CHAPITRE X
§ 1. — Les théoriciens de la croisade.
Loin de soulever rOccident et de déterminer le départ d'une croisade, la nouvelle de la prise de Saint-
BIBIilO GRAPHIE. — Sources. Lettres des papes : Registres de Nicolas IV (1288-1292), éd. E. Lan'glois {Bib. Ec. franc, de iîome). — Boniface vni (1294-1303), éd. Faucon et Thomas {id.). — Benoît XI (1303-130'»), éd. Grandjean. — Clément V (1305-1314), éd. des Bénédictins, Rome 1885-88, 7 V. — A partir de cette date les registres des papes sont inédits. L'École française de Rome a entrepris pour le xiv« siècle la publication des lettres curiales relatives à la France (Jean XXII, éd. Coulon. — Benoît XII, éd. Daumet); quelques-unes ont trait aux affaires d'Orient et à la croisade. Beaucoup de lettres pontificales figurent enfin dans les Annales Ecclésiastiques de Raynaldi, la Collection des Conciles de Mansi, etc.. Sur les lettres des papes échangées avec les souverains mongols ou les missionnaires voy. plus loin.
Vies des papes. Baluze, Vttœ paparum Avenionensium. Paris, 1693, S V. (Biographies des papes du xiv« siècle. Voy. pour la critique de ces sources Molimer, les Sources de VHistoire de France, IV, p. 97 et suiv.).
Actes du Concile de Vienne (1312) : Raynaldi, Ann. Eccles., 1311 noSS, (Mémoire d'un évéque français). Le P. Eurle, Zur Vorgeschichte des Conzils von Vienne {Archiv fur Littéral, und Kirchengesch. des Mittellalters, U-Ul).
Mémoires sur l'Orient et plans de croisade : Fidence de Padoue, frère mineur (vers 1291), Bib. Nat.,lat. 7247, f<» 85-126; analyse dans Delavilii Leroulx, La France en Orient auXIV^ siècle, p. 19 et suiv. — Charles II roi de Naples (vers 1293), Bib. Nat, fr. 6049; analyse dans Delaville-J-f roulx, p. 15-18.— Galvano dcLevanto, médecin génois (adressé à Philippe le Bel vers 12<)5\ de Recuperatione Terrx Sanctse, éd. Kohler, Rev. Or. lat.^ VI, 343 et suiv. — Pierre Dubois, avocat de Coutances (vers l305-i307\
Jean d'Acre paraît n'y avoir produit au contraire qu'un découragement universel. Malgré les prédications, les
De recuperatione Terrœ Sanctee, éd. Langlois, Co/iec^ de f/'^'-^f;^ laume de Nogaret (vers 1307), éd. Boutar.c [Not et ext. de documents tnédîts relatifs à Vhist. de France 'ou^Jn^^PPeleBe^^^^^^^^ Henri II roi de Chvpre, éd. de Mas-Latrie, Histoire de Chypre, II, 148. - S hon "; Gr'an^on, gard'ien des Iles normandes (l^,J quart du x.v- s.ec^e vov KoHLEH. Rev. Or. lat., X, 406 et suiv. - Guillaume d Adam, domi ikain archevêque de siltanyeh, De modo Sarracems extirpandi Wrs 1310) éd KoiiLER, publié dans le tome II des Documents Armeïniens des croisades. M. Kohler a pu, en outre, attribuer à Guillaume d'Adam le Directorium ad passaglum faciendum mis jusque-la sous le nom du dominicain Brocard {Documents arméniens, t. II). — Jacaues de Molav, grand maître du Temple (vers 4307), éd. Baluze, Vitœ ^^parum Avènion., II. l7G-i85. - Foulque de Villarel, grand maître de ^pital, éd. PETIT, Biblioth. Ec. des Ch., 1889. - f>ton,ro. d'Arménie (vers 1307), 4« partie de son Histoire des Tartares (éd. Docu- Zents Arméniens] I). - Marino Sanudo de Venise (vers ^324), SecreiaF^delium Crucis, éd. Bongars, II (analyse dans Miciiaud, B'^i'^^^-f'^l"^ .sades I). - Ravmond LuUe, Œuvres, éd. Salzinger, Mayence, 1721, 10 vol. — Vie par un de ses disciples, A. Sanct. Bolland., 5 juin.
Rapports avec les Mongols. Voyageurs et missionnaires : Correspondance des papes avec les Khans mongols : voy. les études eril.ques de Chabot sur les relations d'Argoun avec l'Occident (Keu. Cr.lat., Il, p 560 et suiv.). - Lettres des papes relaiives a Guillaume d Adam archevêque de Sultanyeh (éd. Kohler. Rev. Or. lat., X, 46 et suiv.). - Histoire du patriarche Mar Jabalaha III (patriarche nestorien de Chinç) et du moine llabban Çauma(trad. du syriaque par Chabot, Rev. Or. lat., I et II), récit du voyage de Rabban Çauma en Occident et des rapports d'AiRoun avec les papes. - Jean de Montecorvino, archevêque de Pékin Lettres, éd. Mosuein, Bibliotheca Sinica. - Guillaume de Hubrouck (Rubruquis), éd. de Backeu. Ricolde de Montecroce, dominicain mort en 4310 après avoir été à Bagdad, Liber peregrinatioms, cd. de Backer {L'Extrême-Orient au moyen âge). - Oderic de Pordenone (Frioul)» franciscain (4-28o-1331), parcourt l'Asie, 1317-1329, Peregrtnatto éd. CoRoiER -Jean de Maundeville, de Saint-Albans (1300-1372), cd. Halliwell. Londres 1839, éd. de Backer, L'Extrême-Orient au moyen âge (sujet a caution)'. - Guillaume de Sauvico, carme, écrit vers 4291 une histoire des carmes de Terre Sainte, éd. A. Sanct. Boll., mai III, LX-LXIV.
Monographies. — DELAViLLE Leroux, La France en Orient au XIV" siècle Paris l885(ouvrage d'ensemble sur lesplanseties tentatives des croisades) — Bridrey, La condition juridique des croisés et le privilège de croix Paris, 1900. - Magnocavallo, Marin Sanudo iî vecchio ilsuoproaettodi Crocmfa, Bergame. 1901. - Fourmer, Joac/itm de Flore, ses doctrines et son influence (R. Q. H., LXVII, 4900, p. .'.57-505j. - Haureau, Raimond Lulle {Histoire Littéraire de la France, XXIX, avec bibliogra- Dhie) — M. André. Le bienheureux Raymond Lulle. Pans, 4900... — De BoislIsle, Projet de croisade du premier duc de Bourbon. Annuaire de la Soc. de l'Hist. de France, IX. - Loi, Essai d'intervention de Charles
appels du pape, les promesses de toute sorte, aucune nouvelle expédition ne partit pour aller reconquérir la Terre Sainte. La période des croisades générales était bien close : les seuls efforts entrepris désormais en Orient ne produiront plus que des expéditions particulières et incohérentes. En revanche si Ton agit peu, on raisonna beaucoup : pendant la première moitié du XIV® siècle, la chrétienté semble se recueillir, étudier avec un soin minutieux les causes de ses échecs et préparer par cette enquête un avenir meilleur. Aucune époque ne fut aussi féconde que les vingt-cinq premières années de ce siècle en traités de toute sorte adressés au pape et aux souverains et destinés à fournir la meilleure méthode pour conquérir et gardei la Terre Sainte. La multiplicité de ces opuscules dont les archives nous révèlent sans cesse de nouveaux exemplaires encore 'inédits, suffit à montrer combien l'idée de la croisade préoccupait encore les esprits en Occident: leurs auteurs, vrais publicistes du xiv® siècle, ont tenté de faire appel à la puissance de l'opinion publique ; plusieurs de ces traités en effet ont été répandus dans toute l'Europe, mais l'intérêt de curiosité qu'ils rencontraient ne dépassait guère le domaine de
le Bel en faveur des chrétiens d'Orient, {Bib. Ec. des Ch. 1875). — Pro^ jets de croisade sous Charles le Bel et sous Philippe de Valois {id.., 1879). — BouREL DE LA RoNCiKUK, Une escadre franco-papale, 1318-1320 (Mél. d'Archéol. et d'Histoire, École franc, de Rome, 1893j. — Petit, Charles de Valois (1270-132:)). Paris, iOOO. — ëciiLVMnEwGER Expéditio7i des AU muyavares en Orient. Paris, 1902, — Delaville-Leroulx, Les Hospitalières en Terre Sainte et à Chypre, Paris 1904.
Ouvrages généraux sur les missions (voy. Introduction). Rémcsat, Biographie de Jean de Montccorvin (Biographie Universelle Didot). — EuBEi., Die wàhrend des XIV Jahrhunderts im Mis<<ionsgebiet der Dotninikaner und Franziskaner errichteten Bisthûmer {Festschrift zum Jubilàum des deutschen Campo Santo in Rom. Frihourg en Brisgau, 1897). — Bitou, L'Évangélisation de VInde au moyen âge {Etudes des P.P. de la Compagnie de Jésus, t. LXXXVII, 1901). — Kouleu, Etude sur Guillaume d'Adam, archevêque de Sultanyeh (Documents arméniens des Croisades^ II, sous presse).
'a théorie : dans Tenthousiasme avec lequel les contemporains de Philippe le Bel accueillaient les écrits relatifs à la Terre Sainte, il y a quelque chose du ca- ;actère platonique des vœux que les récits des soufrances des Arméniens, des Cretois ou des Macédo liens ont produit à une époque voisine de nous. L'esprit déjà tout réaliste qui dirigeait dans la recherche le leurs intérêts les états du xiv*^ siècle était le prinîipal obstacle au soulèvement général de l'Europe en aveur de l'Orient.
Tous ces plans de croisade contiennent une partie îritique ; la plupart de leurs auteurs ont bien analysé es causes de la destruction des colonies chrétiennes, lésunion des princes, affaiblissement de l'ardeur religieuse, indiscipline des croisés, rivalité entre les orires militaires, commerce des Italiens avec les infîièles : ils diffèrent au contraire sur les moyens qu'ils )roposent pour remédier à ces maux. Il faut mettre 'abord à part un certain nombre de purs théoriciens [ui n'ont aucune connaissance de l'Orient et s'inquièent surtout des conséquences politiques delà croisade: els sont les légistes de Philippe le Bel, Pierre Dubois t Guillaume de Nogaret. Leurs idées sont peu favoables au pouvoir de l'Eglise : il semble qu'ils aient oulu pousser le roi de France à reprendre pour son omptc la politique gibeline d'Henri VI, de Frédéric II ou e Charles d'Anjou. Le traité « De recuperatione Terrse
anctae » de Pierre Dubois, avocat royal à Coutances, st dédié vers 1307 au roi d'Angleterre, Edouard P% qui epuis son expédition de 1270 n'avait jamais cessé de émoigner le plus grand zèle pour la croisade. L'aueur a bien compris que le principal obstacle à la roisade est dû aux discordes qui divisent les états hrétiens. Un concile général établira donc la paix ntre les princes : les récalcitrants seront réduits par
la force; tout commerce avec eux sera interdit et l'on déportera leurs sujets en Orient pour coloniser la Palestine*. Un tribunal d'arbitrage européen composé de trois évéques et de trois laïques, inaccessibles à la corruption, réglera les conflits, sauf le droit d'appel au pape. L'Empire sera rendu héréditaire au profit d'un prince français ^. L'église abandonnera ses possessions : le roi de France recevra à bail emphytéotique le patrimoine de Saint-Pierre : le pape viendra vivre en France, les cardinaux reviendront à la pauvreté, les évêques abandonneront leur temporel ^, les Templiers et les Hospitaliers seront réunis en un seul ordre ^, et tous les revenus des biens ecclésiastiques ainsi confisqués fourniront des ressources illimitées pour la guerre sainte. Les armées de croisés prendront des routes différentes, suivant leur pays, mais elles marcheront partout en bon ordre, les différents corps distingués par un uniforme, un drapeau, une musique militaire. Un gouvernement régulier sera établi en Terre Sainte où chaque ville aura un « dux belli » auquel seront subordonnés des centurions et des chefs de cohortes de douze hommes ; chaque état chrétien entretiendra un grand hospice pour recevoir ses nationaux ^. Enfin le seul moyen de rendre stable un état chrétien en Orient est de gagner les indigènes et de réunira l'église romaine les sectes hérétiques; il faudra pour cet objet des interprètes capables de parler et d'écrire les langues orientales. Les écoles où l'on enseignera ces langues seront créées dans les prieurés du Temple et de l'Hospital ; les femmes elles-mêmes seront des auxiliaires de cette œuvre ; les monastères de
i. De récupérât. Terrse Sanctae, éd. Langlois, 1-9.