‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 61 sur 153 · Blondus, in · texte numérisé non relu

Blondus, in

2. Eroli, Raccolta epigrafica, storicay bibliografica del Panthéon di Agrippa^ p. 365.

De toutes les pièces d'orfèvrerie qu'il fit exécuter, la plus précieuse fut la tiare qu'à l'exemple de Martin V, il demanda au célèbre sculpteur Ghiberti, pendant son séjour à Florence, à l'occasion du concile de 1439. Elle excita l'admiration des contemporains, et Ghiberti lui-même la décrit ainsi avec complaisance, dans ses Mémoires : « Le pape vint habiter la cité de Florence ; il me commanda une mitre d'or dont le métal pesait quinze livres, les pierres précieuses cinq livres et demie ; tout cela fut estimé par les joailliers de notre pays trente-huit mille florins. Ce n'étaient que rubis, saphirs, émeraudes et perles; sur cette tiare, étaient posées six perles grosses comme des noisettes. Elle portait de nombreuses figures et était très ornementée. Devant, était l'image de Notre-Seigneur, sur son trône, entouré d'anges; derrière, celle de Notre-Dame, siégeant pareillement au milieu d'anges; il y avait en outre les quatre évangélistes et, sur la bordure, une troupe d'anges; c'était une œuvre de la plus rare magnificence. » Outre cette tiare et celles qu'il tenait de ses prédécesseurs, notons encore celle qu'Eugène IV avait commandée, dès 1431, à l'orfèvre romain Nardo di Pietro di Domenico^

Les comptes de la Chambre apostolique nous donnent quelques détails sur les roses qui furent décernées, en 1435, à l'empereur Sîgismond; en 1437, à la cathédrale de Florence, Sainte-Marie des Fleurs; en 1442, à Rinaldo Orsinî, comte de Tagliacozzo; en 1444, au roi d'Angleterre, Henri VL Nous y voyons que c'étaient de vrais objets d'art exécutés par les maîtres de l'orfèvrerie florentine, le plus souvent par Rinaldo Ghini ;

i. Ghiberti, Commentaires^ p. 50. — Vasari, II, S36. — Mûntz, La tiare pontificale, p. 291.

leur valeur intrinsèque dépassait parfois cent florins (cinq mille francs) ; elles étaient, de plus, artistement ciselées et décorées. Nous avons aussi la description de l'épée qui fut donnée, en 1434, à la ville de Florence. Elle avait été faite par le joaillier Angelo di Cola dont l'humaniste Ambroise le Camaldule vante le goût et le talent; la lame était d'argent doré, la poignée de fer travaillé et de cristal, la gaine de bois sculpté ; le tout était estimé environ cent florins.

Des circonstances imprévues déterminaient souvent le pape à quelque nouvelle libéralité. Lorsqu'il nommait un cardinal, il lui donnait un anneau, qui, parfois, était un objet d'art. A plusieurs reprises, il fit don à des églises de beaux reliquaires; l'inventaire du trésor de Saint-Pierre du Vatican mentionnait, comme venant d'Eugène IV, un reliquaire d'argent, contenant la tête de saint Sébastien ; des pierres précieuses y étaient enchâssées,, et l'on y avait ciselé les images dés apôtres.

L'art de la broderie et de la tapisserie se développa avec celui de l'orfèvrerie. N'était-il pas nécessaire pour embellir les mitres et les ornements pontificaux, décorer de tentures les grandes salles de réception du Vatican, pourvoir de beaux étendards les armées et les cortèges de l'Église? C'était en Flandre et en Artois, dans les riches villes de Bruges, Gand, Arras, que cet art était le plus florissant ; ce fut de là que l'influence de la Flandre pénétra jusqu'à la cour pontificale. Parmi les riches tentures que mentionnait ^ l'inventaire du Vatican, se trouvaient des tapisseries \ historiées envoyées aux papes par le duc de Bourgogne [ Philippe le Bon. Déjà, en 1423, Martin V avait reçu du généreux duc ^ « six pièces de tapisseries faites et

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