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ALLOCUTION

Prononcée à New-Bedtord, Mass., dans l'église de Saint-Antoine de Padoue

Le 28 Novembre 1912

Mes bien chers Frères,

Voici que se lève Pour vous un jour mémorable et dont l'impression profonde restera longtemps gravée dans vos âmes. Tout à l'heure vous assisterez à la bénédiction solennelle de votre église. Les prières liturgiques auront par là donné à cet édifice superbe

toute la signification qu'il doit avoir au regard de Dieu et des hommes, et désormais, cessant d'être une construction profane, il commencera, pour ne jamais la suspendre, sa mission toute surnaturelle.

En effet, il n'est rien sur la terre qui résume mieux, pour les exprimer plus parfaitement, les aspirations les plus nobles de l'âme et les sentiments les plus religieux de l'humanité, que le sanctuaire catholique ; comme rien non plus ne saurait faire davantage connaître les opérations merveilleuses de la miséricorde divine, dont il devient par le fait le foyer et la source.

Mes frères, je contemple en l'admirant votre église. Et alors je me représente le zèle infatigable du pasteur, le concours intelligent, dévoué, constant de ses aviseurs, la piété généreuse, inépuisable de ses ouail-

les. Je vois ensuile Je talent, le génie et le savoir unis dans la recherche du plan qu'il faudra réaliser pour obtenir, dans d'harmonieuses combinaisons des détails, cet ensemble où l'œil n'aperçoit que les lignes les plus pures et les plus belles proportions. Puis, maçons, charpentiers, COuVreurs, peintres, tous les métiers et tous les arts, répondent tout à tour à l'appel, et cette armée d'ouvriers semble comprendre par son travail eonsciencieux et digne que l'œuvre qu'elle fait n'en est pas une banale. mais qu'elle s'élève notablement par son caractère au-dessus de celle qu'elle accomplit ailleurs chaque jour.

Aussi voyez, Sur de puissantes assises s'élèvent de fortes murailles qui semblent bâties pour des siècles,

de nombreuses colonnes supportent avec grâce des voûtes faites de majesté et de grandeur. Tout autour, des verrières à travers lesquelles passe une lumière tamisée par le symbole, adoucie par le mystère. Du portail à l'abside, du seuil à l'autel, et dans tous les sens, on respire une atmosphère qui n'est plus celle du dehors, ni des maisons ordinaires ; On la sent toute spirituelle, religieuse, surnaturelle. Les tours ellesmêmes, le campanile, le son des cloches, la croix qui termine une flèche audacieuse, tout sert à bien définir le cachet très spécial du monument qui vient de s'élever parmi VOUS, à votre honneur et à la gloire de Dieu.

Puisqu'il s'agit d'une église paroissiale, c'est dans son enceinte que viendront s'accomplir les actes les

plus solennels de la vie des âmes et que viendra s'écrire en une série de dates qui la partagent l'histoire de chaque famille.

Ici à sa naissance, chaque e..' int viendra renaître à la vie surnaturelle, ici à l'éanouissement de sa raison, il viendra faire acte personnel de foi, d'amour: ici au pied des autels viendront se contracter ces enga- &gements sacrés qui fondent le foyer catholique : ici encore aux heures des grandes joies ou des profondes tristesses le chrétien viendra, attiré par l'amour ou poussé par la piété, exhaler son âme en des chants de louanges ou en des supplications ardentes. Et jusqu'après son dernier soupir, sa dépouille mortelle y sera portée pour y être l'objet des rites suprêmes de la religion qui fermera comme elle l'avait ouvert le cours de son existence ici-bas.

Il y a plus, ce qui est vrai de chaque fidèle, de chaque famille, s'applique à toute la paroisse. L'église existe surtout pour la réunion des-fidèles groupés autour du pastèur. C'est le culte public. Le peuple est convoqué, les nefs se remplissent, c'est le jour du Seigneur. Dès l'entrée dans le temple tout disparaît de ce qui pouvait jusque-là diviser, sépärer ; la divergence des opinions est d'ordre précaire, ici c'est l'unité et par conséquent l'union dans la foi. I n'y a qu'une seule et même vérité, elle est la même pour tous. Les oppositions, les discordes, les luttes, les rivalités, tout ceci appartient aux choses profanes. Dans l'église plus rien que la Charité, que l'amour :

c'est le mème Dieu, c'est le même prètre, tous ayant les mêmes droits au même amour et aux mêmes bienfaits. La diversité des classes sociales, résultant de la richesse ou de la pauvreté, de l'instruction ou de l'ignorance, ou de l'une quelconque de ces multiples causes de tant d'inégalités parmi les hommes dans le monde, disparaît ici comme par enchantement. Petits ou grands, mendiants ou millionnaires, magistrats ou plébéiens, tous tant que vous êtes, avec tout ce que vous possédez, ou malgré tout ce qui vous manque, vous êtes tous ici sur le même plan, assis au pied d'une même chaire, agenouillés côte à côte devant un seul autel, entendant une parole qui porte à tous les mêmes accents, et vous viendrez au jour marqué prendre part indistinctement au banquet sacré, là où se manifeste et s'affirme la parfaite égalité des âmes, toutes créées par Dieu, rachetées par son sang et appelées par lui à la même gloire.

Mais avec tout cela, mes chers frères, l'église serait incomplète si rien de plus ne venait, d'une part atteindre en elle l'entière réalisation des figures et des symboles qui faisaient toute la gloire passagère du temple de l'ancienne loi. de l'autre l'élever elle-méme par un privilège exclusif au-dessus de toute autre maison, même ayant un caractère religieux, mais qui cependant ne saurait jamais prétendre à la possession

du même trésor.

Et c'est eu cela, plus encore que dans tout le reste, que consiste véritablement et en définitive le earac-

es ct

tère propre de l'église catholique. Dieu y descend, il s'y enferme, il l'habite, il y demeure, il y agit. Le Verbe incarné, le Dieu-Homme, Jésus-Christ y réside aussi véritablement qu'à Bethléem, à Nazareth ou à Jérusalem. 11 y est en accomplissement de sa promesse, pour la satisfaction de son Cœur, par la vertu de son sacrifice, dans la réalité eucharistique. Il y vit dans le renouvellement perpétuel de ses mystères. Le tabernacle, c'est la crèche, c'est l'humble demeure familiale, c'est le Thabor, c'est le cénacle, c'est le Golgotha. Sur l'autel, Jésus, notre Dieu, notre Père, notre Sauveur, devient notre intercesseur en permanence. C'est de {à qu'il prie et qu'il prêche, qu'il accueille, qu'il guérit et qu'il pardonne. C'est là qu'il invite les âmes qui souffrent et qui peinent, il y promet ses consolations et sa grâce.

Votre église est donc dans toute la force du terme un sanctuaire. Celui’ que l'immensité des cieux ne saurait contenir daigne s'y enfermer par le triple miracle de sa puissance, de sa sagesse et de son amour.

Comme il avait accepté l'hospitalité de Zachée, Jésus accepte celle de la maison qui est la vôtre, dans laquelle il veut vivre avec vous et dès lors, le temple catholique l'emporte et infiniment sur tous les autres quelles que puissent être d'ailleurs leur beauté et leur richesse.

Le tahernacle de nos églises, voilà donc le véritable buisson ardent d'où s'échappe et rayonne la flamme de l'amour divin Pour nos âmes. C'est ici l'arche

UE

d'alliance définitive dont l'autre n'était qu'une faible image et qui marque bien l'union désormais conclue entre le cœur du Christ et l'humanité rachetée. C'est ici le Saint des Saints, c'est-à-dire le Dieu de toute sainteté qui ne saurait se contenter de quelques anges d'or aux ailes étendues, mais veut avec lui toute sa cour céleste pour lui prodiguer des louanges et des adorations dans un même cantique de triomphe et d'amour.

Mais ce qu'il veut aussi, ce qu'il veut surtout peutêtre, c'est l'hommage de notre piété affectueuse et confiante ; tout ie respect, toute la déférence dont nous entourons d'ordinaire les personnes qui ont pu acquérir les meilleurs titres aux sentiments les plus

élevés de notre cœur ne sont rien en comparaison des droits que possède Jésus, notre Dieu, devenu notre hôte et se faisant notre bienfaiteur de chaque jour. A Lui donc la-pleine possession de notre cœur, dans la profession constante de la foi la plus vive, de l'amour le plus ardent, sachant d’ailleurs qu'en vivant aussi étroitement avec nous, il fait de son tabernacle sur la terre le portique du ciel où il veut nous introduire pour y demeurer éternellement avec lui dans la gloire, ce que je vous souhaite à tous d'obtenir par l'intercession de la Très Sainte Vierge, sa Mère. Ainsi soit-il. É

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