PREMIERS DISCOURS DIS ROUSSEAU. — LE CHRISTIANISME CHINOIS
PROSPER LAMBËRTIN1.
Au milieu de ce concert de vœux et d'espérances, où l'unanimité des voix était l'image fidèle de l'étroite union des cœurs, une protestation hautaine et retentissante comme un cri de guerre en vint tout à coup troubler l'harmonie. Le Discours sur les sciences et les arts avait paru. Quel en était l'auteur? un défenseur de l'ancien ordre de choses? Non. Par la plus incroyable des contradictions, c'était un représentant des idées nouvelles, un ami de Diderot et de Grimm, Rousseau. A ces lettrés, à ces savants» â ces philosophes, à ces politiques épris de leur œuvre, il disait ; <c Votre œuvre, c'est la corruption. » Et, pour les dénoncer, il avait su trouver des accents d'une éloquence mâle et forte, sans modèle jusque-là dans la langue française.
La vie et le caractère de Rousseau expliquent, je ue dirai pas cette réaction, puisqu'il n'en fut que l'instrument et non la cause, mais l'étrange et singulière prédestination qui l'en fit l'interprète en dépit des mille impossibilités qui semblaient lui interdire ce rôle. Cœur ardent et passionné, ému jusqu'aux larmes à dix ans par la lecture de Plutarque, le malheur, plus précoce pour lui que pour les autres hommes, l'avait comme pris par la main et arraché tout enfant aux soins et aux caresses de la famille pour le jeter prématurément dans le monde des faibles et des opprimés.
Depuis, il avait erré sur tous les chemins, tantôt accueilli, tantôt rebuté, toujours soutenu par une indomptable espé-