‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 30 sur 137 · s. Athan., ad Sol · texte numérisé non relu

s. Athan., ad Sol

2. La rétractation d'Ursaca ot da Valens est un fait très-constaal|

Mais Athanase était moins touché de ces hommages intéressés que de l'édification pieuse causée par le Iriom* phe de la vérité aux chrétiens restés fidèles. La présence de leur évêque justifié devenait pour ceux-ci le signal d'un grand élan de reconnaissance et de ferveur. « Combien , dit encore Athanase au même endroit , de jeunes filles prêtes à se marier se décidèrent alors à rester vierges pour Jésus-Christ ! Combien de jeunes gens em-j brassaient la vie solitaire , suppliant leurs pères de ne point les détourner du saint exercice ! Combien de femmes persuadèrent à leurs maris, ou de maris à leurs femmes, de se livrer tout entiers à l'oraison, suivant le conseil de l'Apôtre ! Combien de veuves et d'orphelins, auparavant affamés et sans vêtements , soulagés tout à coup par l'abondante effusion des aumônes , ne connurent plus ni la nudité ni la misère! En somme, il y eut entre tous une telle émulation de vertus que chaque famille paraissait une église \ i»

Telle était l'inépuisable ardeur de la foi de ces premiers âges. Les scandales pouvaient la contrister un instant, non la refroidir. Sa flamme s'animait par le souffle même du vent dont elle était agitée. En prenant connaissance, à son retour, de l'état des populations

puisque les pièces en sont citées par S. Athanase en deux endroits {ApoL, p. 776 et 777 et ad 5o/.,p. 826 et 827; et par S. Hilaire, Fragm., p. 1298). n n'y a de difficultés que pour le moment où il faut la placer. Nous avons suivi les indications d'Athanase loi- môme, conformes à cettes de Sozomène (m, 28).

i. S. Âtlian., ad Sol, p. 825.

ni. ^

confiées à ses soins, Atbanase put se convaincre qu'au travers des épreuves le progrès des mœurs et des institutions chrétiennes ne s'était point ralenti ; et c'est vers ce tableau consolant, quoique encore mêlé de quelques ombres, que l'historien doit porter un instant ses regards, pour jouir lui-même de la trêve momentanée que la politique accorda alors à la religion.

De toutes les formes de la piété chrétienne, celle qui se développait le plus rapidement dans ces temps d'orage, c'était celle-là même dont l'Egypte était le théâtre favori: l'institution monastique. Née du dégoût des choses do monde, de la crainte des tentations et de la fatiguedes luttes, la propension vers la vie solitaire s'accroissait eo raison des agitations de la politique. Tout le temps que la vie des chrétiens, au sein des cités populeuses, s'était écoulée entre un opprobre constant et des persécutions intermittentes, entre l'ignominie et les supplices, une sorte de point d'honneur pouvait leur ordonner de se maintenir à la portée du péril et sous les regards de leurs ennemis. La retraite aurait pris souvent l'apparence de la fuite : la vie publique et commune était l'épreuve véritable de la foi. Mais lorsque le christianisme triomphant vit entrer dans son sein la brigue avec la faveur, la cupidité avec les richesses, l ambition avec les honneurs^ le dégoût même qui suivit un tel spectacle, la vue de» sanctuaires envahis par les passions et souvent par les armes des grands de la terre, tournèrent vers la solitude ces âmos fatiguées qui ne trouvaient plus la paix même

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au pied des autels. Il fallut chercher, dans une cellule» la pauvreté 9 le renoncement, l'oubli des grandeurs, ces legs sacrés de Jésus-Christ, qui semblaient fuir le faste des demeures épîscopales : et Dieu lui-mérae, prenant soin de Téquilibre moral de son Église, semblait lui ordonner de compenser par les austérités volontaires les dangereux enivrements de la prospérité et du pou* voir.

Mais les plus généreux entraînements ne peuvent se maintenir longtemps purs, sans une autorité qui les modère. Des hommes séparés du monde, affranchis des devoirs de la vie civile , livrés aux transports de Vextase, soumis à des macérations qpni poorvaient ébrai^ler leurs nerfs ou troubler leur cervicau, en seraient venus facilement à prendre tous leurs rêves pour des. visions et toutes leurs fantaisies pour des ordres célestes. Le respect populaire aurait bientôt développé cbez eux cet orgueil délicat et dangereux qui peut se cacher sous les formes de l'humilité, subtile tentation h laquelle succombent souvent les âmes détachées de concupiscences grossières. A côté du culte fixe et hiérarchique, on eo«irait risque de voir ainsi s'établir un mysticisme bizarre, abandonné aux écarts de l'imagination individuelle. Beureusement dans l'Église, nul mouvement ne reste sans règle. L'impulsion donnée par Antoine allait être régularisée par un de ses amis et de ses disciples. Antoine avait ouvert la voie de la solitude et devait demeurer à jamais le patron des anachorètes;

Pacôme de Tabenne devait organiser la vie monastique et fonder les ordres religieux.

Pacôme ^ était, comme Antoine» un enfant de la Thébaîde. Il était né dans les derniers jours de la persécution de rÉgiise» d'une famille de païens habitant un district si reculé de l'Egypte qu'on n'y connaissait pas même le nom des chrétiens. De bonne heure, pourtant, la nature de ses inclinations » l'instinct délicat de ses vertus et une effusion miraculeuse de grâce divine » l'avaient écarté des superstitions profanes de ses parents; les prêtres de son village disaient communément qu'il était l'ennemi du culte des dieux et que les cérémonies saintes ne pouvaient s'accomplir en sa présence. A vingt ans, vers l'an 315 environ» il fut compris dans une levée de troupes opérée par les ordres de l'empereur Maximin» qui se préparait à conibattre Licinius . Sa légion fut rassemblée dans la ville deThèbes : elle manquait à peu près de tout» comme c'était souvent le cas des meilleures troupes, dans ce temps de désordres et de désastres politiques. La charité des chrétiens de la ville subvint aux premiers besoins des soldats, et Pacôme, touché de ce secours inattendu , résolut dès lors que, si jamais il recouvrait la libre posses-^ sion de lui-même, il se consacrerait au service d'an

1. Voir, SUT tout ce qui va suivref les Bollandistes, 10 mairp» Wl et suiv. — Palladius, Hist. Lamiaca. — Vitœ Patrum per Rosweidea editae, Autuerpiœ, p. \06,— Régula S. Pacomii, Bibl, Patr., 1698, t. nr» p. 32-36. — Vies des Pères du désert traduites par Arnauld d'Audiîly. Paris, 1088. f

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Dieu qni apprenait aux hommes à aimer les hommes. La défaite de Maximin et le rétablissement de la paix ne tardèrent pas à lui rendre cette liberté désirée, et le premier usage qu'il en fit fut d'aller recevoir le baptême dans la ville voisine de Gbérabosque. Puis l'élan du même zèle le porta à se retirer avec un saint homme du nom de Palémon, près de Panoplie, entre le Nil et la mer Rouge; vécut là plusieurs années privé, autant que la nature humaine pouvait le comporter» de nourriture et de sommeil, ne mangeant que du pain et du sel pilé, marchant nu-pieds dans les épines, et, le soir venu, s'appuyant à peine sur un banc, les bras étendus dans l'attitude de la prière.

La retraite n'apporta pas à Pacôme tout le repos qu'il désirait. Des visions célestes, des rêves prophétiques, l'avertissaient qu'il avait une autre vocation à suivre et un autre devoir à remplir sur la terre, que de s'y préparer seul pour le ciel. Il résista longtemps à cette inspiration qui revenait sous diverses formes; mais enfin Palémon lui-même lui conseilla d'y céder. Ils firent ehoix, d'après des indications où ils reconnaissaient l'un et l'autre un ordre du ciel, d'un jardin situé sur les bords du Nil ; une vaste maison y fut bâtie, et Pacôme invita les solitaires du désert voisin et ceux qui s'étaient déjà adressés à lui pour être initiés aux saints exercices, à y venir vivre auprès de lui sous une loi uniforme et dans une complète communauté de régime.

Jusque-là, en effet, chaque anachorète avait vécu à

peu près pour son compte, possédant d'ordinaire une cellule séparée qu'on appelait proprement le monastère, ([jiovadTYÎpiov, de (Atîvoç, seul), choisissant le genre de privations qu'il jugeait utiles au bieii de son âme et les mesurant au degré qui lui convenait. Là même où, comme dans le désert de Nitrie habité par Tami de saint Antoine, Ammon, et dans les retraites de Palestine pe.uplées par son disciple Hilarion, les cellules étaient nombreuses, rapprochées, quelquefois communes à plusieurs solitaires, cette liberté d'habitudes subsistait eor core. Sauf les exercices de l'église, où on célébrait ensemble le service divin, chacun restait maître de ses actions et seul juge de sa règle de vie. Paeome, an contraire, imposa sur-le-champ à ses disciples une loi complète et minutieuse qui dut s'étendre à tous les détails de leur journée *. Il n'avait guère que cinq associés quand il Tinaugura, parmi lesquels un de ses frères et un enfant de quatorze ans. En moins de dix ans sa maison était pleine de manière qu'il fallut en élever jusqu'à sept autres, toutes calquées sur le même plan, restant unies par un lien étroit et soumises au même chef.

Chaque maison commune, qu'on nomma d'un mot grec dont celui de couvent n'est que l'imparfaite traduction (xoivoêiov, vie commune, d'où cénobite), tout en

1. Voir sur le rôle de S. Pacôme pour rorgauisation monastique, la dissertation des BoUandistes à la tète de la vie de S. Pacôme, p. 292 et

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restant soumise au supérieur général » dut avoir un supérieur particulier, et se diviser en plusieurs familles, conduites elles-mêmes par un chef ou prévôt. La famille était une catégorie de moines qui s'occupaient tous au même genre de travail et rendaient à la communauté le même genre de services. Ceux qui pourvoyaient à la nourriture formaient ainsi une famille. Il y eut une famille de laboureurs, une de boulangers, une de serruriers, une de tanneurs; d'autres avaient soin des chameaux; d'autres lissaient la toile ou faisaient les sandales. Les lettrés, qui savaient le grec, étaient de même réunis en un seul groupe. Chaque maison abritait, dit-on, environ trente ou quarante de ces familles qui mangeaient et travaillaient aux mêmes heures; et chaque cellule était l'habitation commune de trois religieux.

Repas , jeûnes , costume, sommeil, prières, tout fut réglé sur un mode uniforme. Une tunique de gros lin, sans manches, s'arrêtant aux genoux, recouverte d'une peau de chèvre blanche, un capuchon de laine, firent reconnaître de loin, dans la plaine, le disciple de saint Pacôme. Le pain, les olives, les herbes crues ou assaisonnées au vinaigre , de petits poissons salés sans être cuits, étaient la nourriture des frères en état de supporter l'abstinence; les légumes cuits et la viande n'étaient permis qu'aux enfants, aux vieillards et aux malades. Les repas, comme le travail, s'accomplissaient en silence, le capuchon baissé sur le visage, pour éviter les observations réciproques et la frivole recherche des

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actions d'autrui. Le supérieur seul regardait et surveillait tout : chaque semaine , il prenait connaissance, du travail fait et en recevait le produit. Avec une telle activité et une telle abstinence , le travail des moines suffissait et au delà à Tentrelien de la maison; le reste était vendu et le prix en était distribué aux pauvres, ou servait à la nourriture des hôtes nombreux qui cherchaient un abri dans le couvent en traversant le désert. Nulle propriété ne demeurait entre les mains des moines; tout était remis au supérieur, jusqu'à leur linge de rechange et leurs livres» quand la lecture en était interrompue *.

A cette vie de travail manuel et pénible, la pensée pourtant ne devait rien perdre. Tout religieux devait savoir lire et écrire : se mettre en état de lire récriture était le premier devoir imposé aux novices. Aussitôt qu'un candidat à la vie religieuse se présentait, on s'assurait qu'il était libre de tout engagement $j^culier, puis on lui apprenait par cœur la prière dominicale, quelques fragments des psaumes et des épttresde saint Paul, et on lui mettait l'alphabet entre les mains ^. Des prédications fréquentes, des lectures continues, entretenaient chez les

ir Régula S. Pacomii. — BoUand., p. 811.

2. Regufa S. Pacomii. — BihU Patr,, loc. cit., p. 35. — La règle sur ce point est fonnelle : Qui rudis, dit-elle, in monasterio fuerit ingressus, docebitur prius quas debeat observare, et cum doctus ad universa consenserit , dabunt ei Yiginti psalmos aut duas epistolas apostoli aut . alterius scripturaBpartem... Omnino nuUus erit in monasterio qui non discat litteras et de scripturis aliquid teneat.

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frères l'activité de l'intelligence , en l'élevant vers les

choses d'en haut. Le prévôt de chaque famille faisait rinstruclion tous les jours; le dimanche c'était le supérieur du couvent qui s'acquittait de ce devoir.

Une règle si sévère ne lassa pourtant point le zèle des néophytes. On vit des femmes même s'y soumettre. La sœur de Pacôme donna l'exemple à tout son sexe. Un jour qu'elle était venue à la porte du couvent pour voir son frère , le solitaire lui fit répondre que désormais il avait renoncé à sa famille pour plaire à Dieu> et qu'il lui conseillait de l'imiter. Elle accepta Tavis et fonda à peu de distance , dans le désert, un monastère de vierges astreintes au même régime * . Les enfants des deux sexes étaient admis dans ces pieux établissements. Pacôme ne les repoussait pas : « Ces jeunes âmes , disait-ii, peuvent être élevées à ne jamais perdre la présence de Dieu. Gardez-les en mémoire du Dieu qui les aima. » Et il adoucissait pour eux la sévérité de ses lois*.

Qu'on se représente maintenant cette république de sept à huit mille hommes (ce nombre était atteint dès

i. Bolland., p. 304.

2. Voir aussi Régula S, Pacomii, De puellarum disciplina, loc. cit,^ p. 35. — BoUand., p. 309. — Hic porro perfectionis gradus facilius obtingit adolescentioribuS; ut à prima state yocem Domini audientes, Dei recordatione informentur et ad iuteriora iutendere se perpetuo conentur^ donec ad snmma quaeque et perfectissima, Samuelis in templo versantis exemplo, peiveniaut... Curam ergo adolescentium, ut Deus Qohis prœscribit^ habeamus non mediocrem^ quoniam, ut scriptum est, custodiens parvulos Dominus animas quoque nostras ut pupiUam cu9* todiet.

la fin du iv* siècle), sortie comme par enchanîemeat d'un sol jusque-là désert, vivant sous le régime de l'égalité à la fois et de la subordinalioDy dans Taccord du. travail le plus humble et des pensées les plus hautes; et qu'on s'imagine l'impression qu'en devaient ressentir les voyageurs, les commerçants, dont les caravanes, venues d'Ethiopie ou delà mer Rouge, traversaient à toute heure ces plaines sablonneuses. Jamais pareil spectacle d'acti vite et de paix n'avait frappé des yeux accoutumés au mélange de faste oisif et de bruyante industrie des cités orientales. Ces laboureurs au front grave, ces ouvriers, les regards baissés sur le jonc qu'ils tressaient ou sur la toile dont ils tissaient la trame, ne ressemblaient ni aux chétifs colons de la glèbe , travaillant sous le fouet du mafire, ni à l'insolent artisan des rues d'Alexandrie. En approchant de ce paisible atelier, on entendait quelques chants sur un mode simple : c'était un psaume ou un cantique qui tenaient l'âme élevée vers le ciel, tandis que le front était courbé vers la terre. La nuit élait-dle venue , ou l'orage s'élevait-il dans la plaine, la modeste demeure s'ouvrait pour offrir un abri à tous les passants. Dans ces asiles de l'austérité et de l'abstinence, il n'y avait d'abondance que pour l'hospitalité et Taumône, pour le voyageur et pour le pauvre. A des jours réglés, tout travail était suspendu et chacun courait à la chapelle. Une fois même par an, les routes entières étaient couvertes de nuées de pèlerins se rendant tous à la maison mère. C'était le saint jour de Pâques, et tous

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les frères devaient se réunir pour célébrer en commun la Résurrection du Sauveur. D'autres jours, ils sortaient, rangés sur une longue ligne, en entonnant des chants funèbres : il s'agissait de conduire à la tombe la dépouille d'un frère mort. Le lieu de la sépulture était au delà du Nil, sur une montagne : nul n'aurait manqué de s'y rendre, ni infirme, ni vieillard, quels que fussent l'état orageux du fleuve et le débordement de ses eaux. Souvent aussi on signalait à l'horizon une petite barque qui descendait ou montait le Ml. Un vieillard en tenait la rame d'une main que ni le jeûne ni rage n'avaient affaiblie. C'était Pacôrae lui-même faisant la visite de toutes les maisons. Son bateau lui servait très-habituellement de demeure; il y prenait le repos et la nourriture, toujours voyageant d'un établissement vers un autre. A peine débarqué, tous l'entouraient , et il disait à chacun une parole grave et précise qui se fixait dans la mémoire. A ceux qui pleuraient leurs amis ou leurs frères : « Les pleurs sur les morts , disait-il , ne peuvent les ressusciter ; mais les pleurs sur les vivants peuvent ressusciter lésâmes*.» Les petits enfants se pressaient autour de lui en l'embrassant : Père, disait l'an d'eux, voilà plusieurs jours qu'on ne nous a fait cuire de légumes pour notre nourriture. — Ne craignez rien, mon ami, disait le saint, je me charge

1. Bolland., p. 311 : Hi« inquit vir sanctus, mortuos quidem eos déplorant ijuos ad vitam revocare nullo modo possunt ; nos vero primum nosmetipsos ac proximum deinde lugeamus. Forsitan... a morte susci- Ubit Dominas.

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de vous en faire avoir *. Il se faisait montrer tous les travaux et rendre tous les comptes. Le moindre sentiment de vanité chez Touvrier, tout esprit de lucre dans la communauté, trouvaient en lui un impitoyable censeur. « Voyez ce frère, disait-il à un religieux qui lui montrait avec complaisance deux n&iltes habilement tressées ; il a travaillé du soir au matin pour le démon, et préfère deux nattes au royaume de Dieu *. » Un économe lui racontait avec orgueil les profits qu'il avait faits pour rétablissement ou sur les fournitures des religieux et le bas prix auquel il avait trouvé le moyen d'acheter du blé pour le couvent dans une saison de fiaimine. Mais le saint ne voulait pas de pareils gains, qui sen^ talent trop l'esprit de commerce, et l'économe était réprimandé ou révoqué'. Pacôme était surtout sévère pour l'orgueil spirituel, tentation ordinaire des âmes adonnées à la contemplation, pour le goût des visions, des révélations particulières. Pour lui-même son humilité était telle qu'un jour Athanase étant venu, dans une tournée pastorale , visiter toutes les maisons du désert , il parut devant lui mêlé à tous les autres moines, sans consentir qu'on le nommât ni qu'on le fit connaître au patriarche. Bien que souvent il eût fait preuve d'une puissance surnaturelle, il ne s'attendait jamais à obtenir de Dieu aucune grâce extraordinaire , surtout aucun miracle ma-

i. Vie des Pères du désert. Saint Pacôme, xuii.

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