‹ L'Église et le trésor de ConquesChapitre 15 sur 40 · V. Sanctis Carne CKS (ix^-x® siècle · texte numérisé non relu

V. Sanctis Carne CKS (ix^-x® siècle

VI. Reliquie sancte Marie (vii^-vm® siècle). VIII. Sancti Jiisti (x^ siècle).

1. Nous empruntons ces détails, ainsi que les renseig-nemcnts analogues relatifs à un certain nombre d'autres objets :

1° Aux procès-verbaux dressés par ordre de Mgr l'évèque de Rodez, lors de l'envoi de plusieurs pièces à l'Exposition rétrospective du Trocadéro , en 1889. Ces procès-verbaux sont contenus dans le Livre de paroisse de Conques ;

2° Aux Procès-i'erbaux authentiques et autres pièces concernant la reconnaissance des reliques de sainte Foy... recueillis et coordonnés par Mgr J.-C.-E. Bourret, évêque de Rodez et de Vabres. Rodez, Carrère, 1880.

STATUE DOlt DE SAINTE FOY

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La statue d'or de sainte Foy est sans contredit la pièce capitale du trésor de Conques, autant par l'intérêt que présente sa technique, que par la richesse de sa matière et de son ornementation, et par l'importance des problèmes qui se posent à son sujet.

A quelle époque peut-on fixer la date de sa fabrication ? Faut-il, avec M. Darcel, la mettre timidement au ix^ siècle, ou, avec F. de Lasteyrie, l'avancer jusqu'au commencement du xii^, sous Bégon III ? Nous pensons qu'il faut chercher la vérité entre ces deux dates, dans la seconde moitié du x^ siècle, sous le gouvernement d'Etienne, qui fut abbé de Conques de 942 à 984. L'Ecolàtre d'Angers, qui avait vu la statue en 1010, lors de son premier voyage à Conques et qui en fait une minutieuse description, atteste ainsi qu'elle existait au commencement du xi^ siècle^. Le chroniqueur de Conques, et, après lui, la Gallia christiana et les Bollandistes autorisent à conjecturer que 1 abbé Etienne, qui était en même temps évèque de Clermont, aurait fait faire la statue d'or pour y renfermer le chef de la sainte.

Quoi qu'il en soit, nous pouvons supposer aussi, toujours d'après le témoignage de Bernard d'Angers, que l'image de sainte Foy avait déjà subi de son temps une véritable transformation, sans doute par suite de la donation, faite par les pèlerins, de nombreux bijoux qui avaient servi à la décorer.

1. V. Histoire de sainte Foy, par l'abbé Servières, pp. 221 et 225.

La sainte est représentée assise dans un fauleuil <le vermeil ajouré de trèfles et d'un serais de croix à branches égales qui i'a|jpellent des motifs employés à ré[)oque carolingienne. Les bandes qui bordent les faces extérieures du fauteuil sont ornées dune profusion de cabochons et de pierres taillées, antiques pour la plupart, et semées sur un fond de fdigranes. Au sommet de la partie postérieure du dossier se voit une intaille sur cristal,' où est représenté le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean. Cette intaille semble être d'origine byzantine ' . Quatre boules de cristal terminent le dossier et les accoudoirs; deux d'entre elles tiennent la place des deux colombes d'or dont l'auteur du Livre des miracles signalait la présence et racontait l'origine.

La tête de la statue est légèrement renversée en arrière ; ses cheveux sont figurés par des bourrelets . striés et filigranes ; de larges yeux d'émail donnent à la physionomie un caractère singulier et une fixité de regard qui surprend, et qui ne s'aurait s'oublier. Bernard dAngers, la première fois qu'il l'aperçut, crut voir une déesse |)alenne ; pour M. Darcel, « le regard fixe et sombre de cette statue d'or, joint à la rigidité et à la symétrie de ses lignes principales, lui donne un aspect des plus étranges, quelque chose de la solennité et du mystère des figures égyptiennes. » On comprend, en la voyant, que les imaginations simples et naïves des pèlerins du moyen âge aient pu être hantées par son souvenir, et qu'ils l'aient désignée sous le nom de Majesté de Sainte Foi/. Les reflets du métal précieux contribuent

1. V. liisi. des arts industriels, par J. Labarte, t. I. p. 203.

encore à accentuer le caractère saisissant de cette physionomie, dont le modelé atteste, d'ailleurs, de la part de 1 artiste, une grande habileté de main et une connaissance profonde des procédés de son art.

Sur la tète est placée une couronne faite d'un bandeau sur lequel se croisent quatre bandes : des sortes de fleurs de lis, attachées au bandeau, remplissent les triangles laissés entre les bandes. Une robe couvre le corps de la sainte et tombe jusqu'à la naissance des pieds. Des manches, largement ouvertes, sortent les avant-bras ; les mains tiennent chacune une sorte de petit tube dans lequel devait se placer une fleur, une palme ou quelque autre emblème'. Les pieds reposent sur un escabeau.

Nous ne pouvons faire ici l'énumération et la description des richesses de toute sorte qui couvrent à profusion la couronne et le vêtement de sainte Foy. Emeraude, onyx, cornaline, nicolo, saphir, améthyste, agathe, perles, la plupart des pierres précieuses y sont représentées. Les cabochons, les camées et les intailles antiques, les émaux cloisonnés, opaques et translucides, les filigranes y ont pris place. Rien n'a été trouvé trop beau ou trop précieux pour orner la statue vénérée. Pour ne citer qu'un exemple, les pendants qui tombent de ses oreilles sont des bijoux aussi admirables par leur conception et leur dessin que par leur valeur.

On pourrait, sans trop de peine, suivre à travers les siècles la plupart des contril)utions apportées

1. Parmi les statues tenant à la main des objets analojjues, citons la Vierge d'argent de Beaulieu , et le buste de saint Baudime, conservé dans l'église de Saint-Nectaire. — V. l'dùui're de Limoges, par M. E. Rupin, p. 8.5.

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par chacun d'eux à rornenientation de la statue de sainte Foy. Comme bon nombre d'autres pièces du trésor de Conques, elle a subi bien des remaniements et reçu bien des additions dans la suite des dix siècles qu'elle a traversés. Une plaque d'Evangéliaire du vm* ou du ix^ siècle a servi à couvrir le dos de la sainte. Le xiii'^ siècle a fourni le beau reliquaire en forme de tryptique qui lui cache la poitrine, ainsi que la couverture d'Evangéliaire dont les fragments se voient entre les jambes et dans l'ouverture des manches ; du xiv*^ datent quelques émaux translucides semés sur la robe ; le xv'' a vu faire la magnifique agrafe, ornée de saphirs, qui se voit au cou. Les mains ont été refaites au xvi^ siècle; les chaussures et l'escabeau appartiennent à notre temps.

Les plaques d'or repoussé sur lesquelles ont été successivement semées toutes ces richesses sont . elles-mêmes appliquées sur une âme en bois. Une cavité pratiquée dans le corps, et dont l'ouverture est dans le dos, contient le précieux chef de la glorieuse martyre. La précieuse relique est conservée dans ce reliquaire sur lequel la piété et l'art de tous les temps ont, par les offrandes des pèlerins et le travail des artistes, inscrit leur vénération pour la jeune Vierge qu'on a appelée quelquefois « l'Agnès des Gaules ». Aussi, quand la première surprise, causée par l'étrangeté et la richesse, est passée, eston tenté de s'agenouiller et de joindre du fond du cœur un modeste acte de foi à l'acte de foi palpable et séculaire qu'on a devant les yeux.

Depuis la reconnaissance faite en 1878 des reliques contenues dans la statue de sainte Foy, elle renferme « le crâne entier de la sainte, doublé dune plaque

•Vt L'ÉGLISE ET LE TRESOR DE CONQUES

d'argent, quelques sachets d'étoffes précieuses et de drap d or enveloppant de nondjreux fragments de la tète, et des lambeaux de tissus d'amiante imbibés du sang de la glorieuse martyre.

« Toutes ces saintes dépouilles sont entourées de lacets de soie, auxquels sont attachés les sceaux et les authentiques sur vélin, constatant la reconnaissance officielle qui vient d'en être faite '. »

Une châsse abrite aujourd'hui la statue. Elle se compose d une coupole supportée par quatre colonnettes avec bases et chapiteaux sculptés. Quatre glaces ferment les côtés. Au dessus des chapiteaux, à la naissance de la coupole, sont placées les armoiries émaillées de Pie IX, de Léon XIII, de Mgr Bourret et de la ville de Conques. Des inscriptions en lettres d'or sur fond d'émail bleu rappellent les circonstances de 1 exécution de cette .châsse et contiennent des invocations à la jeune sainte.

lîELlQUAIRE DU PAPE PASCAL II

Haut. : 0.37. — Larg. : 0.15 — 0.1'.). — P.or. : 0.08 - 0 11.

Ce reliquaire, formé d'une ànie en bois recouverte de plaques d'argent, dorées en grande partie, se compose d'un massif rectangulaire , porté sur une base chanfreinée et surmonté d'un toit onduleux. II ;i été fortement remanié à diverses époques.

La face antérieure de ce toit est j)ercée d'une ouverture en forme de croix |iattée, qui a du contenir une relique de la vraie Croix, ainsi que

1. Pro ès-fcrbdii.T... recueillis et coonlonilés par Mifr Bnurret, p. 90.

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