‹ L'église et les églisesChapitre 25 sur 45 · Pastor, Histoire des Papes, T. I · texte numérisé non relu

Pastor, Histoire des Papes, T. I

partout ; l'Europe en armes ; chez nous, la guerre de Cent ans ; l'Espagne harcelée par les Maures ; l'Allemagne divisée par des luttes intestines autour de l'Empire ; de tous côtés, des soulèvements de paysans qui révolutionnent sur place les nations qui se battaient entre elles.

Le Si-Siège, aux prises avec des embarras de toute sorte, reçut le contrecoup de tous ces événements.

Aussi, depuis que Léon XIII a ouvert au public les Archives secrètes du Vatican, à mesure que l'on étudie de plus près, sur les pièces officielles, les actes de ces papes malheureux, l'histoire, mieux avertie de huis difficultés, incline à les juger avec plus d'indulgence.

Une si l'on poussai! plus avant cette enquête, pour rechercher les premiers artisans de celte dislocation lamentable de La chrétienté, il faudrait remonter plus haut, jusqu'aux humanistes, ces intellectuels du temps, qui oui préparé le terrain el amorcé cette décadence.

L'Eglise n'avait pas autremenl pris

Ii \\s I. HISTOIRE

garde à cet engouement pour les chefsd'œuvre de l'antiquité grecque et romaine, dont on pouvait tirer profil, que les universités et les écoles monastiques avaient favorisé el qui paraissait devoir se cantonner dans le domaine des lettres et des a ris.

Il aboutit, au xvie siècle, à ce mouvement de la Renaissance qu'il est difficile de caractériser d'un mot, tant son allure el ses modalités lurent diverses dans les différents pays.

Or, celle littérature remorquait une doctrine, rationaliste el sensuelle, génératrice de scepticisme et de volupté, qui ne larda pas, en Italie surtout, à s'affirmer sans vergogne dans les idées et dans les mœurs : opinions hardies et libertines, élégamment paréesdes charmes frivoles ou lascifs de la philosophie païenne, qui trouvaient de complaisants échos dans cette société follement éprise de l'antiquité ' .

l.A Baudrillart. L'Église el la Renaissance. Ch.I. — Janssen. L'Allemagne à ii fin du moyen </</'• ' ■ '

l'église et les églises dans l'histoire, — 4.

( le n'est pas tout.

Les humanistes ouvrirent la voie aux légistes. Car le Droit romain, puissamment bâti dans sa magistrale ordonnance, ne pouvait manquer d'attirer leur attention, d'autant plus qu'au xiv« siècle, le vieux droit coutumier, si sensé, si libéral, tout détrempé de christianisme, mais mal codifie devenait insuffisant. Au lieu de le remanier, de le mettre au point, de le corriger par de sages adaptations, on le dédaigna pour suivre le courant. On prôna le droit romain, le code païen de la Rome antique qui portait dans ses flancs et ramena peu à peu dans la société du moyen Age le fléau de l'absolutisme, l'omnipotence du pouvoir civil '.

C'était la négation du principe sur lequel reposai! toute la chrétienté.

p. 50,580. Ibid.T. Il, p. 22. — Pastor, //' des Papes T. I. Introd. p. 16. — Revue d'Apolog. T. III, p. :;r>7 . Nourrit. .

I.Ja; hes, L'Allemagne à la fin <ln Moyen âge, I . I, p. {'■>.. Ki in h. L Église aux tournants <!<■ l'His-

toire, |> '.''.,. — Bri i m. m ., La renaissance du paganisme en morale.

h \\s I. HISTOIRE

La politique à son tour s'affranchissait de l'Evangile cl de la loi morale, le Droit public se sécularisait.

Désormais les États s'émanciperont les uns 1rs autres. Ils lâcheront la main de l'Eglise. Ils voudront marcher seuls. Il y aura encore des rois catholiques, mais on ne reverra plus 1rs gouvernements chrétiens du moyen âge. Car cette indépendance frondeuse ou hostile de la puissance laïque vis-à-vis de l'Eglise, vieux levain de paganisme, fermentera sans cesse au sein des Parlements cl

dans les conseils des Princes.

Désormais, lous les régimes, quelle ([ne soil leur étiquette, monarchie, empire ou république, en inséreront la formule hautaine dans leurs Constitutions, quitte à mendier quand même, mais de la main gauche, l'appui de l'Eglise par • les < ioncordats.

Ils le.-, dénoncent bruyamment aujourd'hui pour se l'aire croire à eux-mêmes qu'ils n'eu ont pas besoin ;et, ils ae les ont [tas plutôt déchirés, qu'ils essaient

d'en ramasser subrepticement les morceaux, parce que la rude leçon des choses leur fait sentir bientôt qu'ils ne peuvent pas s'en passer.

.Mais j'anticipe sur les événements : ce sont les mots qui m'entraînent, car nos politiciens modernes, héritiers des légistes, parlent des empiétements de l'Eglise, de la suprématie de la société laïque, des droits souverains de l'Etat, tout comme ceux du xv° ou du xvi° siècle.

.Même en ces temps calamiteux, les masses avaient gardé la foi. Les hautes classes étaient beaucoup plus atteintes que le peuple. Il y avait du déchet, mais tout n'était pas gâté. Les fraternités franciscaines élaienten pleine prospérité. Le Tiers-Ordre fournissait le meilleur noyau des Communes el des Corporations de métiers. Il entretenait, dans les institutions nouvelles, la sève chrétienne du moyen âge. Les pèlerinages prenaient des proportions dont rien ne peut aujourd'hui nous donner l'idée. Les foules se passionnaient pourles représentations

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des Mystères. C'était l'époque <»ù parul le Livre de limitation.

( >n comptait des grands saints dans tous les pays, forl mêlés à la vie populaire, qui créaient el entretenaient des centres puissants d'action catholique, à côté, au milieu des pires misères.

Mais ces contrastes ne faisaient que rendre plus criants les abus, plus odieux et plus insupportables les scandales.

— A force d'avoir été retardée par le schisme, parla mutineriedes Conciles du xvc siècle, par un retour offensif de l'Islam '. par la malveillance intéressée des Princes, par la force des choses, par la difficulté même de l'entreprise, celle réforme qu'on attendait, qu'on réclamait.

qui s'imposait, finit par arriver trop tard.

Luther, comme le Génie du mal, surgit du sein de ces désordres.

Avec son éloquence Apre et incisive, il capta toutes ces impatiences. 11 ex-

1. Janssbn, L'Allemagne el la Réforme, T. I. p. 4>S7 ; 11,271, 523; III, 9, T>7, 269.— P. Nourry, Rev. dApol., T. III, p. 287 et 331.

ploita le mot qui était dans toutes les bouches, et, prêchant la réforme, il lit la Révolution dans l'Eglise.

Plutôt que de mutiler le dogme, le Concile de Trente subit celle mutilation territoriale. Il entreprit la vraie Réforme. Il la lit loyale, profonde, radicale '.

L'Eglise sortit de cette crise meurtrie, mais assainie, fortifiée, maîtresse d'elle-même et ferme sur ses positions.

11 y eut soudain une détente, un réveil des âmes religieuses, une exubérance de vitalité chrétienne, une telle explosion de prosélytisme qu'il fallut organiser à Home tout un ministère, la Congrégation de la Propagande, pour diriger cette expansion coloniale <[iii consolait L'Église de h défection des nations protestantes -.

Des ordres nouveaux se fondent, plus libres d'allure, pins souples, plus mili-

1. A. Bai driixart, L'Église catholique, lu Renaissance et le Protestantisme, ch. VI. p. 183. Jans- L' Allemagne cl In lléforme, T. IV. p. 153-422.

\ Bai i-i-.iii.Mn-. Ibid., \>. vis.

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lanls, dont la Compagnie de Jésus esl le type le plus expressif, qui seront, dans la main du Pape, de merveilleux instruments d'Apostolat '.

La Papauté a repris sa vigueur constitutionnelle. Son autorité doctrinale ne scia plus discutée.

Le Jansénisme, hérésie cauteleuse, tenace comme wn chancre, ne contestera pas la condamnation du St-Siège, mais il s'y dérobera, cherchant à l'esquiver par de misérables Faux-fuyants.

— Sur le terrain politique, la situalion de l'Eglise esl moins solide.

Elle n'a pas grand crédit auprès de ces monarchies omnipotentes, qui se disputent l'hégémonie de l'Europe. Dévols ou libertins, les Itois se servent de la Papauté quand ils en ont besoin et n'hésitent guère à pactiser avec les partis hérétiques lorsque leur diplomatie y trouve son profit.

Dans leurs chancelleries, on dit vo-

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