‹ L'Eglise et les chapitres de Reims avant 1790Chapitre 11 sur 22 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

§ 1. Cathédrale de Reims.

La cathédrale n'est pas la plus ancienne église de Reims. Nos premiers Evèques établirent d'abord leur siège à Saint-Symphorien, d'où Saint Nicaise le transféra en celle de Notre-Dame, qu'il fit bâtir dans le milieu de la forteresse, et qu'il arrosa de son sang dans l'irruption des Vandales.

On y voit encore l'endroit de son martyre (1), qui étoit autrefois l'entrée de l'église, et qui est à présent le milieu de la nef. Cette église tombant en ruine vers le milieu du IXe siècle, Ebon forma le dessein de la rétablir et obtint à cet effet du roi Louis pr les matériaux des murs et des portes de la Cité, qui étoient toutes de pierres détaille. Rumauld, architecte de ce prince, entreprit ce grand travail^ qui ne fut achevé que sous Hincmar, successeur (l'Ebon. Ce prélat n'épargna rien pour la décoration de ce temple auguste, qu'il enrichit de vases pré-

(1) Presque sous la lampe qui est dans la nef, il y a une pierre oblongue posée dans la nef, sur laquelle on lit :

Hoc in loco Sanclns Nica.'iius Archiepiscopus Remensis Capite Imncato Martyr Occv.bult Anno Domini 406.

cieiiK et d'une croix d'or semée de pierreries. Il en lit peindre les voûtes, la couvrit de plomb, la para (le marbre et fit revêtir d'or et de pierreries le grand autel.

Ce temple superbe étant achevé, Hincmar le consacra en l'honneur de la Sainte-Vierge, sous l'invocation de la Sainte-Trinité, en présence des évêques de la Province et du roi Charles I^r.

La voûte et les piliers de cet édifice étoient peutêtre de bois, comme ceux des autres églises bâties avant le Xle siècle, ce qui fut cause sans doute qu'un incendie le consuma de fond en comble, de même que les autres églises qui éprouvèrent un semblable malheur. Cet accident arriva le 6 mai 1210. On prétend que les chrétiens des siècles antérieurs, prévenus que le monde ne devoit durer que mille ans, ne se mettoient pas en peine de bâtir des églises bien solides, et que c'est pour cette raison qu'il ne nousenreste aucune des siècles précédens. Mais revenus de cette erreur, ils élevèrent les beaux vaisseaux, que nous admirons aujourd'hui, et qui semblent être faits pour durer éternellement tant ils sont solides. Dès l'année qui suivit cet événement, on jeta les fondemens de ce temple auguste et majestueux qui passe aujourd'hui pour le plus beau de toute la France.

Robert de Coucy, fameux architecte qui a aussi travaillé à S. Nicaise, employa trente années à l'élever (1). Albéric, alors Archevêque, en posa la pre-

(1) Quoique tous les auteurs s'accordent à attribuer à cet architecte l'honneur d'avotr bâti la cathédrale^ nous devons remarquer ici que cela n'est point à beaucoup près démontré. Il est bien probable qu'on en doit le plan et la première exécution au père du fameux Libergierqui a bâti S. Nicaise, et que Robert de Coucy n'a étéquelecontinuateur. J'en donnerai les raisons dans ma description historique des principales églises de Reims. (Bauny). ■

mière pierre. On fit une collecte générale dans toute la Province, les villes et les campagnes des Diocèses suffragans fournirent généralement et avec abondance au rétablissement de la Métropole, et avec ces secours, on vint à bout de finir ce somptueux édifice qui a 440 pieds de longueur, 150 de largeur dans les croisées, 93 dans œuvre et 120 de hauteur depuis le pavé jusqu'à la voûte. En 1481, il arriva, par la négligence des pompiers, un incendie qui consuma toute la charpente et la couverture de la cathédrale. Charles VIII, qui fut sacré trois ans après, touché du spectacle que lui présentoit cette église désolée, accorda pour les réparations une somme considérable, à prendre sur les greniers à sel. C'est en reconnoissanco de cette libéralité que l'on a fait placer ses armes sur la galerie du rond-point de la cathédrale. Les deux tours ne sont pas si anciennes que le portail; on les doit, au moins en partie, à la libéralité du cardinal Filiastre, doyen de la cathédrale, qui les fit élever ou plus probablement achever «^ ses frais, dans le XVe siècle, comme on le voit par une conclusion du Chapitre, dans laquelle on lui en fait des remercîmens ; elles ne furent achevées qu'en 1430.

Le clergé de la cathédrale est composé d'un Archevêque, de 64 Chanoines, parmi lesquels on compte 9 dignitaires dont nous avons parlé ci-dessus, de 61 Chapelains, 4 Grands-Prêtres, de 10 enfants de Chœur et d'un corps de musique assez nombreux.

Les canonicats valent, année commune, 1,800 liv. ; les chapelles, plus ou moins, suivant leurs fondations, mais au moins 225 liv. à l'ancienne congrégation en assistance et autres rétributions, et 100 liv. environ à la nouvelle.

Les places de Grand Prêtre valent 7 à 800 liv,, sans y comprendre les chapelles vicariales que le Chapi-

tre a coutume de donner à ceux qui les remplissent.

Monseigneur TArchevêque nomme et confère tous les canonicats et toutes les dignités, excepté celles de Doyen et d'Ecolâtre, qui sont électives, collatives par le Chapitre en corps.

Il y a deux congrégations de Chapelains, l'ancienne et la nouvelle. L'ancienne est composée de 43 Chapelains, et la nouvelle de 18. De ces 61 chapelles, il y en a 24 qui sont vicariales, 12 ont été rendues telles par les bulles du pape Clément VI, en 1352, et confirmées par d'autres du pape Nicolas V, en 1448; les autres l'ont été par des bulles du pape Sixte V, en 1588.

Ces 24 chapelles ne peuvent se résigner; le chapitre même est en droit d'y nommer après trois mois d'absence. Il y en a trois qui ont été réunies à la mense des enfans de chœur ; toutes sont à la nomination du Chapitre en corps.

Il y a trois chapelles choriales, dont une a été unie, ainsi qu'un canonicat, au Séminaire de Reims, par M. Le Tellier, en 1683. Ces trois chapelles sont, ainsi que 21 autres, à la nomination duTournaire.

M. le Grand Archidiacre nomme à la quatrième chapelle de Saint Calixte, fondée en l'ancienne congrégation par le pape Adrien IV, jadis Grand Archidiacre de Reims.

M. le Doyen nomme à six autres chapelles ordinaires, et de plus à la cure de Saint-Michel et à l'office de Dormantier (1), dont les titulaires jouissent

(1) Le Dormantier est un ecclésiastique chargé de veiller et de rendre compte au Chapitre si le Chanoine en tour pour la messe de Vidame a couché ou non à Reims la nuit du Jeudi au Vendredi qui précède cette semaine, Il doit rendre le même compte du Chanoine qui doit entrer en tour, ad bénéficia conferenda. Sans cette condition, tous deux perdent leur droit, à moins qu'ils ne demandent ou n'aient demandé les grâces ordinaires au Chapitre.

des mêmes privilèges que les Chapelains de Tancienne congrégation.

Il y a en outre dans TEgllse de Reims huit offices de Coûtres, quatre ecclésiastiques et quatre laïques et un office de Chapucier (1), M. le Trésorier est obligé de conférer ces neuf offices gratis.

Les quatre Coûtres ecclésiastiques jouissent des mêmes privilèges que les Chapelains de fancienne congrégation. Leurs offices valent 225 liv. plus que ceux des autres laïques qui valent année commune environ 800 liv. Les Coûtres laïques nomment conjoinctement avec les ecclésiastiques les cures qui dépendent d'eux.

§ 2. Eglise collégiale de Saint-Symphorien, de Reims.

Cette église a d'abord été bâtie par Bétause, quatrième Evêque de Reims, au commencement du IV^ siècle.

Ce prélat la mit sous l'invocation des Saints Apôtres Pierre et Paul, et la consacra probablement en l'honneur de Saint Symphorien, martyr sous Aurèlien.

(1) Le Chapucier est une espèce de Coùtre laïque chargé d'orner et de parer l'autel, le sanctuaire et le chœur de la Cathédrale aux fêtes et cérémonies principales et extraordinaires de cette église. Il doit aussi préparer le brancard et le dais pour les processions du S. Sacrement et tendre dans le chœur les tapisseries du Carême. Il est obligé d'assister aux processions générales et des Rogations.

Le revenu de son office consiste en un préciput de 16 septiers de seigle, de 8 septiers d'avoine et de 3 caques de vin à prendre à Courcy sur les biens de la Trésorerie. 11 a droit encore aux rétributions manuelles du chœur de la Cathédrale et reçoit de plus 17 liv. delà Fabrique. On le dit aussi chargé de la rénovation des hosties du suspensoir, et c'est probablement cette obligation qui a porté M. Clignet, ancien Chantre, à presser M. le prince Constantin, Tr.^sorier de l'Eglise de Reims, à nommer un prêtre à l'ortice de Chapucier (Bauny).

La nef et la tour furent rebâties vers la fin du XI« siècle ou au commencement du Xlle, et l'église fut consacrée par Milon, évêque de Théroùenne, en 1140. Les chanoines firent rebâtir le chœur tel que nous le voyons en 1209.

Guy de Roye, archevêque de Reims, fit dresser dans cette église, du consentement et même à la requête du Chapitre, TAutel de la Paroisse à l'endroit où il est encore aujourd'hui, et le consacra le jour de la Pentecôte de l'année 1401. Il accorda des Indulgences à ceux qui visiteroient à l'avenir cette église à pareil jour.

Vers l'an 400, après que S. Nicaise eut établi son Siège à Notre-Dame, S. Symphorien devint une Diaconie, c'est-à-dire une Communauté de Diacres uniqueaient occupés à soulager et à visiter les pauvres.

Elle subsista sous ce titre jusque vers le milieu du Xle siècle, tems auquel il se forma dans cette église un Collège de Chanoines. Il est probable qu'on ne toucha point au revenu des Diacres de cette église et qu'on y fonda de nouvelles prébendes sous le titre de Canonicats Prêtres : d'où vient sans doute que l'on distingue encore aujourd'hui à S. Symphorien les Chanoines Diacres des Chanoines Prêtres, et que les Canonicats des uns sont encore moins assujetissans à la célébration de la messe que ceux des autres, quoique posssédés aussi par des prêtres.

Les Chanoines prêtres sont, en effet, un peu dédommagés du surcroît de charge qu'ils ont (1), par

(1) Ce surcroît de charge consiste à ce qu'ils sont tenus à six tours de messe sur sept, le Chapitre est tenu au 7*, dans lequel les six chanoines prêtres entrent encore, de même qu'ils entrent pour leur part dans la 7® partie du gros billet du Chanoine entrant, dont ils prennent d'abord 6 parts, et ont encore un 22' dans la dernière.

le droit d'Annate dont ils jouissent à la mort des Chanoines, soit prêtres, soit diacres. Le droit d'Annate fut aussi donné en 1170, en manière d'aumône (1), aux religieux de S. Denis, de Reims, par TArchevêque Henry de France, dit Le Grand, mais seulement en cas de démission, de permutation et de résignation faits par lesdits Chanoines. Dans le partage des biens de l'abbaye de S. Denis, entre Tabbé et les religieux, ce droit d'Annate (2) est tombé au lot de l'Abbé. Le Chanoine entrant s'arrange avec lui pour la somme qu'il doit lui rendre, en vertu de son droit, et il en obtient toujours une composition favorable, attendu qu'autrement l'Abbé seroit tenu de desservir ou de faire desservir pendant un an le Canonicat pour lequel il auroit droit d'Annate.

Par transaction passée entre le Chapitre et l'abbé de S. Denis, il appartient au Chanoine entrant et qui dessert toutes les assistances et les 2/3 du gros billet; ainsi il ne revient à l'Abbé que le tiers de ce billet qui, année commune, peut aller à 200 liv.

Il n'y a rien de remarquable dans l'église de S. Symphorlen que le pavé du Chœur, dont la mosaïque est même préférable, pour le goût et le travail, à celle de S. Remy qui, cependant, est très belle. Celle de S. Symphorien est plus solidement travaillée et avec plus de délicatesse. D'ailleurs, les pierres en sont mieux choisies et rapprochées plus artistement. On voit aussi avec plaisir l'autel en baldaquin, dont l'architecture est des plus régulières dans toutes ses parties. Il fut élevé en 1711, ainsi ({ue les stalles des Chanoines, dont la menuiserie est très belle.

(1) Quia 2^a q^eres sioit etbcnc cantant, dit Henry de France.

(2) On entend communément \)ixt droit à' Annale^ le revenu de la première année d'un Bénéfice.

Le Chapitre de S. Symphorien est composé d'un Doyen qui se nommoit anciennement Abbé (1), de vingt et un Chanoines et de deux Chapelains. Il y avoit autrefois plusieurs autres chapelles qui ont été réunies à la Mense du Chapitre.

Le Décanat (2) vaut, année commune, 1^800 liv., vingt des Canonicats valent 100 pistoles, et un de nouvelle création vaut 500 liv, seulement.

Les deux chapelles n'ont aucun revenu quelconque, excepté une qui pourroit produire au titulaire 3 liv. environ dans l'année pour certaines assistances.

Le Chapitre relève de Monseigneur l'Archevêque, qui a droit de taire observer les anciens statuts, et même d'en prescrire de nouveaux. Il nomme au Déconat et à dix-neuf Canonicats.

Le Chapitre nomme aux deux autres, qui sont de nouvelle création, et aux Chapelles (3).

(1) Titre d'honneur que prenoient autrefois tous les chefs ou supérieurs de corps ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers.

(2) Cette dignité a été érigée en 1221 par Guillaume aux Blanches Mains, Archevêque de Reims. Pour la fonder^ ce prélat a supprimé et éteint le titre de la Prévôté de S. Symphorien, il en a uni au Décanat tous les droits^ revenus et émolumens qui en dépendoient, et pour le rendre plus considérable il y a encore ajouté le Patronage de Sainte Vaux-Bourg et celui de S. Médard de Pontfa verger.

(3) Voici d'après VAlrnanach de Reims, 1 790^ quelle était au moment de la Révolution la composition de la Collégiale de Saint- Symphorien.

Cette Collégiale est composée d'un Doyen et de vingt-un Chanoines.

M. Livrezaune, Doyen en 1769 et Chanoine en 1775.

Chanoines : Messieurs

1760. Barrois.

1762 Homo.

1769. Delignier.

1777. Lefils.

1777. Tronsson.

1778 . Lambert.

1780. Prillieux.

1781. Ouda.

§ 3. Eglise Collégiale de Sainte-Balzamie,

Autrefois Sainie-Nourice et aussi Saint-Celsin.

Cette église est une des plus anciennes de Reims; elle étoit tombée en ruines et ses biens étoient dissipés ou dispersés, lorsque quelques prêtres pieux, du tems de l'archevêque Guillaume de Champagne, s'associèrent pour la rebâtir vers l'an 1180. Le Chapitre de la Cathédrale leur donna un terrain adjacent à l'ancienne église et une somme d'argent, à condition, dit-on, qu'il nommeroit aux prébendes.

Le Pape, l'Archevêque de Reims, les abbés de S. Remy, de S. Nicaise, de S.Denis accordèrent beaucoup d'indulgences aux fidèles qui contribueroient de leurs aumônes à ce pieux rétablissement. Il paroît, par les requêtes et suppliques adressées au Souverain Pontife à ce sujet par les chanoines de la Cathédrale, que les prêtres qui s'associèrent pour la reconstruction de cette église et pour sa desserte appartenoient en quelque qualité à la Cathédrale : ex nobis orti, ex nobis orluncU^ disent-ils. Mais ces

Messieurs :

Labassée.

Archambault.

Blaireau.

Guyot.

Borman.

Lablanch^.

Robert.

Savar, Théologal.

Deligny.

Gangand.

Alexandre.

Rallet.

2 Chapelains.

Me-- l'Archevêque nomme aux Canonicats de cette Collégiale, à l'exception de deux qui sont à la nomination du Chapitre.

M. Lefils. Receveur, rue de Conlray.

prêtres étoieut-ils Chanoines de la Cathédrale (1)? Y étoient-ils seulement Chapelains? Y exerçoient-ils quelques autres fonctions? C'est ce qu'il n'est absolument pas possible de découvrir au juste.

Ce qui semble cependant prouver que les Chanoines de Sainte-Balzamie étoient spécialement attachés et unis à ceux de la Cathédrale, c'est que Coquault les appelle Chanoines en l'Eglise de Reims, et qu'à son rapport, le Chapitre, en 1503, leur a reconnu dans son Eglise un rang au-dessus :les Chapelains et des prêtres habitués ; or, le Chapitre n'auroit pu leur accorder cette préférence et cette distinction au détriment des Chapelains, s'il n'eût été alors constant et certain qu'ils y avoient un droit réel et privilégié.

Aussi, dans tous les tems ont-ils participé aux rétributions annuelles de cette église, pris des chapes dans sa sacristie, assisté aux processions sous ses croix et sous ses bannières, ainsi qu'aux passages des princes et princesses de la Famille Royale et aux sacres de nos Rois.

(1) Il n'y auroit rien en cela d'étonnant si on vouloit se rappeler le désintéressement, la ferveur et la piété des anciens Chanoines de Reims.

Ces vertus leur étoient alors si familières^ qu'il n'y a presque point d'abbayes, d'hôpitaux et de collégiales dans Reims, et même dans le diocèse, qui ne doivent beaucoup, ou au moins quelque chose à leur piété ou à celle de leurs Archevêques.

Une seroit donc pas surprenant que quelques Chanoines eussent quitté, ou plutôt se fussent détachés de leurs confrères pour une œuvre aussi pieuse que le rétablissement d'une église respectable par son ancienneté et les reliques qu'elle conservoit. Cela expliqueroit à merveille les termes dont MM. se servent dans leurs requêtes : Ex nobis orli, ex nobis or lundi. Cette supposition nous apprendroit pourquoi Messieurs de Sainte-Balzamie tenoient, il n'y a pas encore bien longtemps^ leurs Chapitres dans le préau de la Cathédrale ; entin, nous saurions par là pourquoi ils marchent sous les croix et les bannières du Chapitre et participent aux rétributions manuelles de leur église.

Ce droit d'assistance au sacre n'a jamais été contesté aux Chanoines de Sainte Balzamie que le 5 Mai 1775, que MM. les Chanoines de la Cathédrale, par une conclusion dudit jour, crurent devoir les exclure de l'assistance au sacre de Louis XVI, mais mieux instruits un mois après des droits de MM. de Sainte- Balzamie, MM. reconnurent et confirmèrent leurs privilèges par une autre sanction du 4 Juin suivant.

Le Chapitre de Sainte-Balzamie est composé de douze Chanoines sans dignitaires. Il y avoit aussi autrefois plusieurs chapelles, mais elles ont été réunies pour former une fabrique à cette Collégiale.

Il n'y a plus qu'un seul titulaire de ces chapelles, après la mort duquel la Fabrique de cette église jouira au moins de 600 livres de revenu.

Les canonicats valent, année commune, 550 liv. ; ils ne sont pas susceptibles de beaucoup d'augmentation par la cherté des grains, attendu que les Chanoines en ont très peu^ mais leur revenu en est plus fixe, étant presque tout en argent.

Le Tournaire de la Cathédrale nomme à tous les canonicats.

11 y a une cave à Sainte-Balzamie que l'on appelle la cave de Saint-Maur, dans laquelle sont les reliques de ce Saint; on prétend qu'il s'y étoit enfermé pendant les persécutions et qu'il y célébroit tous les jours les Saints Mystères.

Cette cave étoit autrefois un pèlerinage assez fréquenté, mais on y vient rarement anjourd'hui ; les Chanoines y font une procession tous les premiers Dimanches de chaque mois; elle a été fondée en 1682, par M. Cullou, d'abord Chanoine de Sainte-Balzamie

et ensuite de Notre-Dame, lequel a donné pour cette fondation la somme de 1,000 liv. (1).

§ 4. Eglise Collégiale de Saint-Timothée.

Cette église doit avoir été bâtie peu de temps après le martyre des Saints dont elle possède les reliques. La faveur des premiers fidèles et leur reconnoissance pour Saint Timothée, Saint Maur et Saint Apollinaire qui, les premiers, cimentèrent de leur sang la Religion dans cette contrée, n'a pas dû permettre que leurs corps demeurassent sans une sépulture honorable.

Peut-être ne fit-on d'abord bâtir en leur honneur qu'une simple chapelle, qu'un nommé Eusèbe augmenta et agrandit beaucoup. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle était déjà célèbre du tems de S. Remy, et qu'elle avoit des fonds pour nourrir des Chanoines qui la desservoient ; mais sous Adalbéron, il n'y restoit plus qu'un seul prêtre, parce que la plupart de ses biens avoient été dissipés et dispersés. Les moi-

(1) Voici d'après VAlmanach de Reims, 1790, quelle était la composition de la Collégiale de Sainte-Balzamie. Cette Collégiale est composée de douze Chanoines. Chanoines: Messieurs

Pierrot.

Lefebvre.

Morel.

Simon.

Pâté.

Foucréau

Massigas.

Baulny.

Hardouin.

Deloche.

Léthinois.

Legentil.

3 Chapelains.

Le Chanoine Tournaire de l'Eglise de Reims nomme aux Canonicats de cette Collégiale.

M. Morel, Receveur, me Saint-Symphorien.

nés de S. Remy les demandèrent à ce prélat, et les obtinrent à condition qu'ils seroient appliqués à la nourriture des pèlerins qui venoient visiter le tombeau des Martyrs. Ces religieux en recouvrèrent probablement une bonne partie et firent valoir l'autre, de manière à ne point perdre au marché qu'ils avoient fait avec Adalbéron.

Mais l'archevêque Gervais remit les choses dans l'ancien état; il reprit à Herimar, alors Abbé de S. Remy, les fonds cédés par Adalbéron et les partagea en douze prébendes, pour autant de Chanoines qu'il établit à Saint-Timothée, et qu'il soumit à la discipline d'un Doyen, dépendant lui-même de l'Abbé de S. Remy.

Ce Doyen n'existe plus, et il ne reste que les douze Chanoines et quatre Chapelains.

Par la réunion que le Roi vient de faire de l'Abbaye de Saint-Remy à l'Archevêché de Reims, Sa Majesté s'est réservé la nomination des Canonicats de S. Timothée, qui dépendoient de ladite Abbaye ; mais les Chapelles sont comme elles étoient ci-devant, à la nomination de ce Chapitre.

Il se fait tous les ans, à Saint-Timothée, une procession fameuse à deux lieues de Reims, sur la route de Châlons: elle va jusqu'à un endroit qu'on appelle La Pompelle, où les Saints Timothée, Maur, Apollinaire ont été martyrisés avec cinquante de leurs nouveaux convertis. On y dépose les reliques des Saints sur une table de pierre qui est à côté d'une croix, et après les prières accoutumées, et après avoir pris un peu de repos, les Chanoines reviennent dans le même ordre qu'ils sont allés.

Cette procession est autorisée par une bulle de

1351 ;elle se fait la seconde fête de la Pentecôte, et il s'y trouve toujours une grande affluence du peuple (1).

§ 5. Eglise Collégiale de Saint-Pierre-les-Dames.

Ordre de Saint Benoît.

Le petit Chapitre de S. Pierre a été fondé par TAbbesse Sibylle III, pour quatre Chanoines dont les droits et les devoirs sont rapportés dans la Charte de leur établissement, en 1257. On a ajouté depuis à ces quatre Chanoines, quatre Chapelains ; mais leurs chapelles ne sont que de simples commissions, au lieu que les Canonicats sont de vrais bénéfices, puisque leurs titulaires sont inamovibles, et que les gradués y ont droit. Les Canonicats valent 3 à 400 liv., et les Chapelles 40 écus environ. Les Dames de S. Pierre chantent les offices, les Chanoines sont seulement chargés de deux messes tous les jours, ce qui leur fait six mois de messes chacun.

Les Chapelains ont également été chargés de deux messes, mais le modique revenu de ces Chapelles a engagé Madame Charlotte de la Rochefoucauld, cidevant Abbesse de S. Pierre, à les décharger d'une de ces messes. Ils ne sont donc plus obligés qu'à une seulement, ce qui fait pour chacun trois mois de messes par an.

(1) Voici, d'après VAbrianach de Reims j 1790, la composition du Chapitre Royal de S. Timothée à cette époque. Ce Chapitre est composé de douze Chanoines qui sont Messieurs

Henri.

Delvincourt

Ducandal.

Bertèche.

Perrin.

Hibert.

Ville.

Muiron.

Roze.

Herbet.

Rousseville.

4 Chapelains

M. Hibert. receveur, rue S. Denis.

Ils sont aussi tenus d'y aller faire Diacre et Sous- Diacre les jours de Dimanches et de Fêtes, soit de l'Eglise, soit de l'Ordre de la Maison. Ils ont en outre quelques rétributions manuelles pour obits et fondations, qui peuvent aller à quatre livres par an (1).

Outre ces quatre Collégiales qui sont dans Reims, il y en a encore quatre autres dans le Diocèse, savoir:

Montfaucon, Braux, Mézières, Avenay.

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