 153
trois quarts, assurément, étaient étrangers aux cultes légaux *.
Le polythéisme officiel avait été longtemps pour toutes ces superstitions à la fois sévère et dédaigneux. Rien n'égalait le mépris avec lequel un augure, qui venait de chercher la volonté divine dans les entrailles d'une victime, parlait d*un Chaldéen qui essayait de la lire dans les astres. Cicéron était pontife quand il écrivait le Traité De Divinatione, où le défenseur même des augures raille sans pitié tous les calculs de Tastrologie judiciaire. Un initié des mystères d'Eleusis était sérieusement scandalisé des enchantements d'une magiciennede carrefour. Mais ces orgueilleuses inconséquences n'empêchaient pas la superstition d'être le fruit naturel de Tidolàtrie ; et malgré le mépris des gens instruits, les pratiques mystérieuses n'avaient jamais compté autant de sectateurs que dans les derniers jours de l'empire. La littérature de cette époque est très-riche en récits de sorciers, et les ouvrages d'Apulée lui-même ne sont guère qu'une suite de contes de ce genre. Maternus dédiait à Constantin un traité où l'astrologie était déduite par principes et élevée à l'état de science mathématique. Maxence, à la veille de combattre, avait eu recours à des sacrifices infâmes et sanglants. Il y a plus, l'esprit nouveau que le christianisme répandait autour et en dehors de lui, les aspira-
is ii y a un exceUent exposé de toutes les superstitions en vogue sons l'Empire dans Marckhaidt, faisant suite à Becker. Handbuch der ^^amudien Altertkùmer^ X. ly, p. 99-180.
tions d*un spiritualisme mystique qu*il inspirait même à ceux qui n'adoptaient pas son symbole, s'accommodaient mieux de superstitions indécises qui ne s'assujettissaient à aucune règle flxe^ qui se prêtaient à toutes sortes d'interprétations symboliques , que des solennités légales où tout était trop public, trop clair et trop précis. Aussi, pendant tout le cours des persécutions, la tactique des adversaires du christianisme avait-elle été de ranger la doctrine chrétienne parmi les sciences occultes. On avait longtemps poursuivi les chrétiens comme des sorciers, et signalé leurs progrès comme ceux d'une magie orientale.
Mais le christianisme vainqueur venait de repousser avec éclat cette solidarité. Lesédits répétés de Constantin avaient frappé, à plusieurs reprises, précisément celte partie des croyances vulgaires que ne protégeait pas l'autorité d'un culte officiel : ses coups, qui épargnaient le polythéisme légal , avaient porté sans ménagement sur toutes les superstitions de contrebande. Les magiciens, les devins, les enchanteurs, sentaient toute la rigueur du pouvoir nouveau. Une inimitié commune les rapprochait alors naturellement des prêtres païens qui les avaient si longtemps méprisés. Et des alliés, maîtres des imaginations populaires, qui entraient dans toutes les cabanes des pauvres, que mandait souvent, dans Tombre, une grande dame amoureuse ou un ambitieux trompé, qui savaient à leur gré effrayer ou séduire, n'étaient point à mépriser pour une cause obligée, sous
peine de mort, de disputer au clergé chrétien la confiance des masses et des simples.
Certains cultes étrangers, d'ailleurs, admis et même fort de mode dans les rangs supérieurs de la société romaine, pouvaient servir de trait d*union entre la magie et la religion et ménager dans cette alliance la dignité compromise du sacerdoce. Sans prêter aux étymologies trop d'importance, on peutcroire que ce n'était pas sans raison que toute la sorcellerie antique avait reçu de la langue populaire un nom qui la rattachait à la religion nationale des Perses. Entre un magicien et un mage la langue latine fait à peine une différence. Et en etiet, tandis que la philosophie cherchait volontiers à faire remonter aux symboles de l'Egypte l'origine de ses théoriesoudeses chimères, la superstition se mettait de préférence à couvert derrière les importations du culte de Zoroastre. Le rôle avoué que le système théogoniquedu sage persan faisait jouer au principe du mal, la lutte qu'il croyait reconnaître entre des génies contraires se combattant sur le théâtre du monde, semblaient justifier à merveille les pratiques occultes dont le but est toujours d'évoquer ou de conjurer la puissance des esprits malfaisants. Aussi toute magie était ou passait pour être d'origine persane. Or, c'est précisément à cette époque et concurremment avec tous les progrès du christianisme, qu'on Voit un rameau détaché du culte des Perses, depuis longtemps naturalisé dans l'empire, prendre, sans motif apparent, un développement considérable, qu'attestent à la
fois (les inscriptions recueillies dans les provinces les plus diverses, et les invectives répétées des docteurs de l'Église : c'était le culte de Milhra, dieu du soleil, le premier des bons génies, le médiateur entre l'homme et le principe suprême de tout bien.
Les recherches des savants n'ont point suffisamment éclairci la nature cl l'origine de ce culte. La place que tient le dieu Mithra dans la théogonie de Zoroastre , demeure un problème livré à leurs discussions et dont l'histoire générale n'a point d'ailleurs à s'enquérir*. Mais le fait à la fois certain et curieux que tous les monuments démontrent, c'est que, presque seule de toutes les religions de l'empire, Tadoration de Mithra croissait, au milieu de la décadence universelle des dieux, en publicité et en importance. Son introduction datait à Rome des derniers temps de la république, de la guerre des Pirates achevée et soutenue par Pompée *;
1. Voir à ce sujet Sainte-Croix, Mystères du Paganisme, avec les notes de M. de Sacy, vol. ii, p. 120 et suiv.; Mémoires de r Académie des Inscriptions^ t. xvi, p. 272 et suiv. ; t. xxix, p. 120 et suiv. ; Hammer, Mémoire académique sur le ctdte solaire de Mithra, Caen., 1833, ebap. I. — Cet écrit contient d'excellentes indications sur tous les textes des auteurs anciens et modernes, relatifs au culte de Mithra, p. 190. — De ces diverses dissertations il semble résulter, pour un appiéciateur ignorant, que Mithra était une divinité antérieure au système de Zoroastre, à laquelle on avait fait assez irrégulièrement place dans la théogonie renouvelée de ce grand sage. Les Romains le prenaient volontiers pour le dieu du Soleil, et l'assimilaient à Apollon. Mais le soleil est plutôt un des emblèmes de la nature de Mithra, que sa personnificatiou. Voir aussi les mémoires de M. Lajard^ Paris 1847, sur le culte de Mithra.