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HYGIENE CORPORELLE — LES BAINS

« On impute la lèpre aux Croisades, à l’Asie. — L'Europe lavait en elle-même : la guerre que le Moyen-Age déclara et à la chair et à la propreté devait porter son fruit. Cette société subtile et raffinée craint toute purification comme une souillure. — Nul bain pendant miile ans ».

(Michelet (1). En note au chap. IX : Satan médecin).

Une telle affirmation s’appuie-t-elle sur des bases solides ?

Pourquoi, dans les premiers temps du christianisme, l'Eglise déconseilla-t-elle, non pas le bain, mais, ce qui implique une différence, la fréquentation des établis-

sements de bains ?

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C’est que, peu à peu, les bains publics de Rome et des autres grandes villes se sont transformés en lieux de débauche. Au début, les deux sexes ne fréquentaient les bains que séparément. Sous l’Empire, hommes et femmes se baignèrent ensemble, et Héliogabale, surnommé le Sardanapale romain, avait coutume de s’entourer de femmes dans son bain. Alexandre Sévère lutta contre la mollesse qui s’emparait de ses troupes. Il s’écria dans un moment de colère : «Les soldats romains ne connaissent que ie vin, les bains et lamour » (Milites romani amant, potunt, lavant). Certains se baïgnaient jusqu’à sept fois par jour. Ces soins matériels avaient moins pour but la santé que la volupté.

Cette débauche, que les empereurs Adrien, Marc- Aurèle et Alexandre Sévère cherchèrent inutilement à combatire, le christianisme naissant iui déclara une guerre acharnée.

D’après le Code de Justinien, la fréquentation d’un bain public était pour une femme un motif de répudiation (Codex Justiniamus).

Se priver de bains est pour les chrétiens une œuvre méritoire. Il en est ainsi pour les anachorètes d'Orient. Saint-Antoine ne se lave jamais que quand il lui faut traverser un ruisseau, et Saint-Evagrius dira que, pendant son séjour dans le désert, il ne prit jamais de bains. Tel noble romain, qui se fait anachorète vers lan 600, ne se lave les pieds que rarement et avec le moins d’eau possible (Weyl) (2).

Dans le cours des siècles suivants, certains ascètes considèrent toujours l’abstinence des bains comme une œuvre méritoire, vis-à-vis de Dieu. L’archevêque de

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Cologne, Bruno (965), ne se baigne que rarement. Udalrich, évêque d’Augsbourg (913), à certains jours de fête seulement. Reginhard, évêque de Liège, ne prend jamais de baïns (1037), et Nithard, aussi évêque de Liège (1048), n’en use que pendant la maladie qui l’emportera. Sainte-Agnès (1077), mère de l’empereur Henri IV, ne se baigne jamais, et Sainte-Marguerite, fille du roi de Hongrie, Bélas IV, qu'e rarement (1721) (2).

Mais ces ascètes ne sont qu’une minorité, car les pasteurs des premiers temps du christianisme ne défendent jamais formellement d’user des bains.

Un passage de Saint-Amboise (Acta Sanctorum, avril III, 576 et II) le permet aux séculiers comme remède hygiénique. Saint-Jérôme conseille seulement aux moines, aux jeunes filles et aux veuves d’éviter la fréquentation des bains publics.

Dès les premiers temps du christianisme, on construit même des bains à proximité des -basiliques, et des papes comme Saint-Hilaire (464), Symmachus (514), Grégoire IV (844) donnent cet exemple. Une épiître du pape Nicolas I aux Bulgares est caractéristique : on ne doit jamais prendre un bain par sensualité, mais bien quand les besoins du corps en réclament (Zappert, Wetzer et Welte, Hefele, cités par Weyl.

La plupart des monastères renferment un lieu spécial pour les bains. N'est-ce pas le premier devoir de l’antique hospitalité chré‘ienne que de laver les pieds des pèlerins ou des pauvres voyageurs ?

Dans les « hospitiola », fondés près de chaque égiise, la charité des clercs n’exerce-t-elle pas journellement

cet acte d’humulité ?

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L'Eglise ne supprime pas les bains au Moyen-Age ; au contraire, c’est à elle que les barbares empruntent l'usage de se baïgner (V. Priscus ds le corp. Byzant. éd. Bonn I, 187 et 253) (V. aussi de la vie de St-Germain de Paris — acta SS. 6 mai p. 785).

Tout au début du Moyen-Age, le pape Saint-Grégoire le Grand, à qui des fidèles ont demandé pourquoi certains prédicateurs peu autorisés leur interdisaient les bains le dimanche, dit expressément :

« Si la luxure et la volupté sont le mobile qui fait rechercher les bains, nous ne permettons celui-ci ni le dimanche ni un autre jour ; si, au contraire, on le prend parce que le corps en a besoin, nous ne le défendons pas, même le dimanche, car il est écrit : personne ne haïit sa propre chair, mais chacun la nourrit et la soigne (Ephès). Et, en même temps, il est écrit : Ne soignez pas votre corps par esprit de concupiscence (Rom. XIII). Ainsi l’Apôtre qui défend de soigner son corps par concupiscence, permet de le faire par besoin de santé. En effet, si c'était un péché de se laver le corps le dimanche. n’en serait-ce pas un de se laver le visage ce jour-là ? Si cette action est permise pour une partie du corps, pourquoi ne le serait-elle pas pour le reste ?». «Si pro luxuria ac voluptate quis lavari appetit, hoc fieri nec reliquo quolibet die concedimus ; si autem pro necessitate corporis, hoc nec dominicorum die prohibemus ». St Grégoire. Opera, 3° lettre du livre XI.

Ainsi, les bains voluptueux à la mode des anciens romains sont blâmables, mais le bain pris par besoin, pour la santé ou l'hygiène, ne l’est jamais : tel est le principe bien simple et bien juste posé par l'Eglise au VE siècle et fidèlement suivi dans la suite. Dès le premier siècle, un témoignage semblable nous est donné par Clément d'Alexandrie (*).

(#) Saïnt-Clément d'Alexandrie. — Collection des moralistes

chrétiens — traduct. Bardy — S$. les soins du corps. — Edit. Gabalda.

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Comment expliquer cette vieille coutume chrétienne de se laver soigneusement le samedi et les veilles de fêtes, si ce n’est par respect pour Dieu que l’on va visiter ? N'est-ce pas une grande marque de déférence, que de vouloir présenter au Seigneur un corps aussi pur que l’âme ?

« C’est la coutume des chrétiens (acta sanctorum, janvier 1, 334), dit la vie de Saint-Melaine, évêque de Rennes, et contemporain de Clovis, de se laver le samedi par honneur pour le dimanche, et de changer de vêtements pour entrer dans la demeure terrestre du Roi du Ciel, c’est-à-dire dans l'Eglise, le corps et l’âme aussi purs l’un que l’autre ».

(V. Mabüillon : acta sanctorum vrdinis S. Benedicti, sacc. IV, part. 2, pref., p. XCVII).

({sidore de Séville, op. VI, 695 ; Lanfranc, Constitutions). Dans D. Martène, traité des anciens rites des moines : « Vigiliæ Thom&æ apostoli fratres balneentur qui volunt balneari, ut duobus diebus ante Dominicam Nativitatis sint omnes balneati » :

(A propos de Lanfranc —- ce moine du XII° siècle, qui fonda l'école de lPabbaye du Bec, et fut un médecin remarquable, lire les «Les Médecins dans l’Ouest de la France», par D° Dubreuil-Chambardel, p. 12).

La vie de Saint-Césaire, évêque d’Arles (470-542), atteste encore l’usage fréquent des bains dans les communautés religieuses : elle relate la construction de grands édifices pour cette destination, et nous montre le Saint prélat ordonnant aux sœurs malades de se soumettre aux prescriptions du médecin à cet égard (acta sanctorum, août VI, 69).

La vie de Saint-Colomban, les écrits de Bède, de Grégoire de Tours et bien d’autres contiennent des

traces de faits analogues.

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La règle de Saint-Benoît, toute empreinte de charité évangélique envers les étrangers, ordonne ce qui suit :

« L’abbé donnera aux hôtes de l’eau pour se laver les mains. L'abbé et les moines leur laveront les pieds ». -

Et ce qui prouve bien que, loin d’avoir les bains en horreur, l'Eglise les regarde comme précieux pour lhygiène du corps, c’est que leur privation est donnée comme une des plus rudes mortifications auxquelles se condamnent les anachorètes d'Orient (Vie de Saint- Jean le Silencieux — acta sanctorum, 3 mai, p. 233).

Dans la même pensée, les chrétiens s’abstiennent d’en prendre pendant le carême, surtout dans la semaine Sainte et en général les vendredis.

— L'année 1105, l’empereur Henri 1V excommunié « passe tous les saints jours de Noël sans se baigner, sans être rasé » (Pertz-Mon. Germaniae, IX, 364). Saint- Bruno, archevêque de Cologne, mort en 965, «ne se mêle que rarement à ceux qui vont chercher aux bains . l'éclat du corps, quoi qu'il soit habitué dès le berceau, en raison de sa haute naissance, à se baigner fréquemment » (/bid. VI, 266). Mais la manière dont on signale cette abstention fait déjà soupçonner qu’elle n’est pas ordinaire.

En France, Charlemagne a la réputation d’être fort nageur (Pertz, Monum. Germaniæ — II — 369). Saint- Gérard, au moment d’être proclamé évêque de Toul, prend un bain et se revêt d’habits neufs (/bid. VI, 493). Les Allemans sont d’habiles nageurs et peuvent, ainsi que les Bataves, traverser le Rhin avec armes et bagages, en troupes compactes, ce dont les Romains ne sont pas capables. Les Francs se couchent sur leurs boucliers

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et traversent ainsi le Rhône (Heyne - Korperpflege). Otto IT (973-983) s’échappe de prison grâce à son habileté dans la natation, et Frédéric II périt en se baignant dans un fleuve (Pertz, Monum. Germ. V, 766 : « Sed imperator, viribus suis et arte natandi confisus, ut stetit in prora, mare velociter insiluit »).

Le conseil précédemment cité de Saint-Jérôme, d'éviter la fréquentation des bains publics, est strictement suivi par les religieux. Cependant, la pratique des bains est ordinaire dans les couvents, dès les temps les plus reculés. Sur le plan du célèbre couvent de Saint- Gall (voir : hygiène de l’habitation), on trouve mentionnée une installation de bains (balneatum) pour les élèves, les serviteurs et les malades. Elle est située en partie à côté des cuisines, en partie à côté des chambres à coucher (2).

Des bains sont également construits dans le célèbre couvent de Farfa. Comme, en définitive, les bains procurent une sensation de plaisir, les religieux bien portants, d’après la règle de Saint-Benoît, n’en useront qu'avec circonspection, tandis que les malades pourront le faire toutes les fois qu’il sera nécessaire (Migne, Patrologia, vol. IX, pages 582, 594. N° 36 : « ….Balnearum usus infirmis quotiens expedit offeratur : sanis autem, et maxime juvenibus, tardius concedatur ».

Nombre de couvents sont construits à proximité des sources thermales et Dagobert | abandonne, en 676, au couvent de Weissenfels, les bains construits par les Romains (Zappert). En 1420, les abbés bénédictins sont avertis par leur provincial d’avoir à construire des bains dans leurs couvents (Jbid.) et jusqu’au XVI: siècle, la plupart des couvents français possèdent des

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bains pour les clercs et les pauvres, et l’usage en est gratuit (Dupouy) (3).

Dans les monastères, l’usage des bains est également réglementé par les Conciles. En 803, le Concile d’Aixla-Chapelle, répétant le principe émis par Saint-Grégoire.le Grand, décrète que les religieux. dont Ia santé réclamera ce soin pourront se baigner au commencement du carême, qu’il sera fait ample provision de baignoires (copiæ balnearia) et que les membres de la communauté se laveront leurs corps chacun en particulier, se rendant toutefois les uns aux autres les services nécessaires (Concilia Germanica, 1, 381).

Peu de temps après, en 817, une assemblée des principaux abbés de France, tenue au même lieu, dans le palais de Louis le Débonnaire, décide que l’usage des bains dans les couvents sera réglé par les prieurs de chacun d’eux.

Des statuis, sur ce point, rédigés par Lanfranc au XII siècle, nous apprennent comment les choses se passent dans les maisons soumises à son autorité : un ancien moine doit avoir soin que tout soit prêt au lieu où les religieux prennent jes bains et qu’il y ait des serviteurs pour les assister ; il appelle ensuite les frères, qui n’ont liberté de s’y rendre que depuis Prime jusqu’à Complies. Arrivés au bain, après’ s'être fait raser. ils se retirent chacun dans un petit réduit, fermé d’un rideau ; ils trouvent là une espèce de cuve appelée tine (tira), dans laquelle ils prennent le bain en silence (D. Martène. loc. cit).

Dans la seconde partie du Moyen-Age, les bains froids et chauds sont tellement entrés dans les habitudes de toutes les classes que les établissements balnéaires sont

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soumis à des droits seigneuriaux, à l’instar des moulins, forges, débits de boissons, etc... «dem Hubricus et sui successores legitimi stubam balnei liberam possidebit ». Charte de l’empereur Henri IV, 1270; — « Omnes census, judicia, salinas, stubam balnearem.. ». Charte de l’évéque de Mayence, 1325 (In : Lecoy de la Marche, la Société au XIII siècle. Les bains).

Une cérémonie bien connue, celle de la réception des chevaliers, est toujours précédée, la veille, d’un bain symbolique et toutefois réel. On se baigne après une fatigue, un comba*, un retour de voyage, en sortant de prison et dans mainte circonstance où le bain n’a pas d’autre but que lhygiène:

« Si fatigatio accidit in itinere, cum ad hospitium pervenerit, per unam horam quiescat ; deinde balneum intret, et in eo maneat donec caro lenis et rubea fiat > (Arnaud de Villeneuve, op. 76 — XIV: siècle).

Un singulier proverbe explique les mœurs allemandes et les vieux errements de la médecine: Veux-tu du plaisir pour un jour ? Va au bain ; — pour une semaine ? fais-toi saigner ; — pour un mois ? tue un cochon ».

L'eau des bains est préparée dans une marmite spéciale chauffée à feu nu, et additionnée de lessive, que Jon obtient en lavant des cendres. L’usage du savon, dont Charlemagne fait ample provision pour son emploi personnel, est plus rare, bien que mentionné dès le VITE siècle.

Plus tard, on s’en sert plus souvent ; les meilleures sortes en viennent de Venise (2). Les pâtes dentifrices sont connues : en voici une recette, tirée des conseils hygiéniques d’Albert le Grand : «Prenez une once de myrrhe bien pilée, 2 cuillerées de miel blanc, un peu

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de sauge verte bien pulvérisée, et vous en frottez les dents matin et soir» (p. 164).

Au Moyen-Age, toutes les villes et de nombreux villages d'Allemagne possèdent des bains publics et notam- ‘ment des bains de vapeur (Weyl, p. 109).

A Valenciennes, Abbeville, dans tous les centres de quelque importance, des personnes de toutes conditions fréquentent les établissements de bains, les étuves. Les riches comme les pauvres ont coutume d’y soumettre leurs petits enfants. Toute habitation un peu aisée est pourvue de sa «cuve à baignier», et l’on n’est pas médiocrement surpris de trouver de petits établissements de bains dans de simples hameaux.

A Warcy, sous Clermont-en-Beauvaisis, Chaufournier vend chaux et sa femme maintient «une peïites estuves » (Arch. nat. sect. historiq. JJ. 120 N° 66 — cite par Luce — Hist. de Bertrand du Guesclin, p. 68).

À partir du XII: siècle, lhabitude des bains chauGs et froids se répand dans les campagnes, et l'usage du linge de corps se généralise dès le XIII siècle.

La propreté corporelle est, semble-t-il, bien supé-. rieure à celle des XVI, XVII: et XVIII siècles.

Les races rurales d'Occident sont alors lourdes et gauches, mais pleines de vigueur et de santé (Boissonrade (4), le travail dans l’Europe chrétienne, p. 325). En France, et notamment à Paris, les bains publics se multiplient. Il n’y a qu'à feuilleter le dictionnaire historique des rues de Paris pour le constater : la rue des Eïuves Saint-Martin est déjà construite en 1230, la rue Geoffroy des Bains en 1350, l'impasse des Etuves à Ja même date, la rue du Four avec ses étuves Poquelé, etc.

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Les bains de vapeur passent pour préserver des maladies contagieuses comme la lèpre, tandis que lon redoute la contagion par les baignoires (Kriegk). A louverture des bains, le tenancier sonne de la trompe où bien accroche son enseigne, A Paris, des crieurs publics annoncent que les bains sont prêts (3).

Vu leur bon marché, les bains sont fréquentés par iout le monde, jeunes et vieux. L'accès n’est que de 2 deniers parisis pour les étuves et de 4 pour les bains.

Comme c'est ie samedi soir que les gens se baignent de préférence, ce jour-là, on laisse libre les artisans et les apprentis pendant la dernière heure de travail. A Ulm, ieur pourboire, payé par les corporations, leur sert d'entrée aux bains (Weyl).

Se baigner est d’usage si répandu qu’en être privé n’est plus seulement considéré comme une mortification pénible, mais est parfois statué comme puniton d’une faute grave : Henri IV, roi de France, 1589- 1610, la subit pendant toute la durée de son excommurnication (Dupouy).

L'Eglise facilite l’usage des baïns aux pauvres, par un grand nombre de fondations venant de personnes riches. On appelle ces fondations, dans lesquelles on donne gratuitement des bains le jour anniversaire de la mort du fondateur, des «bains pour le salut des âmes » (balnea animarum), parce qu’ils ont été institués dans le but de sauver les âmes de leurs fondateurs (Weyl, p. 110). Ces baïns se rattachent aux xénodochies, anciennes hôtelleries destinées aux pèlerins, et dans lesquelles on les accueille en leur offrant un bain chaud. Mais quand les établissements de bains rattachés aux hôpitaux furent mis en location, leur fréquentation aurait

op

été impossible aux pauvres sans les fondations dont nous venons de parler.

Une des plus anciennes fondations de bains (Seelbader) est celle qui se trouve annexée au vieil hôpital de l’ermitage Saini-Georges, dans les Pays rhénans. Là, les ermites donnent leurs soins aux baigneurs des deux sexes, jusqu’à ce que cela leur soit interdit en 1426 (Weyl, p. ID). Les grands bains de Baden-Baden sont encore ouverts en 1480, « à la grâce de Dieu > pour les pauvres gens. Un grand nombre de villes ont des imipositions particulières sur les bains, « obole des bains », qui permettent la libre entrée des indigents.

L’accès des bains des chrétiens est interdit aux Juifs (Concile de Vienne (5), en 1267 : « Prohibemus insuper ne stubas et balnea seu tabernas christianorum frequentent ». Can. 16). Cette défense est du reste autant dans leur intérêt que dans celui de la tranquillité générale. Le Concile de Freising, en 1440, leur renouvelle cette interdiction ; mais ils ont le plus souvent leurs bains particuliers comme à Andernach, Augsbourg, Francfort-sur-Mein, Fribourg, etc. (Weyl, p. 110).

Avec le temps et la multiplication des établissements, les abus devaient reparaître. On réadmet aux bains les deux sexes à la fois, malgré maintes interdictions de l'Eglise (Synode de Trullan, en 692 ; Synode de Laodicée, en 350) (6).

Vers 1746, à Wildbad, le duc Guillaume de Saxe reste au bain de 8 à 10 heures par jour, en compagnie de la comtesse de Wurtemberg et de ses dames d’honneur (Weyl, p. 112). Certains établissements hébergent parfois des prostituées.

Les bains publics de Paris ne sont bientôt plus fré-

quentés que par les hommes et les filles de mœurs légères. A Avignon, l'Eglise défend aux ecclésiastiques, aux employés, aux hommes mariés, la visite de certains établissements, qui ne se distinguent qu’à peine des maisons publiques. L’infraction à cette règle est punie de jour de 20 marcs d’argent, et de nuit de 25 marcs. En 1441, les statuts de l'Eglise de cette ville interdisent aux clercs l’entrée des « étuves du pont» comme étant un lieu de débauche public (+). En 1448, cette interdiction est renouvelée par le Conseil de la Ville (Martène — anecdotes, IV, 585; — Dupouy). En 1480, une ordonnance du roi à Péronne, cinq ans après une délibération du Conseil de cette même ville, contient une mesure meilleure : il est défendu aux filles de joye de demeurer, ni de converser aux étuves.

Ces abus, au fur et à mesure que l'Eglise perd sa place prépondérante dans l'Etat, ne font que s’étendre. Ils ne diminuent qu’à la fin du XVI et au début du XVII siècle, au moment où les baïns cessent d’exister,

(#) Pièce N° 11. — Statuta synodalia Ecclesiæ avignonis : Les étuves du Pont Trocat, lieu de prostitution sont interdites aux ecclésiastiques et gens mariés.

Item considérant que les étuves du Pont Trocat de la présente cité sont lieux de prostitution, dans lesquelles les prostituées des lupanars se livrent publiquement et manifestatement à la fornication, par ces causes, les officiers temporels de ladite cité, ont décidé d’interdire aux hommes mariés d’oser s’étuver dans ces étuves, qu’également il serait déshonnête et contraire à la décence de permettre aux personnes ecclésiastiques, dont la vie et les mœurs doivent offrir l'exemple de la décence, de fréquenter des lieux semblables. et ce, sous peine d’excommunication et d’une amende de 20 marcs d’argent pour la nuit et de 10 marcs pour le jour, applicable au Fisc de la Cour Episcopale (7) D' Le Pileur Prostitution du XII au XVII° siècle).

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en tant qu'institutions populaires (Weyl, p. 119). Certains bains de Paris servaient de rendez-vous aux femmes galantes, et devinrent le théâtre de dérèglements contre lesquels tonne le cordelier Olivier Maillard, docteur de Sorbonne et prédicateur de Louis XI (Lecoy de la Marche) (8).

Ces désordres, on le voit, sont coordonnés au relächement universel des mœurs, qui signale cette époque si vantée de la Renaissance. Le. Moyen-Age n’en est pas responsable, l'Eglise encore moins.

En ce qui regarde l’hygiène corporelle, les lois ecclésiastiques n’ont donc jamais «entretenu ia malpropreté », qui n’a jamais été à l’ordre du jour <« durant 10 siècles ».

L’affirmation contraire suppose une grande ignorance du Moyen-Age ou une grande mauvaise foi.

Nota. — Les témoignages sur l’hygiène corporeile abondent ; on peut consulter notamment les lexiques de Ducange et de Rainouard, les tables des Conciles, la médecine de Salerne. les vies des Saint, les règles des ordres religieux.

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