II. L'Archidiaconé de Champagne
M. Baulny, Archidiacre de Champagne.
Cet Archidiaconé comprend, 11 Doyennés.
1. Vesle. 2ï Cures, o Annexes. M. Leroy, Curé de Vorzy. A Reims, chez M. Coutier, au Bras d'Or.
2. BÉTHENiviLLE. 25 Cuves, 9^ Annexes. M. Dugard^ Curé de S. Souplet. A Reims, par le Messager de Sainte-Marie-à-Pf/, les vendredi, au Petit-Saint- Christophe.
3. Epernay. 32 Cures, 6 Annexes. M. Diiretesle, Curé de Chouilly. A Reims, par le Messager de Vertus.
4. Cernay-en-Dormois. 27 Cures, 19 Annexes. M. Goupy, Curé de Challerange. A Reims, chez M. Fressancourt, rue Barbàtre.
5. DuN. 18 Cures, 13 Annexes. M. Lambert, Curé de Dun. Par la Poste.
6. Le Chatelet. 15 Curies, 6 Annexes, M. Lairez, Curé de SeuiL A Reims, chez M. le Curé de Saint- Pierre.
7. Le Vallage. 15 Cures, 6 Annexes. M. Denys, Curé de Vaux-Montreuil. Par la Poste, à Launoy,
8. Attigny. 19 Cures, 6 Annexes. M. Coustier, Curé d'Attigny. Par la Poste.
9. Le Chesne. 17 Curies, 9 Annexes. M. Aubert, Curé de Vonc. Par le Messager du Chesne.
10. BuzANCY. 18 Cures, 10 Ajinexes. M. Laviarde, Curé de Briquenay. Par la Poste.
11. VareiNNES. 17 Cures, 9 Annexes. M. Nicolas, Curé de Châtel. Par la Poste.
La totalité des Cures du Diocèse est de 5Î9, dont 505 rurales et 14 dans Reims.
Entre les années 1777 et 1790, il s'est opéré un changement dans la division des Doyennés; Grandpré, qui figure au Fouillé de l'abbé Bauny et qui existe encore en 1780, constitua en 4781 les deux Doyennés de Buzancyet de Varennes. En 1790, il y avait un Doyenné, deux Cures et 34 Annexes de plus qu'en 1777.
V. Note sur la Ville et le Diocèse de Reims avant la Révolution (1).
A l'époque où la Révolution éclata, Reims comptait 45 établissements religieux :
lo Cinq Chapitres : Cathédrale, 64 Chanoines et 65 Chapelains prêtres ; — S. Symphorien, 22 Chanoines et 2 Chapelains; -- S. Timothée, 12 Chanoines et 4 Chapelains; S^® Balzamie, i2 Chanoines et 3 Chapelains; — S. Pierre-les-Dames, 4 Chanoines et 4 Chapelains.
2o Trois abbayes d'hommes : S. Remy. Bénédictins de S. Maur, 40 prêtres (fondée en 786) ; — S. Nicaise, aussi Bénédictin de S. Maur, 20 prêtres (fondée en 820); — S. Denis, règle de S. Augustin (fondée en 860).
3o Quatorze paroisses : S. Pierre-le-Vieux, S. Hilaire, S Symphorien, S. Etienne, S. Jacques, S^^ Marie-Madeleine, S. Martin, S. Timothée, S. Julien, S. Jean, S. Maurice, S. Michel, S, Denis^ S. André. Chacune de ces paroisses avait, outre le Curé, un ou deux vicaires à raison de son plus ou moins d'importance. Deux d'entre elles, savoir : S. Symphorien et S. Timothée étaient desservies par des Curés appartenant aux Chapitres respectifs ; une troisième, S. Denis, l'était par l'abbaye de ce nom.
40 Huit communautés de religieux : Jacobins, ou Dominicains, 8 prêtres; — Cordeliers^ 14 prêtres ; — Carmes, 8 prêtres; — Augustins, 8 prêtres; — Minimes, 8 prêtres; — Capucins, 5 prêtres; — Commanderie du Temple à l'ordre do Malte, 4 Chape-
(1) Par le P. Loriquet : Vie de M. Mitsart, 3 édit. Paris. Poussielgue-Rusand. 1815. p. 107,
lains séculiers ; — Frère des Ecoles chrétiennes^ 25 religieux.
50 Université composée des 4 facultés : Théologie, Droite Médeciney Arts. Dans le Collège de l'Université : Cours complet des ArtSy c'est-à-dire des langues française, latine et grecque, de la poésie, de la littérature, de l'éloquence depuis la classe de sixième jusqu'à celle de rhétorique inclusivement, six années d'études ; puis Philosophie chrétienne, éléments de mathématiques et de physique, deux années. La première des trois facultés supérieures, la Théologie dogmatique s'enseignait aussi dans l'enceinte du collège, et le cours complet était de trois ans. Comme science sacrée, elle donnait ses leçons dans l'antique chapelle de S. Patrice. Cette même chapelle était le lieu des réunions solennelles de l'Université, des thèses de philosophie et de théologie, enfm des cérémonies religieuses du collège et du pensionnat. Tous les professeurs étaientprêtres ; les deux professeurs de théologie dogmatique devaient de plus être docteurs, ou du moins licenciés ; ceux-ci avaient pour auditeurs tous les élèves du grand Séminaire, dont l'emplacement était alors contigu au collège et à la chapelle de S. Patrice. Les Sulpiciens qui avaient la direction de ce Séminaire ne se chargeaient que de l'enseignement de la théologie morale, dont les leçons se donnaient dans l'intérieur et aux seuls séminaristes. Les cours de Droit et de Médecine avaient lieu hors du collège de l'Université.
60 Trois abbayes de femmes : S. Pierre-les-Dames, 44 religieuses Bénédictines (fondée au commencement du Vil® siècle) ; - S. Etienne-les-Dames, 36 religieuses Augustines; — S^® Claire, 42 religieuses Franciscaines (fondée en 1220).
7o Trois autres communautés de femmes : Congrégation de Notre-Dame, 36 religieuses Augustines; — Longault-Fontevrauld, 35 religieuses ; — Carmélites, 25 religieuses.
8o Six hôpitaux : Hôtel-Dieu, 26 Chanoinesses régulières (fondée en 450) ; — Hôpital Général de la Charité, 24 religieuses ; — S^^ Marthe, ou Magneuses, 5 religieuses; — S. Marconi, 12 religieuses; — S. Louis, 3 religieuses ; — Hospice des Orphelins, 30 religieuses, dites Sœurs de TEnfant-Jésus.
Des trente-neuf églises ou chapelles qui existaient en 1790, vingt-neuf ont été détruites, savoir : S. Symphorien, S.Timothée, Ste Balsamie, S. Nicaise, S. Denis, S. Pierre-les-Dames , S. Etienne-les-Dames , Ste Claire, S. Pierre-le-Vieux, S. Hilaire, S. Etiennela-Paroisse, S. Michel, S. Martin, S. Julien, S. Jean, S^e Marie-Madeleine, les Jacobins, les Cordeliers, les Carmes, les Augustins, les Minimes, les Capucins, le Temple, le Longault, le Mont-Dieu et un petit nombre de chapelles qui depuis ont été remplacées par d'autres chapelles à l'usage de quelques maisons de charité nouvellement créées et appropriées aux besoins de l'époque actuelle.
Au reste, dans les nombreuses destructions que nous venons d'énumérer, il y a des pertes qui, même sous le rapport de l'art, ne seront jamais réparées. La plupart des églises remontaient très haut dans l'antiquité: plusieurs offraient dans leur enceinte des monuments antérieurs même au moyen-âge: qr.elques-unes étaient d'une architecture remarquable, onti*e autres Saint-Pierre-les-Damos. Mais que dire de S. Nicaise, ce chef-d'œuvre inconiparable d'architecture gothique pour 1 étonnante hardiesse de ses voûtes, pour radmiral)le légèreté de ses tours
découpées en colonnettes et de ses flèches élancées dans les nues?
On y remarquait d'ailleurs un phénomène toujours inexplicable : c'était un arc-boutant d'un aplomb si parfait que sa tête se balançait très visiblement au branle d'une des plus petites cloches placées dans la tour méridionale, dont il était d'ailleurs éloigné de quarante pieds au moins.
Déplus, il n'avait de communication avec la tour et n'en recevait le mouvement de vacillation que par l'intermédiaire du grand mur méridional de la nef, auquel aboutissait sa tête. Mais ce qui complique singulièrement la difficulté, ce même mur ne pouvait recevoir de la tour que l'impulsion de l'ouest à l'est, c'est-à-dire dans la direction^ non de son épaisseur, mais de sa longueur; supposition qui semble absurde, et que pourtant il faut admettre, sur la foi des milliers de témoins qui ont vu de leurs yeux le phénomène, qui l'ont revu, examiné, étudié durant plus d'un siècle, sans pouvoir s'en rendre un compte satisfaisant, même après les explications que le célèbre auteur du Spectacle de la Nature a essayé d'en donner. v
D'autres expériences fort curieuses et moins inconcevables ont été faites sur la flèche même de la tour. Un couvreur monte jusqu'à la pointe de cette flèche : la tour qui le porte contient quatre cloches, dont deux, mises en volée, se balancent du nord au sud, et les deux autres, mises à leur tour en volée, vont de l'est à l'ouest. Au branle des deux premières, la pointe de la flèche suit le mouvement du nord au sud ; au branle des deux autres, le mouvement de la flèche est de l'est à l'ouest. Mais que va-t-il arriver si l'on sonne les quatre cloches à la fois, et en sui-
vanlleur accord naturel, fa.mi, rr, ni? L'expérience en a été faite ; le hardi couvreur décrivait avec la pointe de la flèche autant de cercles dans Tair que les cloches faisaient entendre de fois le /"a, mi, ré, ut. Il ne fallait rien moins que le marteau révolutionnaire pour attaquer et détruire ce merveilleux monument.
Mais nous avons quelque chose de plus à déplorer. Dans Farrière-chœur de Tabbaye de Saint-Remi, s'élevait un monument si noble dans son architecture et si riche par les précieux matériaux dont il se composait, qu'il eût fallu parcourir la France entière pour trouver quelque chose du même genre qui pût lui être comparé: c'est le mausolée de S. Rémi, l'apôtre des Français. Dans une châsse d'argent massif, dont la forme représentait en petit celle du monument, et toute étincelante d'or et de pierreries, reposaient les restes vénérables de celui qui baptisa Clovis et ses Francs. D'un côté de lu châsse, on voyait le bâton pastoral du saint, et de l'autre, la Sainte Ampoule. C'était une fiole fort petite, contenant du baume coagulé ; une tradition constante, appuyée du témoignage positif d'Hincmar, Tun des plus illustres successeurs de S. Rémi, atteste que le saint-chrême ayant manqué au moment du baptême et du sacre de Clovis^ un ange apporta au saint prélat cette fiole miraculeuse. Une relique si auguste et qui rappelait de si légitimes souvenirs ne pouvait échapper aux fureurs révolutionnaires. Rulh, digne agent de la Convention nationale, arrive à Reims^ se fait livrer la Sainte Ampoule et la brise à coups de marteau sur la place Royale, au cri de: Vive la République! {1 ociohre \193), R croyait avoir anéanti la Sainte Ampoule; il ignorait qu'avant de la lui livrer,
on en avait extrait une partie du baume qu'elle contenait ; que ces précieuses parcelles seraient nonseulement reconnues, mais aussi revêtues du sceau de l'authenticité, et reparaîtraient au sacre des rois très chrétiens.
Reims, le 23 du môme mois, revit cet Armonville qui, élu membre de la Convention, le 3 septembre de l'année précédente, avait reçu le même jour, de la part des assassins, les honneurs d'une ovation. Il se montra digne de ces honneurs. Ce fut lui qui, le 23 octobre 1793, soutenu d'un certain nombre d'impies, monta dans la chaire de S. Rémi, et y fit entendre d'affreux blasphèmes : « Peuple ! s'écria-t-il, tu as été trompé par des prêtres fanatiques ou hypocrites depuis des siècles, il n'y a point de Dieu. L'homme mort, tout est fini; l'âme ne lui survit point... »
Ces paroles étranges furent le signal de profanations qui surpassèrent tout ce qu'on pouvait attendre de la plus insolente impiété. A la chute du jour, ces vils révolutionnaires, qui se glorifiaient du nom de sans-culottes, font soudainement irruption dans l'église de S. Rémi ; ils courent au mausolée, en forcent la porte, en tirent la châsse, et, après en avoir enlevé les précieux ornements, ils la brisent. Alors reparut à la lumière ce corps vénérable, desséché, mais intact, et dont les ossements, tous d'une odeur suave et d'une blancheur éclatante, avaient conservé leur ordre et leur solidité naturelle après treize cents ans de sépulture. A cette vue, quelques-uns des profanateurs tremblèrent d'abord : mais bientôt l'impunité de l'attentat ranima leur sacrilège audace ; ils tirent le saint corps, le disloquent, le mettent en pièces, le foulent aux pieds, le chargent de malédictions, et exercent
sur ces restes sacrés autant dinfamies que les démons eux-mêmes en eussent pu imaginer. Quelques personnes pieuses s'étaient mêlées à ces forcenés; perdues dans la foule, à la faveur de la nuit qui arrivait, elles parvinrent à soustraire quelques parties de ces précieuses reliques.
Les profanateurs couronnèrent leur horrible fête par un dernier attentat qui devait détruire à jamais les dépouilles mortelles de S. Rémi. Ils les réunirent dans leur suaire et les jetèrent dans une fosse du cimetière voisin, entre les corps de deux soldats qui venaient de mourir à Thôpital, de manière que ces ossements sacrés eussent l'un des cadavres sous eux et l'autre dessus. Il était naturellement impossible que la décomposition des deux cadavres n'agît pas sur le corps du saint. Dieu y pourvut.
Vingt mois après cette sépulture impie, apparurent quelques jours de calme et de tranquillité. La religion, qui veillait toujours sur le sacré dépôts profita du moment favorable. Le 5 juillet 1795, un officier municipal se prêta à faire ouvrir la fosse, en présence d'un certain nombre de témoins, également recommandables comme savants et comme chrétiens. On retrouva les restes du Saint parfaitement conservés dans ce foyer de corruption, et le suaire lui-même intacl ot sans aucune altération, même de couleur, quoique constamment mouillé par sa position entre les deux cadavres déjà pourris et à demiconsumés. Après le procès-verbal fait sur le lieu même, on transporta ces restes vénérables chez l'officier municipal, où ils restèrent entermés dans une châsse de bois doré jusqu'au l<^i' octobre 1798, qu'ils reprirent possession de leur église. L'ancien et magnifique monument avait disparu sous les coups d'une
émeute impie. Un riche et généreux habitant de Reims s'otfrità faire tous les frais de celui qu'il s'agissait d'ériger. Le nouveau mausolée s'éleva en forme de rotonde sur le même emplacement (jue l'ancien (1803) ; mais, faut-il le dire, il lui ressemble comme le second temple de Jérusalem ressemblait au temple de Salomon (1).
Aux yeux des voyageurs du siècle dernier, apercevant Reims du haut des collines du sud, rien n'était plus impo.sant que la multitude de clochers de toutes formes et de toutes grandeurs qui s'élevaient d'un bout à l'autre de cette grande cité, au milieu desquels dominaient les tours de la magnifique cathédrale toute couronnée de fleurs de lis, puis les hautes flèches de S. Rémi, et, au point culminant de la ville, la svelte église de S. Nicaise, qui, de ce point de vue. apparaissait dessinée tout entière dans l'azur du ciel. Il était difficile alors de ne pas reconnaître la capitale d'un ancien peuple, la Métropole d'une province ecclésiastique, l'Eglise primitive de la Gaule-Belgique, enfin la cité privilégiée à laquelle le long séjour que le pape S. Léon IX y fit au onzième siècle, les conciles qu'il y convoqua, les nombreuses bulles qu'il y publia, firent donner, dans les siècles suivants, le nom de Petite Rome^ de Nouvelle Rome.
L'ancien diocèse de Reims eût pour premier évêque S. Sixte, vers le milieu du Ille siècle (2). Il était fort étendu, surtout vers le Nord-Est: on en pourra juger par les principaux lieux qui en faisaient partie.
(1) C'était en 1815 qu'écrivait le P. Loriquet; depuis, en 181"^ le nouveau mausolée, débris de l'ancien, s'élève dans la Basilique de S. Rémi (Ed.).
(2) Le P. Loriquet est de Vancienne école, ou mieux de la nouvelle. Le premier Evèque de Reims est du P"" siècle. (Kd.)
C'étaient Sedan, Charleville, Mézières, Rocroi, Château-Porcien, Attigny, Réthel, Mouzon, Bouillon, Epernay, Ay, Fismes, enfin Montfaucon, simple bourg, mais justement célèbre par son Chapitre. Le diocèse comptait 477 paroisses, 360 annexes (1), 7 chapitres, 24 abbayes, dont les principales (après celles de Reims) étaient celles de Saint-Bâle, d'Hautvillers, de S. Martin d'Epernay, de Signy, de Sept- Fontaines, pour les hommes et d'Avenay, pour les femmes.
L'archevêque portait les titres de duc de Reims et de premier pair de France, primat de la Gaule-Belgique, de légat-né du Saint-Siège ; on conçoit qu'une révolution politique n'a pu lui enlever ces deux derniers titres. A lui seul, comme successeur de l'apôtre des Francs, appartenait incontestablement, et sans doute appartiendra toujours, le droit de sacrer les rois de France. Enfin il avait pour sufTragants les évêques de Soissons, deChâlons, de Laon, de Sentis, de Noyon, de Beauvais, d'Amiens, de Boulogne.
(1) Le P. Loriquet commet quelques erreurs, voir VAppendice pré- Tîédent. (Ed).
Reims, Imprimerie E. BUGG, rue Notre-Dame, 4.
Ancienne MaisoHftRISSARTBINET
5s, Rue du Cadrafi'Saint'P terre, 5.
E. DELIGNE, liteire-Editeur. — t RENART. Gérant. Sueeesseui? de :Çi^j. .GIR.RT
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là Champagne.
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