Vasâri, II
3. Crowe et Cavalcaselle, II, 283. Ces deux auteurs attribuent ces fresques à Masaccio qui les aurait exécutées au début de sa carrière. 'Mais les études récentes de M. Franz Wickboff rendent cette attribution impossible et montrent bien que Masolino est l'auteur de la décoration de cette chapelle. Frakz Wickhoff, Die Fresken in der Capelle der heiU Katharina in S. Clémente zu Rom. {Zeitschrift fur bildende Kunsty
xxrv, 12.)
huit ans plus tard, devait décorer, à la demande du même cardinal, l'église de Castiglione. Mais devenu le pape Eugène IV, le cardinal Condulmier devait aussi se montrer un protecteur éclairé des arts, et il est possible qu'il en ait eu le goût dès son cardinalat. Quoi qu'il en soit, il est certain que ces peintures excitèrent l'admiration, contribuèrent à aviver à Rome l'inspiration artistique, et que c'est à la générosité d'un cardinal que l'on en fut redevable.
Le cardinal Louis Alaman, archevêque d'Arles, fut, comme Branda, un ami du beau, sachant à merveille distinguer ceux qui pouvaient le mieux l'exprimer ; il le prouva pendant sa légation à Bologne. La grande œuvre de reconstruction de la basilique San-Petronio se poursuivait toujours ; il s'agissait, en 1424, d'entreprendre l'exécution de la principale porte de l'église. Pour les sculptures qui devaient l'orner, Alaman s'adressa à Jacopo délia Quercia. Illustre parmi les artistes de son temps, grâce aux œuvres dont il avait décoré les églises et les villes de la Toscane, rénovateur de la sculpture qu'il avait ramenée à l'antiquité et à la nature, vrai précurseur de Donatello, Jacopo délia Quercia était à l'apogée de sa gloire, lorsque, en 1425, il vint à Bologne. Le contrat entre l'artiste et le légat fut signé le 28 mars, et l'on convint du prix de 3.600 florins pour l'exécution de la porte de San-Petronio. Jacopo délia Quercia y travailla douze ans, jusqu'à sa mort en 1438. C'est de lui que sont les feuillages qui encadrent l'entrée et les scènes tirées de l'Ancien Testament qui la décorent; sur le tympan, la Vierge et l'Enfant Jésus sont représentés entre saint Pétrone et un autre saint.
i. Vasàri, II, 115.
Louis Alaman témoigna d'un goût aussi éclairé pour les lettres que pour les arts, puisqu'il sut attirer chez lui Filelfe. Il lui fît un accueil si honorable que Filelfe se plut à le décrire à ses amis. Parti de Venise le 13 février 1428, il était arrivé dans sa nouvelle résidence le 17; « le surlendemain, écrit-il à Aurispa, je reçus la visite du trésorier apostolique Alberti, de l'antique et illustre famille florentine des Alberti ; ce célèbre jurisconsulte, doué des plus hautes qualités, m'é^ tait envoyé par le légat Louis Alaman, cardinal d'Arles. Après m'avoir salué avec la plus aimable courtoisie, il m'invita à l'accompagner chez le cardinal, qui, m'assurait-il, était très désireux de me voir ; et lorsque je me trouvai devant le légat, il m'accueillit avec une telle aménité et de tels honneurs qu'il est impossible d'imaginer une réception plus agréable et plus honorable. Puis, spontanément, il me fit les offres les plus brillantes ; je ne vous les énumère pas, de peur de paraître trop vaniteux. Bref, je suis chargé d'enseigner à Bologne l'éloquence et la philosophie morale, avec un traitement de quatre cent cinquante ducats, dont trois cents me seront payés par le trésor et cent cinquante par la cassette privée du légat. Autant qu'on en peut juger, ce début est du meilleur augure ^ . » Ces heureux présages ne devaient pas se réaliser ; moins de huit mois plus tard, les troubles de Bologne déterminaient Filelfe à aller chercher une vie plus sûre à Florence.
Ce ne fut pas sans regrets que les repréâentants du pape apprirent cette résolution de Filelfe ; ils essayèrent même de s'opposer de force à son exécution. Dominique Capranica, qui, sous le pontificat suivant, devait être l'honneur du Sacré-Collège, commandait, à la fin de
i, FiLE^iFE, Epist.f I, p. 4.
112 rÉGLISÇ ET LES ORIGINES DE LA RENAISSANCE.
1428, les troupes pontificales qui assiégeaient Bologne révoltée. Espérant s'emparer bientôt de la ville et y garder l'illustre humaniste qui pensait à la quitter, il refusa à Filelfe le sauf-conduit qu'il avait demandé pour se rendre à Florence; ce ne fut qu'après plusieurs mois qu'il se décida à le lui donner ^ .
Comme le palais du légat, le palais épiscopal de Bologne était un centre de vie intellectuelle. L'évéque Nicolas Albergati, cardinal de Sainte-Croix, avait confié la direction de sa maison à un jeune homme qu'il avait distingué parmi les étudiants de l'Université, ordonné et pris pour secrétaire, Thomas de Sarzane, celui-là même qui, trente ans plus tard, devait s'asseoir sur la chaire de Saint-Pierre sous le nom de Nicolas V. Maître Thomas entreprit, au nom de son évêque, la reconstruction du palais épiscopal, tel que nous le voyons aujourd'hui. Il contribua aussi sans doute à constituer ce groupe d'humanistes qui vivaient dans la familiarité d'Albergati. Dans le nombre, mentionnons Filelfe qui, pendant son court séjour à Bologne, fut admis dans cette intimité ; Albergati lui témoigna une telle bienveillance et lui inspira un tel respect que, quinze ans plus tard, malgré son penchant à l'ingratitude, Filelfe devait faire en termes émus son oraison funèbre. Dans ce milieu de lettrés, on distinguait aussi un jeune homme qui avait dû quitter sa ville de Sienne et sa famille ruinée pour chercher fortune à Bologne. Il avait trouvé auprès d'Albergati une paternelle hospitalité qui lui permettait de poursuivre ses études et de commencer la carrière littéraire et politique qui devait le conduire, lui aussi, au souverain pontificat. C'était iEneas Silvius Piccolomini, dans la suite