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L'Eglise et les chapitres de Reims avant 1790

Bauny (Simon-Toussaint), naquit à Rethel-Mazarin, le 29 Janvier 1741, d'une famille depuis longtemps fixée en Champagne, où elle avait contracté d'honorables alliances. Il était Taîné de deux frères : Tun Inspecteur général des Amirautés de France, décédé en 1795, à Bordeaux, victime des suites de la Révolution ; l'autre, Directeur et Receveur général des Domaines et Bois du roi en la généralité de Nantes, nommé plus tard à Vannes, puis à Châlons-sur-Marne, et mort en 1806 dans cette dernière ville.

Ses études littéraires furent aussi brillantes que rapides, et il puisa dans la lecture des chefs-d'œuvre de l'antiquité classique une imagination poétique qu'enthousiasmaient les souvenirs de Rome et d'Athènes. Admis à l'intimité d'un de ses parents, M. l'abbé Copette, de la Société royale de Navarre, qui passait dans le monde littéraire de Paris le temps que lui laissait libre ses voyages à l'étranger, il put apprécier à sa juste valeur l'esprit frivole et sceptique du XVIIP siècle. Mais les séductions de l'amour-propre et de la vanité n'exercèrent sur lui aucune influence, et, au début de la vie, il se décida à obéir à sa vocation en prenant les ordres sacrés.

Ses remarquables qualités le firent bientôt choisir comme secrétaire en chef de l'archevêché de Reims. Successivement nommé chanoine de Sainte-Balzamie, de Saint-Symphorien et enfin de la cathédrale de Reims, il joignit à ce divers titres celui d'aumônier de Mesdames Adélayde et Victoire de France, en leur

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château de Louvois. Il était en outre titulaire de la chapelle de Saint-Ponce de Vigny et prieur de Sainte- Radegonde-des-Noyers, près Luçon, en Vendée.

Ces nombreuses occupations cependant ne détournaient pas de l'étude notre jeune abbé, qui aimait à y consacrer chaque jour quelques moments. C'est pendant ces instants que fut composé son principal ouvrage, le Fouillé du Diocèse de Reims.

Ce Fouillé, dit Varin, forme cinq volumes in-S» manuscrits et se compose de trois parties.

La première partie, comprenant le premier et le second volume^ renferme l'état de l'Eglise de Reims en 1776, la liste chronologique des Archevêques, un exposé des dignités du Chapitre et sa composition, un état général du Diocèse, une histoire abrégée de tous les établissements, soit réguliers, soit séculiers, qui s'y sont formés.

La deuxième partie, qui occupe le troisième volume, renferme le pouillé même du Diocèse, c'est-àdire l'inventaire des bénéfices simples et des bénéfices à charge d'âmes qui s'y trouvaient, la liste des présentateurs à ces bénéfices, celle des invocations, renoncé des généralités, baillage et parlement, bureaux de poste où ressortissait chaque paroisse et le nombre des communiants (habitants) dont elle se composait, le chiffre du revenu de chaque cure, celui de la taxe qu'elle payait aux décimes, et enfin l'indication des doyennés dont toutes relevaient.

La troisième partie occupe les volumes quatre et cinq et contient la liste des curés, la désignation de leurs grades, les noms des seigneurs de chaque lieu, l'indication de la résidence de ces seigneurs, les noms des décimateurs, les fractions de dîmes dont jouissait chacun d'eux, les chapelles castrales qui se trouvaient

dans la circonscription des paroisses, les noms des doyennés et des doyens ruraux avec ceux des cures qui en dépendaient, enfin liste des cures et des annexes du Diocèse divisées par doyennés (1).

Ce pouillé, dressé par Tordre et pour l'usage de Monseigneur de Talleyrand, alors coadjuteur de Reims, et dont Bauny était, comme nous Tavons dit, le secrétaire, est Touvrage le plus complet que nous possédions sur Thistoire du Diocèse de Reims à la fin du XVIIP siècle. Comme Fouillé , c*est un modèle du genre; nulle part, en France, on ne trouve un travail aussi complet sans être diffus.

L'auteur a voulu que Texécution fût en tout point digne du grand et illustre prélat qui lui avait demandé ce recueil.

Au milieu de ses travaux, Bauny suivait avec inquiétude les symptômes que présentait alors la France, symptômes avant-coureurs d'une Révolution, et il ne se faisait aucune illusion sur les conséquences malheureuses qui devaient en être le fatal dénoûment. En Décembre 1790, il écrivait à son frère, à Nantes : « Nous sommes anéantis, mon ami. On profitera des troubles qui vont nécessairement suivre le refus des evêques et des curés pour nous rechercher tous, et nous serons victimes comme eux. Il y a longtemps que j'ai dit que la [Révolution était opérée. Puisse ma nouvelle prophétie ne pas s'accomplir ! » Et le 19 Janvier 1791, il lui adressait ces quelques mots: « C'est Dimanche prochain que nos fonctionnaires publics doivent prêter le serment; sur 14, il n'y en a que 4 qui le prêteront. Chez les uns, c'est l'ignorance

(1) Varin : Archives administratives de la Ville de Reims. T. I. p. cxivii.

et la faiblesse ; chez les autres, Tintérêt qui les décide à cette scandaleuse démarche. »

Pendant ce temps, les événements politiques se précipitent en France, et Mesdames songent à quitter une population affolée et à chercher en Italie une retraite qui leur offre la sécurité (Février 1791). Celui qui fut leur aumônier n'eût garde de les abandonner dans leur infortune, et il fit partie de cette suite fidèle qui les accompagna dans leur voyage à travers les péripéties de Moret et d'Arnay-le-Duc.

Lorsque Mesdames n'eurent plus aucun sujet de crainte pour leur existence, il se relira auprès de son frère, à Nantes, et le suivit à Vannes, croyant échapper ainsi à la haine des soi-disant patriotes qui étaient déjà au pouvoir et aux basses délations de ceux qui n'y étaient pas encore. Mais le confident des princesses du sang ne devait pas espérer que son dévouement à la famille royale resterait impuni : « Cet homme m'est plus que suspect », écrivait le 2 Septembre 1793 le citoyen Lefrançois, de Reims. « Je vous invite de faire grand cas de ma dénonciation » ; et plus loin, il ajoute qu'il est à craindre que ce prêtre « ne soit du calibre des traîtres, et qiïatusieusemerit il aille sur les frontières rendre compte aux ennemis de ce qui se passe dans Vintérleure de la République. » L'abbé Bauny ne pouvait plus songer à demeurer en France, où sa vie était continuellement en danger; il émigré à la fin de l'année 1 793 (nous avons tout lieu de supposer que ce fut en Allemagne). Aussitôt les administrateurs du district de Reims, par arrôté du 29 Nivôse an 2 (18 Janvier 1794), confisquant au profit de la nation les biens meubles et immeubles qui lui appartiennent. A son retour en France, après avoir passé quelques jours à Châlons-sur-Marne (Juillet 1794),

il est arrêté à Vannes, où il subit une détention de plusieurs mois ; la chute de Carrier et les événements politiques de cette époque lui ouvrent les portes de sa prison.

Revenu de nouveau à Châlons (Décembre 1794), il se consacre tout entier aux soins des malheureux et tente à la fin de Tannée 1796 de rétablir à Vésigneulsur-Marne le culte catholique. Bientôt il est dénoncé (179*?) et condamné à mort comme émigré rentré. Pour échapper à la fureur de ses ennemis, il est forcé de se cacher quelque temps. Néanmoins, il n*est nullement ébranlé par le péril qu'il vient miraculeusement d'éviter, et son ardente charité paraît au contraire trouver dans ces nobles dangers un nouveau et puissant stimulant. C'est à Congy (Marne), 1800, qu'il portera désormais les secours de son ministère. Ses efforts restent encore impuissants, et il est obligé, en Mars 1801, d'abandonner cette résidence.

Le vénérable abbé ne se contentait pas seulement de Tapostolat de la parole. Témoin de la fureur avec laquelle l'impiété travaillait à rompre et à anéantir les liens les plus sacrés de la société; il voulait également, par des écrits, répandre chez ses concitoyens l'amour des hautes et solides vertus. Dans ce but, il publia, à Châlons, en 1800, un recueil de Pensées philosophiques (1), espérant, suivant ses propres expressions, qu'Userait possible de jeter dans l'esprit et dans le cœur de la génération naissante des prin-

(1) Pensées phUosophiqi(;eSj mêlées de maximes morales (à Châlons-sur-Marne, chez l'auteur, maison de la Direction des Domaines). An VIII de la République Française. 1 vol. in-8. — L'ouvrage est dédié ai^ citoyen Bourgeois- Jessaint, préfet du département de la Marne. L'abbé Bauny, qui signe Bauny l'aîné, offre au citoyen Préfet soAut et respect.

cipes éternels consentis par tous les peuples (1). Il est également Tauteur d'un manuscrit intitulé : Essai sur V Education, où, avec une grande supériorité de vues, il réclame pour l'instruction des réformes qui, la plupart^ y ont été apportées depuis.

Après avoir quitté Congy, il vint se fixer définitivement à Châlons-sur-Marne, où il fut attaché comme prêtre habitué à la paroisse de Saint-Alpin. 11 mourut dans cette ville, le 8 Janvier 1803, victime de son zèle et de sa charité, après avoir confessé un prisonnier atteint du typhus. Sur sa tombe, une main amie (2) traça ces mots :

Ci-git qui dans un lieu, Où régnait une épidémie.

Pour gagner des âmes à Dieu^ Sacrifia sa vie.

Dans son œuvre d'implacable destruction, le temps a, depuis bien des années, fait disparaître ce témoignage écrit rendu au dévouement et aurait peut-être empoîlé jusqu'au souvenir de cette mort glorieuse, si nous n'avions pas tenu à consacrer quelques lignes à l'auteur du Fouillé^ à celui qui, toute sa vie, mit en pratique ce vers de l'antiquité, choisi par luimême comme épigraphe d'un de ses ouvrages (Pensées philosophiques) :

Homo sum, liumani nihil a me alienum p'Uo.

A la suite de celle notice, qu'on nous permette d'insérer les renseignements suivants :

(Ij Pensées philosophiques. Préface.

(2) M. Lenoir des Aunelles. ancien vidame de Châlons, ami intime do ]'a])bp Bauny.

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