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I. La Rome des Empereurs finit

Constantin a transporté le siège de l'Empire à Constantinople. Rome est en quelque sorte une citadelle ouverte et abandonnée, et les races barbares y entrent à flots.

Voici d'abord Alaric et les Wisigoths. A la tète de deux cent mille hommes, Alaric franchit les Alpes. Il a entendu, dit-il, une voix inconnue qui lui crie d'en haut : « Marche, marche, et va saccager Rome ! » Une première fois il se laisse fléchir, et les Sénateurs romains achètent de lui à prix d'or une paix honteuse et momentanée. Mais il reparait bientôt, et Rome est décimée en même temps par la famine, la guerre et la peste. Dans la nuit du 24 août 410, Alaric envahit la cité reine et pendant huit jours les Wisigoths brisent les chefsd'œuvre de l'architecture, incendient les plus beaux monuments, pillent toutes les maisons et ne respectent ni la pudeur des femmes, ni la faiblesse des enfants, ni les cheveux blancs des vieillards. Cependant la fureur du roi barbare s'arrête devant les basiliques de Saint-Pierre et de Saint- Paul et les déclare lieux d'asile pour quiconque s'y

réfugierait. Au mijieu de ce naufrage du monde romain, la croix restait seule debout, et le pape Innocent Ier apaisant les Barbares et consolant les vaincus élevait les prodiges de la charité chrétienne à la hauteur des calamités publiques. Cependant la tragédie ne fait que commencer, et bientôt de nouveaux acteurs entrent en scène.

Voici Attila et les Huns. Ils sont d'une laideur formidable. On les prendrait pour des bêtes à deux pieds, dit un historien du temps ; aussi rapides que des aigles, ils s'abattent des hauts plateaux de l'Asie, chassant devant euxles troupeaux de Barbares qui ont déjà ravagé l'Empire. Attila est leur chef. Il s'empare de la Germanie et de la Scandinavie. Il domine la Perse. Il dicte des lois à Gonstantinople et lui impose de honteux tributs. Il se présente dans les Gaules. Il passe devant Paris protégé par les prières de sainte Geneviève. Il arrive sous les murs d'Orléans. Messieurs, vous savez tous cette histoire. Orléans avait un Evêque , saint Aignan , qui savait prier et agir. Par les soins de l'Evêque d'Orléans, Attila quitte notre ville, poursuivi par Aetius, Théodoric et Mérovée, c'est-à-dire par les Romains, les Wisigoths et les Francs. Il est battu dans la campagne de Châlons-sur-Marne, et il s'enfuit dans sa Pannonie. Mais le fléau de Dieun'avait pas fini sonceuvre.il n'a rien fait tant qu'il n'est pas venu à Rome. Il organise donc une nouvelle invasion, et le voilà à Aquilée, à Vérone, à Milan, à

Rome. Le pape Léon, revêtu de ses habits pontificaux, se présente devant le roi barbare. Il parle, il implore, il menace, et, chose étonnante ! Attila s'apaise à la vue de ce vieillard, il baisse son glaive et se retire devant l'apôtre de Jésus-Christ. Il meurt bientôt après, et Rome est sauvée. Hélas ! ce n'est pas pour longtemps. Après les Wisigoths et les Huns, de nouveaux acteurs paraissent sur la scène.

Voici Genséric et les Vandales. Genséric vient des rives africaines avec une flotte formidable, il débarque à Ostie, il est aux portes de Rome. Le pape Léon le Grand se présente devant Genséric comme il s'est présenté devant Attila. Mais tout ce qu'il peut obtenir ce fut la vie sauve pour ses concitoyens et la conservation des trois principales églises de Rome. Durant quatorze jours et quatorze nuits, la ville entière est livrée au pillage. Des milliers de captifs sont embarqués pour Cartilage, où l'évêque Deogratias leur ouvre des bras paternels et essaie par les industries de sa charité de leur adoucir les amertumes de l'exil. En moins d'un demi-siècle Rome se voyait deux fois prise, pillée et saccagée, en 410 par Alaric, en 455 par Genséric. Les derniers Empereurs d'Occident ne sont plus que des ombres de souverains. Un dernier souffle va les faire disparaître.

Voiri Odoacré et les Hérules. Odoacre, roi des Hérules, n'a pas de peine à vaincre et à supplan ter le jeune Romulus Augustule et à se faire pro-

clamer roi d'Italie sous le titre de Patrice, que lui donne le Sénat humilié. Nous sommes en l'année 476. L'Empire d'Occident s'achève. La Rome des Empereurs est finie !

Un grand destin s'achève, un grand destin commence I

IL La, Rome des Papes commence.

Pendant les neuf premiers siècles, de saint Pierre martyrisé sous Néron au pape Léon III couronnant et sacrant Charlemagne en l'année 800, on distingue trois périodes dans l'histoire de la papauté.

1° La période des martyrs. Dieu a voulu que pendant trois cents ans l'Eglise et son chef donnassent leur sang pour la vérité. Dieu l'a voulu, et il a bien fait. Si les Papes avaient eu la protection des Césars, on nous eût dit que l'Eglise de Rome était devenue la première, parce qu'elle était assise dans la première ville de l'Empire, sous la pourpre impériale ; mais, saint Pierre venant, le bâton à la main, pour se faire crucifier dans Rome, lui et ses successeurs, pendant trois siècles, l'intluence civile ne pouvait plus rien réclamer dans l'établissement du Pontificat. Cependant, si la persécution était nécessaire à l'origine, elle ne pouvait pas durer toujours. Un jour vint, après trois siècles, où, le monde étant vaincu par

la force du martyre et la grâce de Dieu, la Papauté entra dans une seconde période qui dura presque deux siècles, de Constantin à Romulus Augustule, de Tannée 312 à l'année 476.

2° La période de F ascendant moral. Constantin prend son trône et l'emporte aux extrémités de l'Europe, au bord du Pont-Euxin, afin de laisser à la majesté pontificale toute la vieille Rome avec sa puissance naturelle et son indicible illustration. Lorsque Théodose partage entre ses deux fils l'Empire d'Orient et celui d'Occident, c'est à Milan que s'installe l'Empereur d'Occident et non point à Rome. Les Wisigoths, les Huns, les Vandales, les Hérules tombent successivement sur la Ville Eternelle. Pendant ce temps que font les Empereurs? Presque rien. Et les Papes? Ils sont à Rome. Ils prient, ils parlent, ils agissent. Autant qu'ils le peuvent, ils arrêtent les ravages de l'invasion. Ils relèvent les ruines. Ils réconfortent les âmes. Ils soulagent les misères. Ils apaisent les vainqueurs, ils soutiennent les vaincus. En un mot, ils régnent pnr l'ascendant moral. Puis, quand les Empereurs disparaissent définitivement de Rome, la Papauté reste à son poste, et jusqu'à Charlemagne, sans posséder la souveraineté de droit, elle exerce la souveraineté de fait. Les Papes sont les tuteurs des peuples délaissés et terrifiés. Ils régnent par la force des choses. C'est la troisième période.

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3° La période de la nécessité. Les Empereurs sont partis et les Barbares continuent d'affluer sur l'Italie.

Le roi des Ostrogoths Théodoric envahit l'Italie et supplante Odoacre. La lutte existe non plus entre Barbares et Romains, mais entre Barbares et Barbares, entre les Hérules et les Ostrogoths. Et au sein de ce chaos les Papes travaillent et poursuivent leur œuvre de civilisation. Théodoric entre à Rome Fan 500, revêtu des insignes impériaux. Le Pape le reçoit à la tête du clergé, et le préfet de Rome, Boëce, à la tête des Sénateurs qui lui votent une statue d'or. Mais, chose remarquable, les conquérants passent à Rome comme des voyageurs et ne s'y installent pas comme souverains. On dirait que le bras de Dieu ne leur permet pas d'usurper la ville qui doit devenir la ville des Papes après avoir été la ville des Césars, la capitale du monde catholique après avoir été la capitale du monde romain. Théodoric réside à Terracine et à Vérone, et il meurt à Ravenne en 526. Cependant les invasions touchent à leurterme. Voici un dernier peuple qui arrive de la Scandinavie et qui fond du haut des Alpes sur le nord de l'Italie.

Ce sont les Lombards avec leur chef Alboin. Ils établissent leur empire dans la ville de Pavie, fondent des duchés, et peu à peu, sous l'action de l'Eglise catholique, se civilisent et se convertissent. A ce moment-là, pendant que les Empereurs de

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Constantinople inaugurent les hontes du Bas- Empire, un grand Pape est à Rome et subvient aux nécessités du peuple Italien et de l'Eglise tout entière : c'est saint Grégoire le Grand. De Rome, il dirige les nations les plus lointaines; il réprime l'orgueil naissant des patriarches de Constantinople ; il console l'Afrique et la fortifie ; il confirme en Espagne les Wisigoths convertis de l'Arianisme ; il envoie des apôtres à l'Angleterre ; il réforme la discipline en France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre. Et en même temps il sauve Rome et l'Italie que les Empereurs ne pouvaient aider; il fléchit les Lombards et les ramène à la foi catholique avec l'aide de la reine Théodelinde, illustre femme dont la main était aussi douce que ferme pour tenir les rênes d'un Etat. Grégoire le Grand meurt en l'année 604; son pontificat fait époque dans l'histoire, car il marque

L'apparition de la Rome papale remplaçant définitivement la Rome impériale. Tous les Barbares établis dans l'ancien Empire d'Occident sont devenus chrétiens. Quelques années après, en 607, le pape Boniface IV accomplit à Rome un acte qui semble marquer la conquête définitive du christianisme sur l'ancien paganisme. 11 reçoit de l'Empereur d'Orient, Phocas, le Panthéon où toutes les fausses divinités avaient trôné pendant tant de siècles, et jusqu'alors conservé comme un objet

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d'art. Il y fait transporter vingt-huit chariots d'ossements des martyrs, et il consacre l'édifice à la très Sainte Vierge sous le vocable de Sainte-Marie aux Martyrs.

Résumons-nous. Pendant de longs siècles, de Constantin à Charlemagne, les Papes sont à Rome, gardiens de l'Occident contre les Barbares. Rome, neuf fois prise d'assaut, fut neuf fois par eux relevée de ses ruines. Et en même temps qu'ils apaisaient les Barbares, ils les convertissaient et en faisaient de nouveaux peuples transfigurés par l'Evangile. Les Papes jouissaient ainsi, de par leurs services et de par la volonté des peuples, d'une demi-souveraineté qui n'attendait plus, pour devenir complète, qu'une dernière consécration. Vous savez qui acheva cette œuvre depuis longtemps élaborée. Vous savez qui installa dans Rome la souveraineté civile de la Papauté. Ce fut la France par l'épée de Charlemagne. Nous le verrons.

Amen!

QUATRIEME CONFÉRENCE

L'Église et les Musulmans V CHARLES-MARTEL

Messieurs,

Il y a des hommes timides et de peu de foi qui s'étonnent et se scandalisent des secousses redoutables qui ébranlent l'Eglise dans ce siècle. Ils ont tort. L'Eglise s'appelle d'un nom qui caractérise bien toute son histoire. Elle s'appelle militante. Et en effet sa vie n'est qu'une longue série de luttes. A peine a-telle fini de vaincre, qu'elle recommence à combattre. Tenez. Sur les ruines de l'Empire romain elle vient de subir le choc des Barbares. Elle les a disciplinés et 'assujettis à la loi de l'Evangile. Et toul à coup voici un nouvel ennemi qui se lève du fond de l'Arabie. C'est Mahomet. Aujourd'hui le mahomélisme n'est plus qu'une ruine qui encombre et déshonore leutonde. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Pendant dix siècles le mahométisme a été le grand péril de l'Europe chrétienne et de l'Eglise catholique. Etudions ces luttes gigantesques, et

d'abord le premier essor de l'Islamisme jusqu'à sa défaite entre Tours et Poitiers par Charles-Martel en l'année 732.

I. La puissance musulmane fait son apparition au commencement du viie siècle.

Mahomet est son fondateur. Orphelin à l'âge de treize ans, confié à la tutelle d'un parent qui le destinait au commerce, il suit des caravanes et fait de nombreux voyages, dans lesquels il recueille les traditions chrétiennes, juives et idolâtres. A vingt-cinq ans il entre au service d'une riche veuve du nom de Kadischa, qui lui donne sa main et sa fortune. C'est alors que l'idée lui vient de fonder une religion nouvelle dont il serait le prophète, et un nouvel Empire dont il serait le Souverain. Son plan est à la fois politique et religieux. Comme tous les Césars païens ou hérétiques, il veut réunir dans sa main les deux puissances, spirituelle et temporelle. Pour mûrir son rêve de réforme et de conquête, il se retire dans une grotte solitaire où il reçoit de l'ange Gabriel, dit-il, sa mission et les versets du Coran. Puis il commence son œuvre. Mais, en prêchant contre l'idolâtrie, il suscite la haine des tribus arabes. Il s'enfuit à Médine, et c'est de cette fuite ou hégire que date 1ère musulmane (622). Sa

fuite est le commencement de son triomphe. Il fait retentir l'Arabie du cri fameux : « Dieu est Dieu, et Mahomet est son prophète. » Sa parole entraînante, sa figure noble et imposante, l'irrésistible séduction de son sourire, sa vaste intelligence, son intrépidité dans les combats subjuguent, enchantent les imaginations, dans ces vastes déserts où la tente arabe a été de tout temps la demeure chérie de la poésie et des passions guerrières. Par la force des armes et par l'ascendant de son génie, Mahomet convertit à sa religion, dans l'espace de dix ans, les peuples répandus entre l'Euphrate et la Moka, entre la mer Rouge et le golfe Persique. Il meurt la dixième année de l'hégire empoisonné par une femme juive.

.La puissance musulmane est fondée. Mais sur quoi est-elle fondée? Sur la force d'abord. Mahomet n'a pas plusieurs moyens de conversion et de conquête, il n'en a qu'un : l'épée. Il fait appel non à la parole, mais au cimeterre. 11 charge ses légions, en enfonçant leurs traits, de graver le Coran dans le cœur de l'humanité. Il fait porter sa doctrine par des escadrons. Tout son programme se résume en deux mots : Crois ou meurs ! Mais à l'épée il faut un point d'appui. Mahomet lui en a donné deux : l'ignorance et le vice. Devant Mahomet, le monde fit silence, mais un silence d'esclave, un silence de vaincu, un silence qui le déshonorait. Et l'ignorance qui a présidé à la naissance de l'Is-

lamisme pèse aujourd'hui encore sur la terre musulmane. Et en même temps qu'il décrétait les ténèbres, Mahomet détruisait la moralité, en léguant à ses disciples des mœurs infâmes et des espérances éternelles aussi infâmes que ses mœurs.- « L'Arabe comme un cheval indompté, dit Lacordaire, a bien obéi à son maître, quand ce maitre l'a lancé par le monde avec un coup d'éperon qui lui promettait la victoire; il s'est bien jeté, la tête ardente, les jarrets souples, le poil hérissé, pour niveler les peuples sous son puissant passage; mais, quand il a fallu lui mettre à la bouche le frein de la pureté, il en a broyé les anneaux d'acier, et il s'est trouvé que la doctrine qui le poussait à la conquête du monde était une doctrine moins fortement trempée que ses muscles et son poitrail. » Et en effet le Coran autorise la polygamie et le divorce, et lâche la bride à toutes les mauvaises passions. Qu'est-ce que le Paradis de Mahomet? Un lieu de jouissances matérielles et grossières. L'épée, l'ignorance et le vice : voilà le trépied sur lequel repose la puissance musulmane. Si, après cela, l'Islamisme se glorifie du nombre de ses adhérents, je déclare que c'est un nombre sans valeur, puisqu'il n'entraîne avec lui qu'une plus grande masse d'esclaves, d'abrutis et de corrompus.

L'Islamisme a été puissant par le nombre. En moins de deux siècles les invasions musulmanes couvrent l'Asie, l'Afrique, l'Europe, et menacent

de submerger l'Eglise catholique, à peine remise de la secousse des Barbares. Dès son origine l'immense Empire musulman se divise en trois immenses tronçons : les Abassides en Asie, les Omniades en Espagne, les Fatimites en Afrique. Mais un lien unique et puissant réunit toutes ces branches et les anime du même esprit : la haine du Christianisme. Partout le musulman est persécuteur. En Asie, en Espagne, dans la malheureuse Afrique déjà si cruellement éprouvée par l'invasion des Vandales, l'Eglise catholique compta des martyrs de la persécution musulmane. A la mort de Mahomet, ses successeurs prennent le nom de califes ou vicaires du Prophète, et poursuivent ses projets d'invasion. Les armées musulmanes attaquent d'abord la Syrie, et, après avoir battu les Grecs, font la conquête de la Palestine, de laPhénicie et de l'Asie occidentale. Le calife Omar fait construire à Jérusalem la première mosquée en 638. Les mahométans divisent ensuite leurs forces en deux parties : l'une, dirigée contre la Perse, renverse cette monarchie ; l'autre envahit l'Egypte, prend Alexandrie dont on brûle la magnifique bibliothèque et s'empare de tout le littoral africain.

L'Europe est envahie à son tour. Au commencement du vme siècle les Musulmans franchissent le détroit de Gibraltar. Ils sont en Espagne. Ils font disparaître la dynastie des Wisigoths, et en quelques années toute la péninsule leur est acquise et forme

le califat de Gordoue. Certains historiens ont beaucoup vanté la civilisation arabe. Il y a là de l'exagération. Sans doute les Maures d'Espagne réussirent dans les sciences exactes, dans l'astronomie et l'algèbre; dans la médecine ils acquirent, à la suite d'Avicenne et d'Averroès, une certaine réputation. Mais c'est là tout leur mérite. Leur architecture ne doit pas môme passer pour une merveille, car elle n'est qu'une altération du style byzantin. Les musulmans, sous le nom de Maures ou de Sarrasins, étaient les maîtres de l'Espagne. Cependant le germe de la foi catholique restait au sein du pays. Une poignée de chrétiens Wisigoths, réfugiés dans les montagnes des Asturies, sous la conduite de l'héroïque Pelage, formèrent au sein de l'invasion un petit royaume qui fut le berceau de l'Espagne chrétienne du xve siècle. Victorieuse en Espagne, la puissance musulmane franchit les Pyrénées et tombe sur la Gaule. C'est là qu'elle arrête son essor et qu'elle trouve sa première défaite.

II. Le roi des Francs Charles-Martel arrête la puissance musulmane.

Jamais, depuis Attila, invasion plus redoutable n'avait menacé l'Europe. Le torrent qui a déjà inondé l'Asie, l'Afrique et l'Espagne déborde par

dessus les Pyrénées et couvre la Septimanie. Narbonne succombe, et la domination arabe est maîtresse de toute la contrée. L'Aquitaine est menacée par Abdérame, chef des Musulmans. Le roi Eudes, duc d'Aquitaine, voit son armée détruite devant Bordeaux, cette ville incendiée, l'Aquitaine au pillage, ses habitants massacrés. Il se réfugie auprès du roi des Francs, reconnaît sa suzeraineté et obtient son secours contre l'ennemi commun de la chrétienté. La situation était grave. L'univers entier allait être asservi à Mahomet, c'est-à-dire toutes les nations allaient être asservies à la domination brutale d'une secte conquérante et antichrétienne, toutes les femmes asservies aux brutales passions de l'homme, enfin toute la raison humain*» asservie à la brutale imposture du cimeterre. En un mot, le genre humain tout entier allait devenir ce que nous voyons que l'Asie et l'Afrique sont devenues depuis onze siècles sous l'empire du mahométisme.

Charles-Martel fait un appel belliqueux à tous les guerriers de la Neustrie, de l'Austrasie et de la Germanie occidentale. Ils accourent en foule, et leur formidable armée rencontre celle d'Abdérame en octobre 732 dans les plaines de Poitiers. Les destinées de l'humanité allaient être jouées dans ces champs fameux. L'armée des Francs était la seule barrière capable d'arrêter l'invasion musulmane; il s'agissait de savoir si le monde serait musulman ou chrétien. Durant sept jours, les deux armées

s'observèrent sans combattre. Enfin les Musulmans se déployèrent dans la plaine; au signal d'Abdérame la légère cavalerie des Arabes engagea la bataille par une nuée de traits et fondit comme un tourbillon sur l'armée des Francs. Ceux-ci, inébranlables sur leurs puissants chevaux du Nord et défendus par leurs lourdes armures, opposèrent longtemps un mur de fer aux charges multipliées des Sarrasins, et demeurèrent fermes, serrés en masses, immobiles. Tout à coup un cri de guerre s'éleva sur le derrière de l'armée arabe : c'était le cri du roi Eudes et des Aquitains qui avaient tourné l'ennemi et incendiaient son camp. Une partie de l'immense armée d'Abdérame fit face aux Aquitains; le désordre, effet de la surprise, ouvrit les rangs des Arabes. Charles à son tour donne le signal ; le mur de fer s'ébranle; les masses pesantes de la Germanie tombent sur les escadrons d'Abdérame; la hache de bataille et la large épée des Francs moissonnent des rangs entiers. Abdérame rallie en vain ses soldats, il succombe avec l'élite des siens, percés de coups, broyés sous les pieds des chevaux. Les Arabes reculent et cherchent un refuge dans leur camp ravagé. La nuit était venue. Charles arrête la poursuite ; et, le lendemain, au point du jour, les Francs n'aperçoivent plus au loin qu'une plaine sanglante jonchée de cadavres. Les ténèbres avaient protégé la retraite des Musulmans. Mais ils laissaient sur la place trois cent soixante-quinze mille morts.

Cette victoire sauva la chrétienté. Les Arabes évacuèrent l'Aquitaine, et plus jamais ils n'essayèrent de reconquérir la Gaule. Cette journée de Poitiers à jamais mémorable, dans laquelle il fut dit que Charles avait martelé les Sarrasins, lui valut le glorieux surnom de Martel, que la postérité lui a conservé. Charles-Martel avait bien mérité de l'Eglise. Le pape Grégoire III lui adressa une lettre de félicitations.

— Arrêtons-nous là, Messieurs. Le Mahométisme, puissance sauvage et indomptable, attaquait par tous les points à la fois la chrétienté. Qui l'arrêta dans les champs de Poitiers? un de nos aïeux, Charles-Martel. Ainsi s'affirme la vocation religieuse de la nation française. L'arianisme menaçait l'Eglise; nous lui avons opposé Clovis. Le Mahométisme submergeait la chrétienté ; nous lui avons opposé Charles-Martel. Ces prouesses sont les nôtres. Nous avons connu, aimé, servi la vérité; nous avons combattu pour elle. Nous ne pouvons pas et nous ne voulons pas déchoir du rang que nous a fait Dotre passé. Un jour devant le proconsul de Rome on amenait un vieillard, Poïycarpe, évêque de Smyrne. Et en face des instruments de supplice : « Renie Jésus- Christ », lui dit le magistrat. Mais lui, relevant sa tête blanche : « Le renier? s'écria-t-il? Il y a quatrevingts ans que je le sers, et il ne m'a jamais fait que du bien! » Messieurs, à l'heure qu'il est, des

voix nombreuses, voix des sophistes, voix des ambitieux, voix des pervers, répètent à la France ce que disait le proconsul à Polycarpe : «Renie Jésus- Christ! » Et la France, elle aussi, conservant la noblesse de son cœur bien né, gardant le souvenir de son passé, la France a répondu : « Renier Jésus- Christ? Il y a quatorze cents ans que je le sers, et il ne m'a jamais fait que du bien! » Oui, nous resterons dans l'avenir ce que nous avons été dans le passé : les soldats du Christ et les défenseurs de l'Eglise, c'est-à-dire les amis invincibles du vrai et du bien sur la terre au milieu des nations rivales qui nous jalouseront toujours, mais qui ne nous remplaceront jamais dans le noble service de la civilisation chrétienne !

Amen!

CINQUIÈME CONFÉRENCE

L'Église et les Musulmans

(suite)

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