Act., XVIII, 8; Rom., XVI
3. La présence des femmes doit d'autant plus être signalée, qu'il n'est pas sûr que les femmes, à celte époque-là, mangeassent à la même table que les hommes, dans les maisons particulières. 11 en est encore ainsi chez les Orientaux.
4. Les esclaves formaient environ la moitié de la population.
5. Cooper, Free Church of Ancient Christendoin, 2° éd., p. 174.
puis, crime seule voix, invoquent ensemble, au nom de leur Seigneur invisible mais présent, la bénédiction du Père céleste, en faveur d'une cause qui leur est si profondément chère.
Il ne nous est guère possible, à nous qui avons grandi au milieu de nations chrétiennes, de nous rendre compte de l'épaisseur des ténèbres païennes dont les premiers chrétiens étaient sortis. Non pas, hélas! que le règne de l'obscurité soit fini, mais la lumière bénie de l'Évangile a forcé les plus odieuses manifestations du mal à chercher, pour ainsi dire, un refuge dans les antres les plus obscurs et dans les cavernes les plus sombres. Laissons donc un homme, resté païen jusqu'à l'âge mûr, écarter le voile et nous dire, autant qu'il nous sera possible de l'entendre, ce qu'était le paganisme
« Suppose, écrit Gyprien à Donat, que tu sois sur le haut d'une inaccessible montagne et que de là tu contemples le monde qui s'agite à tes pieds, que verras-tu? Sur la terre, le brigandage infestant la voie publique; sur la iner, des pirates plus redoutables que ses tempêtes; partout la fureur des combats, la guerre divisant les peuples, et le sang humain coulant à flots. Tuer son semblable, crime de mort dans un simple particulier; action grande et généreuse quand on se réunit pour le commettre. Et le meurtre est sûr de l'impunité, non pour être légitime, mais plus barbare.
Jette les yeux sur les villes. Quelle bruyante agita-
1. Nous reproduisons en la modifiant quelque peu la traduction de l'abbé Guillon, Biblioth. choisie des Pères de l'Eglise, t. V, p. 99 ss. Bien qu'un peu trop libre parfois, elle nous paraît cependant donner une idée exacte de la pensée de Gyprien, et ne pas manquer d'énergie.
tion, plus déplorable que le silence des déserts. On vous appelle aux jeux féroces de Famphithéâtre, pour y repaître, par des spectacles de sang, une curiosité sanguinaire. Cet athlète fut longtemps nourri des sucs les plus substantiels : on l'engraissait pour le jour où il doit mourir à plus grands frais. Un homme égorgé froidement pour le plaisir des yeux! Le meurtre érigé en science, transformé en étude, en usage! Non seulement il faut commettre le crime, il faut en tenir école. C'est un état, c'est une gloire, de savoir tuer. Les pères contemplent leurs fils dans l'arène; le frère combat et la sœur est parmi les spectateurs et, ô comble d'infamie! une mère ne recule pas devant le prix élevé d'un spectacle pareil, pour assister aux dernières convulsions de son enfant. Ils ne soupçonnent même pas que ces divertissements impies, barbares et funestes, en font autant de parricides.
« Arrête tes regards sur les représentations dramatiques qui se jouent sur le théâtre. Le parricide, l'inceste les plus monstrueux y sont reproduits sous desimages qui leur rendent toute l'énergie de la réalité; on a peur que la postérité n'oublie les horreurs dont le cours des siècles avait affaibli le souvenir. La comédie, à son tour, vient dévoiler les infamies commises dans l'ombre et enseigner celles qu'on y peut commettre. On prend leçon d'adultère en le voyant représenter. Excitée par la protection que les vices^ reçoivent de la licence publique, telle femme vient au théâtre : peut-être elle y était entrée chaste; elle en sort criminelle. L'acteur le plus efféminé est le plus sûr de plaire. On y voit les coupables intrigues d'une impudique Vénus, d'un Mars adultère, d'un Jupiter, le pre-
mier des dieux par ses désordres autant que par son empire. Par respect pour ses dieux, on les imite; le crime devient ainsi un acte de religion.
« Oh! si de ce point élevé où je t'ai transporté tu pouvais pénétrer dans l'intérieur des maisons, que d'impudicités, que de crimes secrets, dont il est impossible à des regards honnêtes de soutenir la vue; que Ton ne pourrait même fixer sans en être le complice ; dont ceux-là même qui se les permettent sont les premiers à s'accuser, que du moins ils censurent sévèrement dans les autres, condamnant ainsi au dehors ce qu'ils se permettent pour eux-mêmes.
« Peut-être penseras-tu trouver moins de désordres dans les sanctuaires de la justice; mais regarde ; tu vas y découvrir de quoi exciter encore davantage ton indignation et tes mépris. On a beau nous vanter les lois^ des Douze Tables, ces codes savants, qui ont prévu tous les crimes, établi tous les droits; le sanctuaire des lois, le temple de la justice, repaires de criminels qui les violent sans pudeur! Les intérêts s'y rassemblent,, comme dans un champ de bataille. Les passions s'y déchaînent avec fureur... Le glaive, le bourreau,, l'ongle de fer qui déchire, le chevalet qui désarticule, le feu qui dévore, tout cela est toujours prêt. Dans ce désordre, qui pense à secourir le bon droit? L'avocat? il ne s'occupe que d'artifice et d'imposture. Le juge? ses suffrages sont à l'encan. L'un suppose un testament; l'autre rend un faux témoignage. Ici des enfants sont évincés d'une succession qui leur appartenait; là des étrangers, sont substitués à des héritiers légitimes. Au milieu de tous ces criminels, c'est un crime d'être innocent!
« Dira-t-on que nous choisissons tout ce qu'il y a de
pire? Voyons donc de plus près ce que le monde, dans son ignorance, environne de ses suffrages. Sous ce vernis brillant, que de méchanceté, que de mal! On savoure à longs traits la coupe perfide dont la douceur séduit, et c'est la mort qu'on boit. Vois cet homme qui se croit tout éclatant, parce que son vêtement est radieux d'or et de pourpre. Que de bassesses il a faites pour arriver à cet éclat emprunté ! Combien il lui a fallu dévorer de hauteurs et de dédains! ramper aux pieds des protecteurs, essuyer leurs caprices, pour se voir à son tour encensé par un vil troupeau d'adulateurs, dont les hommages s'adressent non pas à l'homme, mais à la place! Et qu'il survienne une disgrâce, que le vent de la faveur change et les abandonne à leur propre nudité; que de regrets déchirants, que de mécomptes cruels et de repentirs amers!
« Vois encore de plus près ceux que tu appelles riches, parce qu'ils joignent héritage à héritage, qu'ils envahissent le domaine du pauvre pour agrandir le leur et l'étendre par delà toutes limites ; sans cesse accumulant or sur or, vois-les au milieu de leurs richesses, inquiets, tremblants, poursuivis par la peur qu'on ne vienne leur enlever leur cher trésor. Point de repos, point de sommeil tranquille. Les malheureux ! ils ne sentent pas les chahies dont ils sont garrottés ; que c'est leur or qui les possède, plutôt qu'ils ne possèdent leur or. Parlez-leur de largesses et d'aumônes; ils ne savent ce que c'est que donner aux indigents. Et, par un étrange renversement d'idées, ils donnent le nom de biens à des choses qui ne leur profitent que pour le mal »
1. Gyprien, Epitre I, vi-xii. Il manque à ce sombre tableau quelquesuns de ses traits les plus sombres. Ainsi les fréquents suicides, les
l'église primitive 11 L'exactitude de ce sombre tableau, qui n'est que le développement de celui de l'apôtre Paul dans VÉpître aux Romains S est confirmée par les païens euxmêmes. « Le monde, dit un philosophe célèbre, est rempli de crimes et de vices. Les choses vont si loin, qu'on n'y saurait trouver de remède. On rivalise de méchanceté. Chaque jour la luxure augmente et la pudeur diminue. Foulant aux pieds tout ce qui est bien et sacré, le vice court partout où il veut. On ne se cache plus d'être vicieux. La méchanceté est devenue si effrontée, elle enflamme à ce point tous les cœurs, que l'innocence n'est plus seulement rare : elle est devenue introuvable ^ »
C'est à peu près au moment où l'apôtre Pierre annonçait l'Évangile au païen Corneille et lui indiquait le meilleur remède au mal et au péché, que Sénèque le philosophe écrivait ces paroles amères
L'idolâtrie, aussi bien sous sa forme classique à Rome ou en Grèce que dans ses rites sanglants en Phénicie ou dans son adoration de reptiles en Egypte, était ia source de tous ces maux. Quelque sagesse, quelque
odieux traitements infligés aux esclaves, les divorces, les infanticides. Sur ce dernier point, voici ce qu'écrit Tertullien : « Bien que la loi interdise de tuer les enfants nouveau-nés, aucun crime n'échappe plus facilement à un légitime châtiment, au vu et au su, quedis-je! grâce à la complicité de tout le monde.... » Et ailleurs : « Combien même de vos magistrats les plus intègres pour vous, les plus rigoureux contre nous, je pourrais confondre par des reproches trop fondés d'avoir eux-mêmes ôté la vie à leurs enfants aussitôt après leur naissance ! » Cf. ApoL, ch. IX ; Aux Natiotis, liv. I, ch. xv. — Juvénal (Sat. vi, <-lit que les dames romaines coaiptaient plus de divorces que d'années de mariage. — Nous parlons plus loin (ch. xvm) de l'esclavage.