‹ L'église et l'état (volume 2)Chapitre 4 sur 17 · LE DROIT DIVIN DE LEGLISE ET LES FAUX · texte numérisé non relu

LE DROIT DIVIN DE LEGLISE ET LES FAUX

§ 1, — Le droit divin.

Nous entrons dans Tépoquc où l'Église domine sur rÉtat. Cette domination anéantit tout ensemble l'indépendance de l'État et sa souveraineté intérieure. En vain les écrivains catholiques se récrient contre cette accusation, en soutenant que TÉglisen'a jamais demandé que sa liberté. Il faut voir ce que les mots veulent dire dans le langage clérical. Si le mot de liberté n'a pas été imaginé pour tromper les simples, il est certain du moins qu'il trompe, en ce sens que ce que l'Église appelle liberté est une vraie domination. Au moyen

âge, la chose est claire comme le jour, et on ne le peut nier qu'en niant Tévidence.

Nous disons que l'indépendance de l'État est détruite par les prétentions de l'Église. Quand les papes déposent les rois et délient leurs sujets du serment de fidélité, n'est-ce pas une dérision de prétendre que les rois sont souverains? Les défenseurs modernes de la papauté soutiennent que la déposition de Henri IV par Grégoire VII n'était qu'une conséquence de l'excommunication; et qui oserait contester au chef de l'Église le droit de séparer du corps des fidèles un loi aussi hien qu'un serf? Celle défense est en opposiiion avec les actes mêmes de Grégoire. A Canosse, il relève Henri IV de rexcommunicalion, et, néanmoins, l'empereur reste déposé. Les formules de la déposition attestent que Grégoire entendait exercer un pouvoir absolu sur les princes. Ses partisans disaient ouvertement que le pape avait sur les rois la même autorité que sur les évéques. Voilà bien une domination, ou les mots n'ont plus de sens. Néanmoins, Grégoire proteste dans ses lettres qu'il ne combat que pour la liberté de V Église ^ Donc, la liberté de V Église, c'est la servitude des rois. La royauté subsiste à côté de l'Église, mais elle perd ce qui fait son essence, l'indépendance ; elle est l'instrument de l'Église. Si l'État est dans la dépendance de la papauté, il est impossible qu'il soit souverain, car une souveraineté qui est dépeudanîe d'un pouvoir supérieur est un non -sens.

De fait, les droits que l'Église revendique, et qu'elle

^ Gregor. Episl. IX, 3.

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appelle aussi sa liberté, la mettent en dehors et au dessus de rÉtat, et partant ils brisent la souveraineté et Tanéantissent. L'Église possède une partie du sol, et si Ton avait écouté ses ardentes exhortations, elle l'aurait possédé tout entier. Mais ce propriétaire réclame un singulier privilège; il prétend n'être soumis à aucune des charges qui pèsent sur la propriété. Voilà une grande partie du sol qui est soustraite au pouvoir de rÉtat, la souveraineté n'est donc plus entière : c'est dire qu'elle n'existe pas. Cette exemption des charges, l'Église l'appelle aussi sa liberté. La liberté de l'Église consiste donc à se soustraire à l'action de la puissance souveraine. Si elle revendique la liberté pour ses biens, à plus forte raison entend-elle que les personnes des clercs soient libres de toute action de l'État. Les conciles posent comme principe que les laïques n'ont aucun pouvoir de juger les oints du Seigneur; que leur devoir, au contraire, est d'obéir à l'Église \ Ainsi, la liberté de l'Église conduit à lui donner une juridiction sur les clercs et sur les laïques ; or la juridiction est l'expression de la souveraineté, partant l'Église est souveraine. Elle Test encore à un autre titre. L'Église réclame la dîme de tous les fruits; elle-même dit que les dîmes sont une reconnaissance de la souveraineté divine, c'est à dire de sa propre souveraineté; en effet, celui qui impose une contribution est souverain. Enfin, l'Eglise fait des lois auxquelles l'Étal est obligé de se soumettre. Que si, au contraire, l'État fait des lois qui violent la

ConcU. Lambelhense, i26i [Mansi, XXIIl. 1061).

liberté ecclésiastique, elles sont frappées de nullité. Quel est le rôle de l'État, dans cet ordre d'idées? Les rois sont les patrons et les défenseurs de l'Église : ce qui veut bien dire que leur droit consiste dans un devoir. Écoutons ce que dit saint Anselme : « Les rois qui respectent l'Église et la glorifient seront glorifiés avec elle. Malheur à ceux qui traitent l'épouse de Jésus- Christ comme une esclave! ils seront exclus de Thérilage de l'époux. Dès ce monde, les princes qui défendent l'Église et fortifient son autorité, prospèrent; ceux qui la combattent périssent misérablement \ »

Nous savons maintenant ce que la liberté de l'Église signifie. De qui tient-elle celte liberté, cette domination? Les papes invoquent l'Écriture sainte, quand ils déposent les rois. Ils font mieux encore; si on les en croit, Dieu lui-même dépose les princes qu'ils frappent. C'est donc un droit divin qu'ils exercent ^. Quant à la liberté que l'Église revendique contre l'État, les conciles la rapportent également à Dieu ; or on sait que les conciles parlent sous l'inspiration du Saint-Esprit : « La liberté des clercs, disent-ils, et l'immunité de l'Église viennent directement de Dieu : ceux qui osent l'attaquer détruisent de fond en comble et extirpent la foi chrétienne % »

1 s. Anselmus, Epist. IV, 9, 13 (Op., pag. 429, 430).

« Voyez le tome VI« de mes Études sur la Papauté et l'Empire.

5 Mcimi, XXIII, 601 ; XXIV, 1875.

Les conciles affirment que la liberté de l'Église est d'institution divine. Ce témoignage suffit pour les fidèles convaincus que les conciles sont l'organe du Saint-Esprit. Il ne suffit point à riiislorien, alors même qu'il se place sur le terrain du catholicisme traditionnel. Les gallicans sont catholiques; ce qui ne les empêche pas de scruter les fondements du pouvoir que la papauté a exercé au moyen âge, et leur conclusion est que ce prétendu droit est contraire à l'Écriture sainte et à la tradition. L'on peut généraliser la critique des gallicans, et affirmer que ce que l'Égli-e appelle sa liberté est en opposition avec les livres saints et avec la tradition des premiers siècles. Tout ce qui est domination est incompatible avec l'esprit évangélique. .Jésus-Christ n'a revendiqué qu'une seule liberté, celle de la conscience; et c'est précisément celle-là que l'Église du moyen âge poursuivait par le fer et par le feu. Quant à déposer les rois, ou à annuler leurs lois, ou à exercer une juridiction sur les clercs et les laïques, ou à percevoir des dîmes, ou à posséder des biens, en réclamant l'immunité des charges, certainement le Christ était loin de se douter qu'une Église, dite chrétienne, s'autoriserait de son nom pour se mettre en dehors et au dessus de l'État, alors que lui avait dit qu'il fallait rendre à César ce qui est à César, alors que lui ignorait la distinction des clercs et des laïques, alors que lui ne voulut rien posséder, pas même une pierre pour y reposer sa tète, alors que

lui refusa toute espèce de pouvoir, même celui d'arbitre. Pour trouver, dans l'Écriture, des titres qui légitiment les prétentions de TÉglise, il a fallu recourir à une interprétation tellement arbitraire, tellement saugrenue, qu'il suffit de l'exposer pour couvrir de ridicule le prétendu droit divin et ses défenseurs.

A défaut de l'Écriture, la tradition seule peut légitimer le pouvoir ou la liberté que l'Église réclame à titre de droit divin. Tout ce qui est nouveau est, par cela même, convaincu d'erreur, au point de vue de la doctrine catholique. Que l'on produise donc une tradition constante attestant que l'Église a déposé les empereurs qui violaient sa liberté, qu'elle possédait des biens, tout en étant affranchie des charges qui les grèvent, que le clergé était affranchi de la juridiction civile, et exerçait lui-même un pouvoir judiciaire sur les clercs et les laïques, enfin, que lÉglise percevait un impôt, sous le nom de dîme, et à litre de droit divin. Nous avons exposé les faits, et nous savons qu'ils sont en tous points contraires aux prétentions de l'Église. Comment construire une tradition avec des autorités qui témoignent contre les prétentions du clergé? Au moyen âge, grâce à l'ignorance générale, les papes niaient hardiment les faits qu'on leur opposait. Grégoire Vil n'hésite pas à affirmer que jamais les rois n'ont eu le droit d'intervenir dans l'élection des papes, bien que cette intervention soit constatée par les actes mêmes conservés dans les archives de lacoiir de Rome. Au quatorzième siècle, Jean XXII fît appel a l'histoire, tellement il était convaincu que jamais pape n'avait été institué par un

empereur ^ Les papes élaienl-ils de bonne foi? Nous voulons bien le croire ; mais alors il faut dire que leur ignorance était extrême, et nous arrivons à celte conclusion que l'erreur, fruit de l'ignorance, est le seul titre que l'Église puisse alléguer pour y appuyer son droit divin.

Mais le temps arriva où l'excuse de l'ignorance ne pouvait plus être invoquée par l'Église : Bellarmin et Baronius vivaient à une époque où la science bistorique avait démontré l'erreur dans laquelle versaient les grands papes du moyen âge. Cela ne les empêcha point de maintenir leurs prétentions, en prenant appui sur la tradition. Il leur fallait une tradition à tout prix; ils donnèrent la torture aux faits, ils firent des suppositions imaginaires et transformèrent ces suppositions en témoignages réels. C'était renouveler l'œuvre de ceux qui, au moyen âge, fabriquèrent les fausses décrétales, la fausse donation de Constantin, et toutes les altérations, toutes les falsifications qui abondent dans l'histoire ecclésiastique. Dans les ténèbres du moyen âge, l'on fabriquait des faux matériels ; quand la renaissance des lettres ne permit plus le métier de faussaire, les défenseurs de l'Église s'ingénièrent à travestir l'histoire, en lui faisant dire le contraire de ce qu'elle dit : c'est un faux moral qui est tout aussi criminel que le faux matériel, car l'intention de tromper est la même. Nous objectera-t-on que Dieu seul connaît les intentions, et que la bonne foi est possible? Nous répondrons qu'elle

» Baron., ad a. 1046, n» 20; — Rymer, Fœdera, II, 2, 721.

ne Tesl qiren admeltant un incroyable aveuglement chez des hommes aussi savants. En définitive, les litres que Ion allègue en faveur du droit divin de TÉglise sont de faux titres. En supposant même une bonne foi difficile à admettre, ils sont viciés par Tignorance ou par la superstition. Voilà les bases sur lesquelles on a élevé Tédifice du droit divin de TÉglise !

Si le droit divin de l'Église est un mensonge fondé sur un faux, est-ce à dire que sa liberté ou sa domination n'ait pas d'autre raison d'être? Constatons, d'abord, en quel sens il est vrai de dire que l'Église a régné au moyen âge. Sa supériorité comme pouvoir spirituel était reconnue même par les empereurs. Henri IV conteste au pape le pouvoir de le déposer, mais il ajoute celte restriction : à moins que je n'abandonne la foi ^ Or à qui est-ce à juger si un roi déserte la foi? A l'Église. C'est donc l'Église qui est la vraie souveraine des rois. Frédéric II, le plus puissant, le moins chrétien des princes du moyen âge, accepte et reproduit la fameuse comparaison du soleil et de la lune, comme image des rapports qui existent entre l'empereur et le pape. Il va plus loin ; il se soumet à la décision d'un concile ; il avoue que, s'il est convaincu d'hérésie, il mérite d'être déposé. Le baronnage français ne prend parti pour Frédéric II que sous la condition qu'il soit resté fidèle

ï Mansi, XX, 472; « Nisi a fide exorbitaverim. »

à la foi du Christ K II est donc bien entendu, au moyen âge, que la condilion essentielle pour être roi c'est d'être chrétien, ce qui revient à subordonner l'État à l'Église.

Mais les rois, tout en acceptant le principe de la supériorité de l'Église, n'admettaient pas les conséquences que les papes en tiraient. Ils entendaient rester souverains. C'était une contradiction , mais c'était aussi un sentiment juste de leur droit, pour mieux dire, du droit des nations dont ils étaient les organes. De là leur opposition contre les prétentions de la papauté. Il faut ajouter que, si l'Église l'emporta dans la lutte avec l'empire, c'est qu'elle avait pour auxiliaires soit les princes, soit les peuples. Grégoire VII n'aurait pas déposé Henri IV, si ce malheureux roi n'avait soulevé contre lui les princes de lempire et les Saxons. Plus tard, la papauté prit appui sur les cités itahennes et leur esprit de liberté, pour combattre les Hohenslaufen. Bien que victorieuse, elle n'obtint pas la domination. Dès que les nations eurent conscience de leur indépendance, elles s'affranchirent du joug de Rome. On se sert donc d'une expression impropre, quand on dit que la papauté régna sur les rois au moyen âge : ce n'était, en réalité, qu'une lutte pour la souveraineté, et Tissue fut fatale aux papes.

Il faut aussi entendre avec réserve cette autre proposition, que l'Église domina sur l'État dans l'intérieur des divers royaumes. A partir du dixième siècle, la féoda-

» Voyez le tome VI^ de mes Etudes sur lùPapaulé et F Empire.

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lité remplace pour ainsi dire la royauté; s'il y a encore des rois, en France, leur puissance est si petite, que les chroniqueurs les appellent des roitelets. Tout baron est roi dans sa baronnie. C'est dire que le pouvoir souverain est morcelé à Tinfini ; en ce sens, il n'y a plus de souveraineté, car il est contraire à l'essence de la puissance souveraine d'être divisée. C'est grâce à cet affaiblissement de lÉtat que l'Église fit valoir son droit divin, sa liberté. C'était pour elle une question d'existence, en même temps qu'une condition pour remplir sa mission. Que serait devenue l'Église, si elle avait élé soumise aux mille et une vassalités féodales? Elle aurait péri, ou du moins elle aurait été tellement affaiblie, tellement dépendante, qu'elle n'aurait pu exercer son ministère de pouvoir spirituel, éducateur. L'Église conquit sa liberté par la force d'unité qui lui est inhérente, et, l'État disparaissant, elle occupa le pouvoir vacant. Voilà pourquoi l'Église est puissance judiciaire au moyen âge : c'est la marque de sa souveraineté.

La féodalité fut allaquée par les communes et par les rois aidés des légistes. Imbus du principe de la toutepuissance de l'État, les légistes combattirent à outrance et le pouvoir des vassaux et le pouvoir de l'Église. Cette lutte intérieure pour la souveraineté dura pendant des siècles. En France, elle ne se termina qu'en 89; ailleurs elle dure encore. C'est que les rois n'étaient pas des organes fidèles des nations. Leur orgueil princier les porlait, il est vrai, à maintenir leur indépendance contre les entreprises de la cour de Rome. iMais dans l'intérieur de leurs royaumes, ils se faisaient volontiers

les alliés de l'Église, pour appuyer leur pouvoir sur rinfluence de la religion. Celte alliance du trône et de l'autel ne nuisait guère aux rois et elle profitait à TÉglise. Toutefois, en tant que la liberté de l'Église portait ombrage à la puissance royale, les princes n'eurent garde de prendre parti pour un rival ; ils laissèrent faire les légistes, et ceux-ci travaillèrent avec tant de zèle, que le pouvoir ecclésiastique finit par ne plus être qu'un mut. En définitive, la domination de lÉglise en face de l'État ne fut aussi qu'une lutte ; l'Église l'emporta tant que TÉtal était morcelé par le régime féodal. Dès que l'État fut reconstitué, l'Église perdit insensiblement tous ses droits.

L'Église rapporte sa liberté à Dieu; tous ses droits sont des droits divins. Si l'on entend le droit divin dans le sens de l'Église, il faut dire qiue c'est une usurpation fondée sur un mensonge et sur de faux titres. Mais il y a une autre manifestation de la volonté de Dieu, ce sont les circonstances bistoriques à raison desquelles l'Église a été appelée à intervenii* dans le gouvernement des sociétés. Ce droit divin, nous l'invoquons pour elle et aussi contre elle. La lutte du sacerdoce et de l'empire était à certains égards, comme le dit Grégoire VU, une lutte pour la liberté de l'Église. Sous les Barbares, i'épiscopat avait été fatalement entraîné à se mêler à l'arislocralie guerrière, à en prendre les mœurs, les passions et les vices. Sans la violente réaction de

Grégoir^VIl, le clergé se serait enlièremenl sécularisé, ce qui, sous le régime de la féodalité, aurait conduit à faire de l'Église un établissement féodal. Ceùt été la mort de l'Église, comme le prouve l'état de décadence et de dissolution où elle se trouvait au onzième siècle. Grégoire VU, en imposant le célibat au clergé, et en l'affranchissant, autant que la chose était possible, des liens de la vassalité, sauva l'Église, et par suite le christianisme et la civilisation. Voilà un titre à la liberté qui vaut mieux que la donation de Constantin et les fausses décrétâtes. Pourquoi donc l'Église ne s'en conlente-t-elle pas? C'est qu'elle voudrait éterniser sa liberté, c'est à dire perpétuer sa domination. Contre cette prétention nous invoquons le même droit divin que nous venons d'invoquer en sa faveur. Si la liberté, si la domination de l'Église est légitime en face d'une société barbare, elle cesse de l'être quand la société n'est plus barbare, quand elle a autant de moralité, autant d'intelligence que l'Église. L'Église rentre alors dans la société générale; il ne peut plus être question de lui subordonner les rois et les peuples; c'est au contraire aux nations que la puissance souveraine appartient sans partage.

Il en est de même des droits que l'Église revendique dans l'intérieur des États. Pour l'historien, il est plus qu'évident que le prétendu droit divin de l'Église et les privilèges qui en résultent ont été le produit de circonstances accidentelles. La barbarie du moyen âge a donné du relief à la science relative des clercs, et leur supériorité intellectuelle les appela à dominer sur les peuples.

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Après tout, rÉglise faisait un meilleur usage de ses biens que la société laïque; les njoines défrichèrent l'Europe, et leur charité fut le seul appui des pauvres pendant les longs siècles qu'on a appelés siècles de fer. Les immunités du clergé le mettaient à Fahri, et encore imj)arfaitement, de la violence et de la spoliation. Trop souvent le droit de la société laïque était le règne de la force; FÉglise ne pouvait consentir à se soumettre à Tempire d'une juridiclion où le combat judiciaire tenait lieu de procédure.

Les circonslances historiques justiûaient donc les privilèges de l'Église. Mais l'état social changea, et TÉglise maintint ses prétentions, alors qu'elles n'avaient plus de raison d'être. La société laïque, devenue commerçante et industrielle, était plus capable d'exploiter le sol que l'Église, tombée dans le relâchement et l'oisiveté par suite de ses richesses. L'État, sorti de l'anarchie féodale, avait droit à une partie des revenus des propriétaires pour subvenir aux besoins nouveaux que lui donnait sa mission; il n'y avait plus aucun motif d'exempter des charges communes les biens de l'Église, puisque les clercs profitaient de la protection de TÉiat aussi bien que les laïques. Enfin, dans les tribunaux séculiers, la violence fit place au droit, tandis que l'impunité, la fiscalité, la vénalité et tous les désordres envahirent les tribunaux de rÉglise, incapable d'exercer un pouvoir qui était incompatible avec sa mission spirituelle. La société laïque était donc en droit de reprendre la souveraineté que les circonstances avaient })endant quelques siècles donnée à la société religieuse.

Le droit divin est une usurpation, et l'usurpation tournera contre l'usurpaleur. L'Église a invofjué le droit divin pour légitimer toutes ses prétentions : c'est par droit divin qu'elle possède le sol, tout en étant exemptée d^^s charges que cette possession entraîne : c'est par droit divin qu'elle impose les dîmes : c'est par droit divin qu elle exerce une grande partie de la juridiction. L'Église ne peut pas renoncer à ce qui est de droit divin ; aussi n'y renonce-telle pas. Là où elle en a la puissance, elle revendique ses anciens privilèges ; là où elle ne le peut, elle recourt aux distinctions et aux subtilités pour s'accommoder aux circonstances, mais en maintenant par une restriction mentale toutes ses prétentions. C'est se mettre en opposition complète avec l'état de la société moderne, c'est se suicider en se rendant impossible.

§ 2. Les fausses décrétales et la falsification des lois.

Dans la première moitié du ix« siècle parut, sous le nom de saint Isidore, la collection dite des fausses décrétales ^ Elle a reçu ce nom parce qu'elle contient une multitude de pièces évidemment fabriquées. Le faux est palpable et si grossier, qu'il a fallu l'ignorance du moyen âge pour s'y tromper. Dans les lettres attribuées aux papes des trois premiers siècles, on cite la traduction de la Bible connue sous le nom de Vulgate, telle qu'elle fut

ï Voyez les lômoigiiages sur ce qui va suivre dans le tome V^ de mes Études, pu g. 408-412.

revue et corrigée au iv^ siècle par saint Jérôme. Elles sont remplies de divers passages de saint Léon, de saint Grégoire et d'autres écrivains qui ont vécu plusieurs siècles après les papes qui les citent. Chose singulière! les papes des premiers siècles écrivent le latin barbare du neuvième, ils font mille allusions à la condition de l'Église dans la décadence de l'empire carlovingien, et ils ne disent pas un mot de l'état des choses dans les temps où on les suppose écrites, pas un mot des hérésies qui déchiraient l'Église à cette époque. Il est inutile d'insister; la falsification est évidente, et personne ne la révoque plus en doute.

Qui est l'auteur du faux, et quel était son but? L'on ne sait qui est le faussaire. Comme les fausses décrétales tendent à rendre l'Église indépendante de l'État et à faire du pape le chef de l'Église, les protestants ont supposé que c'est la cour de Rome qui est coupable de la falsification , et cetle imputation a trouvé de Pécbo jusque dans le sein de l'Église catholique. Aujourd'hui cette opinion est à peu près abandonnée. Les fausses décrétâtes furent fabriquées dans l'empire carlovingien. Elles avaient pour but direct de garantir l'indépendance de l'Église; or, dans l'état où se trouvait l'Église au ix^ siècle, il n'y avait qu'un moyen de lui assurer la liberté d'action qui lui était nécessaire : il fallait l'affranchir des liens qui l'enchaînaient à la société laïque, ce qui ne se pouvait faire qu'en la soumettant directement au pape.

Toujours est-il que, pour atteindre ce but, le faussaire exalte la papauté, dans laquelle il veut concentrer toute la force du pouvoir religieux : « Rome, disent les

fausses décrétâtes, est le fondement et le type des Églises ; toutes ont leur principe en elle, car saint Pierre est le prince des apôtres; TÉglise de Rome est donc la première des Églises, elle en est la tète; ce que la télé a décrété, les membres le doivent suivre. » Le pape est « l'évêque de TÉglise universelle; il réunit en lui tous les pouvoirs; il donne des lois à lÉglise; aucun concile ne peut être tenu sans son autorité, aucun évèque ne peut être déposé sans son approbation; toutes les causes majeures doivent être portées devant son tribunal. » Le faussaire ne songea pas uniquement aux intérêts de la papauté. Il voulait avant tout relever la puissance de rÉglise : il est inépuisable, quand il s'agit de la dignité des clercs et de leur supériorité sur les laïques. Cela suffit pour marquer rimportan<;e des fausses décrétâtes. Les défenseurs modernes de TÉglise, bonteux de voir son autorité basée sur un faux, prétendent qu'elles n'ont exercé aucune influence sur le développement de la puissance ecclésiastique. Ils oublient que le faux fut exploité par les papes, par les évéques et par les clercs pendant tout le moyen âge; ils oublient que, lorsque les protestants découvrirent la fraude, les ultramontains firent l'impossible pour sauver ce précieux litre de la souveraineté pontificale et de la liberté de l'Église, et qu'ils ne l'abandonnèrent que lorsqu'il n'y eut plus aucun moyen de le soutenir. Si les fausses décrétâtes sont une œuvre si innocente, si inoffensive, pourquoi les bouimes d'Église se sont-ils donné tant de peine pour en défendre l'aulheniicité? Quoi qu'ils disent, il y a un faux et un faux considérable, puisqu'il a pour objet de donner des

titres à la puissance pontiflcale et à la liberté de l'Église. Ce n'est pas le premier faux, ce ne fut point le dernier. Dès le cinquième siècle, dans ce qu'on aj)pelle les beaux temps du cbristlanisme, la cour de Rome falsifia les actes d'un concile. Dans le texte grec du concile de Chalcédoine, le pape est appelé le très saint archevêque de la vieille Rome. Dans les actes latins que Léon envoya à l'Église gallicane, ou ajouta le litre si cher à l'ambition papale de chef universel de FÈrjUse. La même falsification se trouve dans une lettre écrite par Léon à l'empereur ^ Vcibi les papes ou leurs légats pris en flagrant délit. Impossible d'endosser le faux à quelque obscur faussaire, en excusant les papes sur leur ignorance. C'est de Rome même que l'altération émane, et c'est dans l'intérêt de la puissance spirituelle des papes que le crime se commet, car crime il y a. L'on peut donc sans injustice imputer à la cour de Rome ou à sa complicité les falsifications pareilles qui ont été faites, soit dans les actes des conciles, soit dans les écrits des Pères de PÉglise ^ Qui ne sait que les faussaires romains trouvèrent moyen de transformer saint Cyprien , partisan décidé de l'égalité des évêques , en un partisan prononcé de la suprématie des papes? 11 suflit pour cela d'une interpolation aussi innocente que celle des fausses décrétaies ^.

Il y a un faussaire dont le nom est connu et qui n'en

ï Gieseler, Kirchengeschichte, t. I, 2, § 94, note 72.

> Jd.,ibid.,l, 2, § 117, note lo.

3 Id.,ibid.,l, 1,§68, note 10, et 1,2, §117, note 15.

230 l'église El L*ÉTAT.

jouit pas moins d'une grande autorité, c'est le moine Gratien, auteur de la compilation qui forme la première partie du Corps de droit canonique. Il puisa largement dans les fausses dècr étales; après la réformation, il fallut bien faire son deuil de ces chères décrélales, mais il en coula à l'orgueil romain. Chose remarquable! Malgré toutes les révisions, malgré la preuve palpable du faux, les correcteurs ultramonlains conservèrent quelques débris du faux Isidore. Les fausses décrétales ne suffirent point au saint zèle du moine italien; il renchérit sur le faussaire du neuvième siècle. Celte accusation ne vient pas de nous, elle est de Thonnéle Fleur y : « Gratien, dit-il, pour étendre l'autorité du pape, soutint qu'il n'était pas soumis aux canons ; ce qui implique que sa puissance est sans bornes. Où avait-il puisé cette monstrueuse maxime? Elle n'avait d'autre autorité que son affirmation ; cela n'empêcha pas qu'elle ne devînt une vérité canonique. » Gratien avait aussi à cœur de consolider l'immunité du clergé. Il posa en principe que les clercs ne peuvent en aucun cas èlre jugés par les laïques. Comment prouve-t-il sa proposition? Par quatre fausses décrétales, appuyées d'une fausse loi de Constantin, laquelle est rapportée dans un faux capitulaire de Charlemagne. Ainsi, de bon compte, nous avons six faux ! Gratien, dira-l-on, n'est coupable que d'ignorance. Soit! mais il y ajouta une septième falsification, et l'une des plus jolies, dont l'honneur ou l'infamie ne peut lui être disputée : il altéra si bien une Novelle de Juslinien, qu'il lui fit dire précisément le contraire de ce qu'elle dit. Voilà encore une fois un faussaire en flagrant

délit M Et les défenseurs de l'Église crient à la calomnie quand on l'accuse d'avoir toujours pratiqué cette honnête morale, que tous les moyens sont bons et licites, même le faux, quand il s'agit d'étendre sa puissance!

§ 3. La donation de Constantin.

Les fausses décrélales ne parlent pas du pouvoir sur le temporel que les ultramontains réclament pour l'Eglise; elles se bornent à revendiquer le pouvoir spirituel. Nous ne savons si le faussaire avait la conscience de son œuvre; ce qui est certain, c'est que le pouvoir spirituel est le plus solide fondement de l'ambition Icmporelle des papes. L'auteur des fausses décrétâtes jeta donc les bases de la future grandeur de la papauté et du clergé. Aussi, dès que le pouvoir spirituel de l'Eglise paraît établi par la fausse tradition des décrets d'Isidore, un autre faussaire se met à fabriquer la fameuse donation de Constantin, qui fut invoquée pendant tout le moyen âge comme le titre de la puissance temporelle du saintsiége. Mise par extrait dans le Décret de Gratien, elle figura ensuite dans le corps du droit canon, avec toute l'autorité attachée à un acte authentique.

Le faux Constantin déclare qu'il veut donner au successeur du prince des apôtres une plus grande autorité que la sienne : « Nous avons résolu de faire honorer la sacro-sainte Église romaine plus que notie puissance

» Fleury, Discours sur l'histoire ecclésiastique, IV, 6, 7; VIII, 6.

qui n'est que terrestre; nous lui attribuons toute la dignité, toute la gloire et toute la puissance impériale. » Suit la donation : « Nous donnons à Sylvestre et à ses successeurs notre palais de Latran; nous lui donnons notre diadème, notre couronne, notre mitre, tous les habits impériaux que nous portons. » Puis le faussaire répète sa thèse favorite : « Constantin veut que la dignité pontificale soit exaltée et glorifiée plus que la puissance impériale. Outre les titres, il donne aux successeurs de saint Pierre la ville de Rome, ainsi que toutes les provinces et cités d'Italie et des régions occidentales. * Cest parce que Constantin a abdiqué Terapire d'Occident en faveur du pape, qu'il transfère sa domination en Orient, et qu'il se bâtit une nouvelle capitale à Byzance: « car il n'est pas juste qu'un empereur terrestre ait un pouvoir quelconque là où l'empereur céleste a établi le chef de la religion chrétienne ^ »

Voltaire dit que cette imposture est digne de Gille et de Pierrot; qu'elle prouve « l'excès de l'absurdité de ceux qui gouvernent les peuples, et l'excès de l'imbécillité des gouvernés. » Le faux, aussi sot que gigantesque, mérite cette flétrissure; mais ce qu'il faut flétrir surtout, c'est moins le ridicule que l'odieux d'un crime, qui vicie le christianisme dans son essence, et qui veut imposer au monde la pire des tyrannies. Jésus-Christ dit que son royaume n'est point de ce monde, et voilà les papes qui réclament tous les attributs, tous les honneurs, toute la puissance de la dignité impériale! Les ultramontains

» Gieseler, Kirchcmgeschichte, t. II, i , § 20, noie 2t,

modernes se bornent à revendiquer pour le vicaire du Christ un pouvoir indirect sur le lempoiel. En vertu de la donation de Constantin, le pape serait tout ensemble roi et souverain pontife ; il réunirait dans sa main celte autorité monstrueuse qui appartenait aux Césars païens ! Qui a imaginé une pareille énormité? Le nom du faussaire est inconnu, mais il est impossible qu'il n'appartienne point à la cour de Rome : c'est elle seule qui devait profiter du crime, cesl elle seule qui a pu le commettre. Cette grave accusation ne vient pas de nous; nous ne faisons que répéter les paroles d'un archevêque : De Marca dit que la donation de Constantin a été forgée par ordre des papes. Le savant prélat appelle ce faux une fraude pieuse ^ C'est le terme convenu. Le Code pénal, moins respectueux, range cette piété parmi les crimes.

Qui invoqua la donation de Constantin? Les papes. Et dans quel but? « Il est certain, dit Urbain II, en 1090, que toutes les lies sont devenues le patrimoine de saint pierre par la libéralité de Constantin. » C'est en vertu de ce singulier litre que Grégoire VII se prétendit maître de la Corse et de la Sardaigne -. Dans les démêlés de Philippe le Bel avec Boniface VIII, les Romains se fondèrent sur la donation de Constantin, pour soutenir que «le souverain pontife était empereur et maître du monde, et qu'il pouvait établir et déposer les rois ~\ •

* De Marca, Concordia sacordolii et imperii, lib. III. cap. xii. a Gieseler, 11,2, §47, note 9.

2 Joli, de Parrhisiis, tractatus de potestate regia et papali, cap. XXII, dans Goldast, Monarchia Imperii romani.

l'église et l'état. I. — 20

Les casnistes ne se contenlèrent pas de la libéralité de Consfanliii. Plus logiques que le faussaire, ils soutinrent hardiment que l'empereur n'avait rien pu donner au pape. En eifet, le pape n'est-il pas de droit divin vicaire de celui qui est tout ensemble roi et prêlre? Constantin ne fit donc que restituer aux papes ce qui leur avait été injustement enlevé ^

L'on croirait que cette œuvre de mensonge et de ténèbres a dû être répudiée par l'Église, quand les savants démontrèrent le faux avec la dernière évidence. Il n'en est rien. Les partisans de Rome défendirent le faux tant que cela fut humainement possible. Lorsque des preuves irréfutables les obligèrent à abandonner l'acte, il cherchèrent à sauver le fond. Peu importe, disaient les ultramontains, que l'acte soit faux, la chose n'en est pas moins réelle; Constantin a plutôt fait une restitution qu'une donation, car le monde entier appartient à Jésus-Christ et le pape est son vicaire ^ C'était sauver une donation impossible par une plus grande impossibilité : la défense des ultramontains aboutit en effet à dire que le pape est non seulement seigneur de Ja terre, mais encore des mondes innombrables qui remplissent l'espace ! Qu'après cela les ultramontains de nos jours viennent dire que la donation de Constantin est une bagatelle, moins que rien, comme les fausses décrétâtes, l'histoire confond ces louangeurs d'un passé qu'ils ignorent ou qu'ils falsifient.

' Aug. Triumphiis, Summa de potestale papse quaest. 1. » Gieseler, Kirchengeschichle, t. II, pag. 4, § 136, note s.

Qui le croirait? Encore au dix-septième siècle, un savant dominicain ayant prouvé que la donation de Constantin était fausse, les censeurs romains condamnèrent sa dissertation d'une manière absolue et sans aucune réserve ^ Ainsi le faux est toujours soutenu à Rome comme étant la vérité ! Et un beau matin on verra le pape se proclamer le maître du monde! Pour le coup, il y a lieu de crier à la bêtise humaine !

Chose singulière! L'Église se dit un établissement divin; elle rapporte son origine et ses droits à Dieu. Et il n'y a pas de puissance humaine qui se soit souillée de crimes comme cette prétendue puissance divine! Ou est la royauté fondée sur des titres faux, altérés, corrompus? Tout, au contraire, dans lès prétentions de l'Église, est faux ou falsifié! Rien de plus naturel. Les institutions humaines n'ont pas besoin de faux titres ; elles établissent leur origine et leurs droits par des témoignages ordinaires. Le droit divin, au contraire, est lui-même une imposture : il ne peut donc s'appuyer que sur le mensonge. Pour avoir voulu une puissance plus qu'humaine, TÉglise a été poussée fatalement au crime; ne pouvant pas avoir de vrais titres pour prouver une prétention imaginaire, elle a dû s'en forger. Voilà comment il est arrivé qu'elle est devenue comme un atelier de faux. Ses miracles sont des faux, ses légendes sont des faux, ses saints sont pour une grande partie des

2 Natalis Alexander, Historia ecclesiastica. La censure porte : « Tota dissertalio de Donalione Gonstantini, titulo et capite plectenda, stigmalizanda per singula. »

personnages fabriqués. L'Église prit si bien Thabitude du faux, qu'elle s'en servit même dans les affaires temporelles. Nous venons de signaler les faux gigantesques; nous pourrions faire un livre sur riiistoire des faux ecclésiastiques. Ce que nous avons dit suffit à notre but. JNous combattons le droit divin de TÉglise. Quelle preuve plus évidente de l'inanité de ces superbes prétentions, que de voir TEglise obligée de recourir au crime pour se forger des litres? L'excuse même que l'on invoque pour les auteurs de ces falsifications témoigne contre l'Église. Nous voulons bien admettre que parmi les faussaires il y en ait eu qui croyaient de bonne foi à la sainteté du but qu'ils poursuivaient. Les faux quils fabriquaient étaient une fraude pieuse , nous Tadmettons. Mais que penser de la morale d'une Église qui ne recule devant aucun moyen, quelque illicite, quelque criminel qu'il soit, pour arriver à ses fins? Cette doctrine que Ton reproche aux jésuiles est donc celle de l'Église : si elle ne l'a jamais formulée, elle a fait mieux, elle l'a pratiquée. Voilà un crime plus grand que celui de faux : l'Eglise, qui se dit seule capable d'enseigner la morale, enseigne par ses actes l'immoralité la plus dangereuse. Il n'y a qu'une seule excuse que l'on puisse plaider en sa faveur, c'est qu'elle n'avait pas la conscience du mal qu'elle faisait. La moralité est progressive : la conscience moderne est plus éclairée, plus délicate que ne l'était la conscience de l'Église au moyen âge. iMais cela encore prouve que l'Église est un établissement humain.

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