L'Œuvre de Limoges
points restés obscurs, n'ont pu, en bien des cas, que confirmer les conclusions de M. Darcel, dont la sagacité a été bien rarement trouvée en défaut. Outre les rares objets qui, pour une raison ou pour une autre, avaient échappé à son examen, quelques autres sont venus depuis enrichir cette collection unique en France. Le plus important est le coffre en bois recouvert de cuir et enrichi d'émaux, dont nous parlerons en son lieu, et donj nous raconterons la découverte, faite en 1875.
On sait par quel concours de circonstances le trésor de Conques a échappé au vandalisme révolutionnaire. Lorsque les envoyés de la Convention vinrent pour s'en emparer, un pieux complot l'avait mis en lieu sûr. Quelques habitants, à la faveur dune nuit orageuse, avaient forcé l'armoire qui contenait le trésor, et s'en étaient partagé les pièces. Le matin arrivé, on sonna le tocsin, et le bruit se répandit que tout avait été dérobé. Des chaudronniers avaient passé la veille dans le bourg et avaient visité l'église; ils étaient partis avant le jour; ils devaient être, disait-on, les auteurs du larcin. On se mit aussitôt à leur poursuite, mais, heureusement pour eux, sans pouvoir les atteindre.
Lorsque la Révolution fut passée, ceux qui avaient en leur possession les objets sauvés les rapportèrent fidèlement au sanctuaire de Sainte Foy. Aujourd'hui encore les habitants de Conques sont fiers de leur trésor. Ils sont les dignes fils de ceux qui 1 ont arraché à une perte certaine, alors que, d'un bout de la France à l'autre, tant d œuvres d'art de toute sorte disparaissaient à jamais.
Au nombre des projets de réédification et de res-
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tauration relatifs à l'abbaye de Conques et à ses dt'pendances, existe celui de la construction d'une salle spéciale, dans laquelle le trésor, rangé avec soin dans des armoires et sous des vitrines commodes, pourrait être examiné et vénéré aisément. En attendant l'exécution de ce projet, c'est dans une salle du presbytère, aménagée à cet effet, que nous irons voir cette collection vénérable aussi bien pour le chrétien que pour l'artiste. Grâce aux soins éclairés de Mgr Bourret, évêque de Rodez, les nombreuses reliques que renferme le trésor ont été l'objet d'un examen attentif et scrupuleux ; l'inventaire détaillé en a été dressé par ses ordres, et la piété la plus prudente n'a rien à craindre au sujet de leur authenticité.
Examinons lune après l'autre les pièces qui le composent en suivant, dans la mesure du possible, l'ordre chronologique.
RELIQlAIRli DE PKPIN
Haut. : 0. 18. — Long. 0.18. — Prof. : 0.09.
Voici la pièce la plus ancienne du trésor de Conques. On l'a attribuée à Pépin le Bref, jusqu'au jour où M. Ch. de Linas a prouvé qu il fallait la rajeunir d un siècle environ, et qu'il suffisait de la faire remonter à Pépin, fils de Louis le Débonaaire, qui régnait en Aquitaine au ix^ siècle (817-838). C'est, en tout cas, l'une des pièces d'orfèvrerie les plus anciennes qui se voient en France, au moins dans ses parties principales. Ce reliquaire, en effet, comme plusieurs autres objets du trésor de Conques, a été remanié à des époques différentes, qui y ont
successivement ajouté de fragments de diverses provenances.
Il est en forme de coffre rectangulaire, couronné d un toit à quatre rampants, et formé de plaques d'or appliquées sur une âme en bois. L'or employé est en grande partie rouge ; les parties qui semblent les plus anciennes sont en or jaune.
Cinq des côtés de la face ont une bordure en filigrane avec cabochons et intailles. Au milieu du coffre est fixé un Christ en croix, entre la Vierge et saint Jean. La croix a une double bordure de filigranes séparée par des perles fines serties. Le titre de la croix est en lettres de filigrane tordu. Sur le toit sont représentés le soleil et la lune, entourés de filigranes et de perles. Sous les bras de la ci'oix, deux ouvertures rectangulaires permettaient de voir
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les reliques. Enfin toutes les parties visii)les du fond sont couvertes de dessins de filigranes figurant des iin!)rieations qui renferment des fleurons.
Au revers, la partie j)oslérieure du toit a une hoi'dure en vermeil repoussé, du xvi" siècle, interrompue on son milieu par une intaille en cornaline, représentant une A'ictoire. Toutes les autres bor-
dures sont faites de bandes de filigranes avec intailles et cabochons, mais de provenances et de techniques diverses.
Le coffre est percé de trois ouvertures en plein cintre dont les archivoltes sont faites de filigranes et de pierres fines, et sont portées sur des colonnettes. Le fond extérieur est lisse; on y a appliqué deux galons verticaux de filigranes avec cabochons et intailles, et une bande frappée de rinceaux, de
fabrication plus récente. Le fond des ouvertures des deux faces a été fermé avec des plaques repoussées d'origines variées. De plus, on a appliqué, dans les ouvertures en plein cintre, des émaux cloisonnés verts sur fond d'or, représentant des branchages. Dans les ouvertures rectangulaires et au dessus des deux galons qui séparent les ai'cades, sont fixés quatre émaux cloisonnés pourpre, dont les cloisons figurent des branchages symétriques.
Le toit du revers présente, sur un fond frappé de trémies, deux aigles affrontés, repoussés en or, et dont les ailes rapportées sont en émail cloisonné bleu lapis, blanc et rouge, d'une grande finesse, et d'une grande habileté de travail.
Enfin les deux extrémités du reliquaire sont aussi bordées de galons de filigranes du haut en bas. Des trémies couvrent la pente du toit, qui porte deux poignées à charnières. Les bouts du coffre sont ornés de deux médaillons présentant, en relief, un saint assis, et saint Jean-Baptiste avec l'Agneau sur ses genoux. Ces deux médaillons ont appartenu au reliquaire de Bégon', auquel ils ont été enlevés à une époque postérieure.
Le reliquaire de Pépin n'est pas seulement intéressant par son ancienneté et sa richesse. Les émaux qui le décorent soulèvent des problèmes qui ont exercé la sagacité d'archéologues éminents, et qui n'ont pas tous été résolus. Nous regrettons que les limites assignées à ce travail ne nous permettent pas de résumer ici les discussions intéressantes auxquelles ils ont donné lieu.