‹ L'Église et l'Hygiène au Moyen-ÂgeChapitre 76 sur 77 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Dans les progrès de l’hygiène au cours des âges, une grande part revient au Moyen-Age, et dans cette période la première place est à l’Eglise. Nous retrouvons son rôle dans l’hygiène individuelle et dans l’hygiène collective. L'assistance publique lui doit sa naissance et lPhygiène sociale ses premières réalisations.

La propreté corporelle est l’objet de soins indéniables. La multiplicité des établissements de baïns jusque * dans les plus petits bourgs, les fondations pieuses pour permettre leur fréquentation aux pauvres, en témoignent. La manière dont on signale l’abstention de certains ascètes pour tout soin corporel fait bien soupçonner qu’elle n’est pas ordinaire, et certaines coutumes, tel le bain du samedi et des veilles des grandes cérémonies, prouvent bien que la propreté du corps n’est pas négligée.

Dans la réprobation des toilettes indécentes, le réformateur a bien souvent en vue non seulement la morale mais l’hygiène. Les attaques des prédicateurs contre les chevelures postiches, par exemple, sont des plus probantes. Bien plus, dans les anathèmes lancés contre la mode, outre l’indécence, l’Eglise signale maintes fois non seulement le danger pour la santé, mais encore pour la beauté du corps.

Il est d'usage dans les établissements hospitaliers, dans les couvents, de veiller à la propreté des mains avant de se mettre à table. Les règles portées par l'Eglise sur l’usage ou l’abstention de certains aliments ont une valeur hygiénique qui n’a plus besoin d’être défendue.

La protection et l’assistance sont assurées à la femme enceinte. Les soins spéciaux, qui lui sont nécessaires avant, pendant et après l’accouchement sont prévus dans les statuts de nombreux établissements. Le nourrisson n’est pas l’objet d’une sollicitude moins grande. Les Capitulaires, les arrêts conciliaires, les statuts hospitaliers en font foi. L’orphelin ne reste pas sans protecteur : il est recueilli dans des asiles ou des hôpitaux dont le nombre est grand, puisque, pour le seul ordre hospitalier du Saint-Esprit de Montpellier, une bulle du pape Grégoire XI, du 12 août 1372, énumère plus de cent hospices situés en France.

La vie du moine au couvent est réglée par les constitutions de l’Ordre. Si les privations nous paraissent trop sévères, sachons qu’elles peuvent être modifiées suivant les individus ou les circonstances : « beaucoup parmi vous, dit Saint-Bernard, sont faibles et délicats, beaucoup ont besoin, à cause de leur âge ou de leurs infirmités, de quelques adoucissements à la règle commune ».

Le religieux malade a les soins qui lui sont nécessaires. Dans chaque couvent est construite une infirmerie, isolée des bâtiments claustraux ; un moine choisi comme thérapeute la dirige, assisté de frères infirmiers. Dans les grandes abbayes, ce bâtiment acquiert une telle importance, qu’à Citeaux, par exemple, en 1094,

quatre-vingts lits seront assurés. On y reçoit, non seulement les malades du monastère, mais aussi ceux du voisinage. Dès le haut Moyen-Age, les hôpitaux de couvents répartissent sur tout le territoire alors couvert d’abbayes, un réseau déjà dense d'établissements d’assistance publique.

A Rome, le nom des papes s’attache à l’histoire urbaine. L’assainissement de certaines régions françaises et anglaises, du sol des Pays-Bas et de la Basse Allemagne a pour principaux artisans les ordres monastiques. Les deux mille prieurés de nos Clunisiens, les trois mille deux cents abbayes de nos Cisterciens, les nombreux monastères de nos Chartreux et Prémontrés sont les centres de ces milliers de pionniers.

Si l’hygiène de l’habitation s’accuse longtemps des plus rudimentaires (et le Moyen-Age est bien loin d’être la seule époque à supporter cette critique), dans les établissements relevant des pouvoirs ecclésiastiques, par contre, les conditions d'hygiène sont souvent bien supérieures.

La lutte de l'Eglise contre la prostitution est intéressante à connaître. Indirectement, elle oppose d’abord à la dissolution des mœurs de la décadence romaine la sanctification du mariage, et à la dureté barbare des lois païennes pour les filles inscrites au tableau de la débauche sa miséricorde ; elle veut aplanir les voies du reiour et du pardon devant les victimes des passions.

Directement, elle attaque la prostitution dans ses effets et dans ses causes. Elle l’interdit avec la plus extrême rigueur aux fidèles, elle frappe d’ignominie les prostituées, et fait une lutte sans merci contre le proxénétisme. Les décrets promulgués sont de deux

ordres : les uns veulent une prohibition absolue, mais ils ne sont possibles qu’avec l’appui réel et sincère des pouvoirs publics ; aussi ne donneront-ils de résultats que sous Saint-Louis. Les autres, plus tolérants, car il lui est alors impossible de faire autrement, sont basés sur la surveillance étroite de la prostitution, l’interdiction de la multiplication libre des lieux de débauches, leur relégation loin des quartiers fréquentés, et la condition sociale avilissante des prostituées. C’est ce second mode de répression qui est à peu près général au Moyen-Age. On le retrouve dans les articles du Concile de Milan, sous l’épiscopat de Saint-Charles Borromée, il résume les mesures prises antérieurement au cours des différentes phases de la lutte contre ce mal.

Pour en supprimer la cause, l’Église veut permettre aux prostituées une vie différente. Son action sera double, multiplier, d’une part, les maisons de retraite pour filles galantes, afin de leur permettre une fin de vie toute autre ; diminuer, d’autre part, le recrutement de la prostitution en facilitant l’existence et le mariage des filles pauvres par la fondation de dotations. Mais ce qu’elle prône avant tout n’en reste pas moins l’éducation morale de l’homme.

La plus belle réalisation sanitaire de l'Eglise est la fondation des hôpitaux. Dans ceux-ci, il y a loin de Pencombrement des siècles suivants. Une grande propreté est assurée au malade et son linge est changé au moins une fois par semaine. Avec lappui des ordres religieux hospitaliers, le personnel soignant ne manque pas, et les hospices peuvent s’élever en grand nombre. Au XIII siècle, la France en comptera deux mille, et

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d’après le testament de Louis VIII autant de léproseries. Le Moyen-Age prépare dans le domaine de l'hygiène le grand système sanitaire dont nous bénéficions. |

Les premières mentions d’ordre public destinées à combattre les grandes épidémies sont dûes à l'Eglise. En face de la peste, du mal des ardents, de la lèpre, elle tend les premiers cordons sanitaires, fonde les lazarets, les hôpitaux pour démembrés et les maladreries.

Cet effort immense mérite d’être apprécié à sa juste valeur. Comme tout le Moyen-Age, et sans doute pour les mêmes raisons, il a été méconnu. Et pourtant n’a-t-il pas façonné le plus gros de l'arsenal hygiénique moderne ? Rendons-lui donc l’hommage que nous lui devons, et dans cette longue période, sachons reconnaître le bien fait par l’Eglise pour la protection de la santé publique.

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LE Doyen, LE PRÉSIDENT DE THÈSE, BALTHAZARD. LAIGNEL-LAVASTINE.

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